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Il y a 3 200 ans, un ouvrier des pyramides pose un jour d’absence : l’excuse inscrite sur la tablette n’a rien à voir avec une maladie

Tablette de calcaire antique portant des inscriptions égyptiennes détaillant les absences des ouvriers, avec des mentions de brassage de bière et de blessures

En Égypte ancienne, il y a plus de trois millénaires, des ouvriers des pyramides justifiaient déjà leurs absences, parfois avec des raisons très inattendues.

Un document présenté par le British Museum à Londres, relayé par le site d’actualité en ligne britannique Indy100, révèle une scène de vie quotidienne vieille de 3 200 ans en Égypte. Sur une tablette de calcaire retrouvée près de la vallée des rois, des ouvriers chargés de construire des monuments pharaoniques expliquent pourquoi ils n’ont pas travaillé ce jour-là. Parmi les motifs inscrits, certains restent familiers, d’autres surprennent totalement.

Une tablette vieille de 3 200 ans qui raconte un jour d’absence

Le support en question est un ostracon, une tablette de calcaire utilisée comme bloc-notes dans l’Antiquité égyptienne. Daté d’environ 1250 avant notre ère, il provient du village de Deir el-Medina, sur la rive ouest du Nil, face à l’actuelle Louxor. Ce village abritait les artisans et ouvriers chargés de creuser et décorer les tombes royales.

Sur cette tablette, conservée aujourd’hui au British Museum, un scribe a consigné les absences des travailleurs pour une journée précise, notée selon le calendrier égyptien comme le « mois quatre de l’hiver, jour 24 ». Chaque ligne correspond à un ouvrier et au motif justifiant son absence.

Ce document montre que les chantiers de l’Égypte pharaonique fonctionnaient avec un suivi régulier de la présence des ouvriers, comme dans un registre de pointage.

Le texte offre ainsi un aperçu rare et concret de l’organisation du travail à la fin du Nouvel Empire. Loin de l’image de foules anonymes, ces ouvriers apparaissent avec leurs noms, leurs problèmes personnels… et leurs excuses.

Des excuses très humaines : de la mère malade à la piqûre de scorpion

Les premières raisons mentionnées sur l’ostracon paraissent étonnamment proches de ce qui peut exister aujourd’hui. Un ouvrier nommé Pennoub (transcrit Pennub dans la source anglophone) est signalé absent parce que sa mère est malade. Cette justification, notée il y a plus de trois millénaires, évoque un congé pour s’occuper d’un proche.

Un autre travailleur, nommé Serba, manque lui aussi à l’appel, mais pour une raison bien plus dramatique : il a été mordu par un scorpion. Dans l’Égypte ancienne, ce type de blessure pouvait être grave, voire mortel, compte tenu de l’absence de traitement moderne.

  • Absence pour maladie d’un proche (la mère de Pennoub) ;
  • Absence pour accident ou blessure (Serba, mordu par un scorpion) ;
  • Absence pour une raison liée à une activité quotidienne… la fabrication de bière.

Ces mentions illustrent la diversité des aléas pris en compte par l’administration égyptienne. Les ouvriers ne disparaissaient pas simplement du chantier : leurs absences étaient justifiées, consignées, et probablement acceptées.

« En train de brasser de la bière » : l’excuse la plus étonnante

Le motif qui retient le plus l’attention des visiteurs du British Museum, cité par Indy100, concerne plusieurs ouvriers portés absents pour une raison inattendue : ils étaient « en train de brasser de la bière ». Loin d’être un détail anodin, cette mention ouvre une fenêtre sur l’importance de cette boisson dans la société égyptienne.

Des ouvriers déclarés absents parce qu’ils brassaient de la bière : une excuse surprenante aujourd’hui, mais qui reflète un produit central de la vie quotidienne égyptienne.

Pour nos standards modernes, invoquer une journée consacrée à la bière pourrait ressembler à un prétexte léger. Pourtant, dans l’Égypte pharaonique, brasser cette boisson répondait à un besoin vital, alimentaire et social. La bière n’était pas seulement une boisson d’agrément : elle constituait un élément clé du régime quotidien.

