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Climat : les forêts jeunes stockent bien plus de carbone qu’on ne le croyait, et ce n’est pas qu’une question d’âge

Forêt dense en régénération avec jeunes arbres feuillus en croissance sous un ciel lumineux, illustrant le potentiel de stockage de carbone des écosystèmes forestiers secondaires.

Aux États-Unis comme sous les tropiques, les forêts en pleine croissance s’imposent comme des alliées climatiques majeures, à condition de mieux les comprendre et de les protéger.

Un ensemble d’études récentes, relayées notamment par le site scientifique Phys.org et la revue Nature Climate Change, montre que les jeunes forêts peuvent capter des quantités de carbone bien supérieures à ce que les modèles prévoyaient. Ce constat, qui concerne les États-Unis, les forêts tropicales et les vastes forêts boréales, bouscule certaines idées reçues sur la gestion forestière et ouvre de nouvelles pistes pour les politiques climatiques.

Les forêts américaines au plus haut de leur stockage de carbone

Selon les travaux cités par Phys.org, les forêts des États-Unis ont accumulé, au cours des vingt dernières années, davantage de carbone qu’à n’importe quel autre moment du siècle passé. Ce pic de stockage résulte d’un mélange de facteurs naturels et de choix humains.

Du côté naturel, plusieurs phénomènes jouent simultanément :

  • la hausse des températures, qui allonge la saison de croissance dans certaines régions ;
  • l’évolution des précipitations, favorable à la productivité de certains massifs ;
  • la « fertilisation au CO2 », c’est-à-dire l’effet de l’augmentation du dioxyde de carbone sur la croissance des plantes.

Mais un facteur domine les autres : l’âge des forêts. Les chercheurs mettent en avant un groupe d’arbres en phase de croissance maximale qui, à lui seul, stocke environ 89 millions de tonnes métriques de carbone supplémentaires par an.

Les arbres jeunes, encore en plein essor, constituent aujourd’hui l’un des moteurs les plus puissants du piégeage de carbone dans les forêts américaines.

Sur le plan humain, deux dynamiques se confrontent. D’un côté, la déforestation aux États-Unis réduit le stock forestier d’environ 31 millions de tonnes de carbone par an. De l’autre, les programmes de reforestation et le simple fait de laisser vieillir les forêts existantes ajoutent près de 23 millions de tonnes de carbone par an.

Le bilan reste positif, mais il apparaît fragile. Une accélération de la déforestation dans certaines régions ou une multiplication des sécheresses prolongées liées au changement climatique pourrait suffire à renverser cette tendance en quelques décennies.

Dans les tropiques, l’azote, maillon décisif (et risqué) de la repousse

Les scientifiques s’intéressent aussi aux forêts tropicales en régénération, souvent situées dans des zones anciennement agricoles ou exploitées intensivement. Dans ces régions, un élément limite souvent la vitesse de repousse : l’azote, nutriment clé pour la fabrication des protéines végétales.

Les sols tropicaux dégradés manquent souvent d’azote après des décennies d’usage intensif. Lorsque ce nutriment est réintroduit, les forêts repoussent presque deux fois plus vite au cours des dix premières années, selon les résultats rapportés dans la page source.

Les chiffres avancés sont impressionnants : si toutes les forêts tropicales en repousse disposaient de suffisamment d’azote, elles pourraient absorber jusqu’à 820 millions de tonnes métriques de CO2 supplémentaires par an pendant une décennie. Cela représenterait environ 2 % des émissions mondiales annuelles de gaz à effet de serre.

La restauration de la fertilité des sols tropicaux pourrait offrir un « répit climatique » équivalent à plusieurs centaines de millions de tonnes de CO2 absorbées chaque année.

Mais cette piste vient avec un revers. Dans les forêts déjà saturées en azote du fait des retombées industrielles, un nouvel apport peut provoquer un effondrement brutal de la respiration des sols. Ce processus, qui correspond à l’activité biologique permettant de recycler la matière organique, se grippe alors, menaçant l’équilibre de l’écosystème.

Les chercheurs mettent ainsi en garde : la fertilisation azotée doit s’envisager avec prudence et ciblage. Un simple excès peut perturber durablement la vie microbienne du sol et fragiliser la capacité des forêts à stocker du carbone sur le long terme.