La bière, un aliment de base pour les bâtisseurs de pyramides

Le British Museum rappelle le rôle central de la bière dans la vie des anciens Égyptiens. L’institution britannique la décrit comme un véritable aliment de base, consommé tous les jours.

« En Égypte ancienne, la bière était si essentielle qu’elle était considérée principalement comme un type de nourriture – elle était consommée quotidiennement et en grandes quantités lors des fêtes religieuses et des célébrations », explique le British Museum.

Pour les ouvriers employés sur les grands chantiers, comme ceux des pyramides ou des tombes royales, la bière faisait partie intégrante de la ration fournie par l’État. Le British Museum indique que ces travailleurs recevaient chaque jour environ 1⅓ gallon, soit plus de dix pintes, en équivalent moderne. Cette quantité peut paraître énorme, mais la bière était moins alcoolisée que beaucoup de bières actuelles et servait aussi de source de calories et de nutriments.

La boisson ne se limitait pas au quotidien des travailleurs. Elle possédait également une dimension religieuse. Plusieurs divinités étaient associées à la bière, qui occupait une place dans les rituels et les fêtes. Ce double statut, à la fois nourriture et boisson sacrée, explique qu’une activité liée à la bière figure noir sur blanc comme motif d’absence.

Pourquoi brasser de la bière pouvait justifier une absence

Brasser de la bière demandait du temps, de la main-d’œuvre et une organisation précise. Dans une économie où la nourriture ne se conservait pas longtemps, assurer une production régulière de bière relevait d’un enjeu domestique majeur.

Pour un ouvrier de Deir el-Medina, participer au brassage pouvait répondre à plusieurs nécessités :

  • préparer la ration familiale pour les jours ou semaines à venir ;
  • produire de la bière pour une fête religieuse locale ;
  • participer à une production collective pour le village.

Le fait que le scribe note ce motif sans commentaire laisse penser qu’il était reconnu comme valable dans le cadre du travail. L’« excuse » qui amuse aujourd’hui les lecteurs figurait en réalité dans un système organisé, où l’équilibre entre obligations professionnelles, vie religieuse et besoins alimentaires devait être géré finement.

Un nouveau regard sur les ouvriers des pyramides

Cette petite tablette fait écho à un débat ancien : qui construisait les pyramides et les tombes royales ? Les documents découverts à Deir el-Medina confirment l’existence d’équipes d’ouvriers spécialisés, logés, nourris et encadrés par l’administration pharaonique, plutôt que des cohortes massives d’esclaves anonymes.

Le registre évoqué par Indy100, conservé au British Museum, montre notamment que :

  • les ouvriers étaient identifiés par leur nom ;
  • leurs absences étaient suivies et justifiées ;
  • leurs conditions de vie incluaient des rations précises, dont la bière ;
  • leurs activités personnelles ou familiales étaient prises en compte.
  • L’article du média britannique rappelle aussi qu’une recherche récente sur un ancien bras du Nil, aujourd’hui asséché, propose une explication logistique à la construction des pyramides. Cette voie d’eau qui passait autrefois près du plateau de Gizeh aurait permis d’acheminer par bateau les blocs de pierre jusqu’aux chantiers.

    Entre registre d’absences, rations de bière et bras du Nil dédié au transport, les pyramides apparaissent comme le résultat d’une organisation complexe plutôt que d’un simple exploit de force brute.

    Ce que cela évoque pour un lecteur français aujourd’hui

    Pour un lecteur en France, ces mentions d’absences ressemblent, à distance, à une forme de gestion du temps de travail. Le scribe de Deir el-Medina jouait un rôle comparable à celui d’un responsable administratif ou d’un contremaître tenant le registre du personnel.

    En France, les arrêts de travail pour maladie ou pour s’occuper d’un proche, comme un parent âgé ou un enfant malade, sont encadrés par le droit du travail et la Sécurité sociale. Les motifs doivent être justifiés, souvent par un certificat médical ou par un dispositif dédié, même si le cadre n’a évidemment rien de comparable avec l’Égypte pharaonique.

    La mention d’une absence pour une activité comme le brassage de bière trouve moins d’équivalent direct aujourd’hui. Elle rappelle toutefois qu’à certaines périodes de l’année, des activités agricoles ou familiales pouvaient rythmer le temps de travail dans les sociétés préindustrielles, y compris en Europe. Dans la France rurale, longtemps, les cycles des récoltes ou des vendanges structuraient aussi l’organisation de la main-d’œuvre.

    La bière dans l’Égypte ancienne : boisson, nourriture et symbole

    Pour mesurer le sens de ces « absences pour brassage de bière », il faut comprendre la place de cette boisson dans l’alimentation égyptienne. Fabriquée à partir de céréales maltées, souvent de l’orge ou de l’emmer (une variété de blé ancienne), la bière apportait :

    • des calories, grâce aux sucres issus des céréales ;
    • des protéines et des nutriments résiduels du grain ;
    • un liquide plus sûr à consommer que de l’eau parfois contaminée.

    Elle accompagnait les repas, servait de rémunération en nature sur certains chantiers et intervenait dans les offrandes aux dieux. La présence de divinités liées à la bière, mentionnée par le British Museum, souligne cette dimension symbolique.

    Pour un lecteur français, on peut comparer ce rôle à celui qu’avaient, à certaines époques, le pain et le vin dans la société : des produits alimentaires, mais aussi des marqueurs sociaux, religieux et culturels.

    Ce que cette tablette apprend sur le travail et le quotidien il y a 3 200 ans

    Ce simple ostracon rappelle que, derrière les pyramides et les tombeaux monumentaux, il y avait des vies ordinaires, des familles, des maladies, des accidents et des tâches domestiques urgentes. Pennoub qui s’absente pour sa mère malade, Serba marqué par une piqûre de scorpion, les ouvriers occupés à brasser la bière : chacun de ces noms rend le passé plus concret.

    Pour les archéologues et les historiens, ce type de document compte autant qu’une fresque spectaculaire. Il permet de :

    Élément Ce que cela révèle
    Le nom des ouvriers Une individualité reconnue au sein de l’équipe
    Le motif d’absence La prise en compte de la vie familiale et des accidents
    La mention de la bière L’importance alimentaire et sociale de cette boisson
    La date précise Un suivi administratif régulier du chantier

    Cette scène figée sur pierre rappelle enfin que la gestion du travail et des absences ne date pas d’hier. Les outils ont changé, les règles aussi, mais la réalité humaine – tomber malade, devoir aider un proche, s’occuper de la nourriture du foyer – traverse les millénaires.

    Questions fréquentes

    Qu'est-ce qu'une tablette de calcaire ou ostracon ?

    Un ostracon est une tablette de calcaire utilisée comme bloc-notes dans l'Antiquité égyptienne. Le document présenté provient du village de Deir el-Medina, datée d'environ 1250 avant notre ère.

    Pourquoi des ouvriers s'absentaient-ils pour brasser de la bière ?

    La bière était un aliment de base vital en Égypte ancienne, consommée quotidiennement et en grandes quantités. Brasser cette boisson répondait à un besoin alimentaire et domestique majeur pour les familles et les villages.

    Qui construisait réellement les pyramides ?

    Les découvertes à Deir el-Medina montrent que des équipes d'ouvriers spécialisés, identifiés par leur nom, étaient logées, nourries et encadrées par l'administration pharaonique, plutôt que des cohortes massives d'esclaves anonymes.

    Quelle quantité de bière les ouvriers recevaient-ils chaque jour ?

    Selon le British Museum, les ouvriers des grands chantiers recevaient environ 1⅓ gallon par jour, soit plus de dix pintes en équivalent moderne. Cette bière était moins alcoolisée que beaucoup de bières actuelles et servait de source de calories et de nutriments.

    Où exactement a été retrouvée cette tablette ?

    La tablette provient du village de Deir el-Medina, situé sur la rive ouest du Nil face à l'actuelle Louxor. Ce village abritait les artisans et ouvriers chargés de creuser et décorer les tombes royales.
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