Forêts boréales en expansion : un gisement de carbone longtemps sous-estimé

Aux hautes latitudes de l’hémisphère nord, un autre phénomène se dessine depuis plusieurs décennies : l’expansion des forêts boréales. Entre 1985 et 2020, leur superficie a progressé d’environ 12 %, soit près de 844 000 kilomètres carrés. Dans le même temps, ces forêts se sont déplacées vers le nord d’environ 0,29 degré de latitude.

Les jeunes forêts boréales, âgées de moins de 36 ans, représentent déjà un stock de carbone considérable, estimé entre 1,1 et 5,9 pétagrammes, soit des milliards de tonnes. Si on les laisse atteindre leur maturité, elles pourraient encore séquestrer entre 2,3 et 3,8 pétagrammes supplémentaires.

Type de stock Quantité de carbone estimée
Jeunes forêts boréales (moins de 36 ans) 1,1 à 5,9 pétagrammes
Capacité additionnelle en arrivant à maturité 2,3 à 3,8 pétagrammes

Selon les données relayées par Nature Climate Change, ces volumes correspondent à plusieurs années d’émissions industrielles d’un grand pays développé. Ils illustrent l’ampleur du rôle possible des forêts de l’extrême nord dans la lutte contre le réchauffement.

Pourquoi les jeunes forêts secondaires deviennent une priorité

L’un des enseignements majeurs des études citées tient au rôle des forêts dites « secondaires » : celles qui repoussent après une coupe ou l’abandon de terres agricoles. Longtemps considérées comme moins nobles ou moins prioritaires que les vieilles forêts, elles s’imposent désormais comme des puits de carbone stratégiques.

Protéger ces forêts secondaires déjà en croissance serait, à surface égale, jusqu’à huit fois plus efficace en termes de carbone absorbé par hectare que de se concentrer uniquement sur de nouvelles plantations. C’est l’un des résultats mis en avant par Nature Climate Change.

La protection des forêts en repousse peut, dans certains cas, offrir un « rendement climatique » beaucoup plus élevé que des opérations de plantation d’arbres menées à partir de zéro.

Ces données poussent les experts à revoir certaines politiques publiques centrées sur les grandes campagnes de plantation. Planter des arbres ne suffit pas. Sans protection efficace des jeunes forêts déjà en train de se reconstituer, une partie du potentiel de stockage de carbone disparaît.

Le rythme d’absorption du carbone dépend en réalité de plusieurs paramètres :

  • l’âge de la forêt, qui conditionne la vitesse de croissance ;
  • la composition en essences, plus ou moins adaptées au climat local ;
  • la surface couverte, bien sûr, mais aussi la continuité des peuplements ;
  • l’état du sol, notamment sa richesse en nutriments comme l’azote.

Que retenir pour la gestion des forêts en France ?

En France, la forêt couvre déjà près d’un tiers du territoire métropolitain, avec une grande diversité de situations : forêts publiques, massifs privés, plantations résineuses, forêts feuillues, peuplements naturels ou replantés. Les principes mis en lumière par les études nord-américaines et tropicales offrent plusieurs pistes de réflexion.

D’abord, la question de l’âge des peuplements intervient aussi dans les stratégies françaises. Les gestionnaires forestiers arbitrent en permanence entre le maintien de forêts anciennes, essentielles pour la biodiversité, et le renouvellement des peuplements, qui peut favoriser un stockage rapide de carbone chez les jeunes arbres. La tendance montrée par les recherches internationales invite à mieux valoriser les forêts en repousse, notamment après des tempêtes, des incendies ou des attaques de ravageurs.

Ensuite, le rôle des sols et des nutriments concerne directement les massifs français. Les pratiques sylvicoles – choix des essences, densité des plantations, rotations, travail du sol – influencent la fertilité et donc la capacité de stockage de carbone, à la fois dans la biomasse et dans l’humus.

Enfin, les politiques publiques françaises s’inscrivent dans un cadre européen qui encourage à la fois la préservation des forêts existantes et la reconstitution des surfaces dégradées. Les résultats rapportés par Nature Climate Change renforcent l’idée qu’un accompagnement spécifique des forêts secondaires et des jeunes peuplements peut devenir un levier important dans les stratégies nationales de neutralité carbone.

Ce que signifient « stockage » et « puits de carbone » dans une forêt

Pour un lecteur, ces notions peuvent paraître abstraites. Le stockage de carbone désigne la quantité de carbone immobilisée dans les arbres, les sols et la matière organique. Un « puits de carbone » correspond à un milieu qui absorbe chaque année plus de CO2 qu’il n’en émet.

Dans une forêt jeune en forte croissance, la photosynthèse domine : les arbres captent le CO2 de l’air, l’incorporent dans leurs tissus et l’y gardent parfois pendant des décennies. Tant que la forêt reste en expansion, elle agit comme un puits.

Quand la forêt vieillit, les choses se stabilisent. Les arbres morts se décomposent, relâchant du CO2 et d’autres gaz, tandis que les arbres vivants continuent de pousser. Le bilan peut alors tendre vers un équilibre, avec un stockage net annuel plus faible, même si le stock total de carbone reste très élevé.

Les incendies, les coupes rases ou la conversion de la forêt en terres agricoles transforment ce puits en source de carbone, en libérant rapidement le CO2 accumulé. Le défi consiste donc à maintenir un maximum de surfaces forestières dans un état où elles captent plus de carbone qu’elles n’en relâchent, sans sacrifier les autres fonctions de la forêt.

Entre climat, biodiversité et usages du bois : un équilibre délicat

Les études citées par Phys.org et Nature Climate Change rappellent enfin que la forêt ne se résume pas à une « machine à carbone ». Elle fournit du bois, protège l’eau, abrite une biodiversité riche, offre des espaces de loisirs et sert de rempart contre certains risques naturels.

Mis en avant pour leur performance climatique, les jeunes peuplements ne remplacent pas les forêts anciennes, indispensables à de nombreuses espèces. Les politiques forestières doivent donc conjuguer plusieurs objectifs : limiter la déforestation, soutenir la régénération naturelle, protéger les forêts secondaires et adapter les pratiques aux réalités locales, qu’il s’agisse des forêts américaines, tropicales, boréales ou françaises.

Questions fréquentes

Pourquoi les jeunes forêts stockent-elles plus de carbone qu'on ne le pensait ?

Selon l'article, plusieurs facteurs naturels jouent simultanément : l'allongement de la saison de croissance due aux températures plus élevées, l'évolution favorable des précipitations et la « fertilisation au CO2 ». Mais c'est surtout l'âge des forêts qui domine, avec les arbres jeunes en phase de croissance maximale constituant l'un des moteurs les plus puissants du piégeage de carbone.

Quel rôle l'azote joue-t-il dans la repousse des forêts tropicales ?

L'azote est un nutriment clé pour la fabrication des protéines végétales. Dans les sols tropicaux dégradés par un usage intensif, le manque d'azote limite la vitesse de repousse. Lorsque ce nutriment est réintroduit, les forêts repoussent presque deux fois plus vite au cours des dix premières années, selon l'article.

Pourquoi faut-il être prudent avec la fertilisation azotée en forêt ?

Dans les forêts déjà saturées en azote du fait des retombées industrielles, un nouvel apport peut provoquer un effondrement brutal de la respiration des sols et perturber l'équilibre de l'écosystème. Cela menace la capacité des forêts à stocker du carbone à long terme.

Est-il plus efficace de planter de nouveaux arbres ou de protéger les forêts en repousse ?

Selon l'article, protéger les forêts secondaires déjà en croissance serait jusqu'à huit fois plus efficace en termes de carbone absorbé par hectare que de se concentrer uniquement sur de nouvelles plantations. La protection des forêts en repousse offre un rendement climatique beaucoup plus élevé que les opérations de plantation à partir de zéro.

Comment les forêts boréales contribuent-elles à la lutte contre le changement climatique ?

Entre 1985 et 2020, les forêts boréales ont progressé d'environ 12 %, soit près de 844 000 kilomètres carrés. Les jeunes forêts boréales âgées de moins de 36 ans représentent un stock de carbone considérable, estimé entre 1,1 et 5,9 pétagrammes, et pourraient séquestrer entre 2,3 et 3,8 pétagrammes supplémentaires en arrivant à maturité.
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