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Des scientifiques découvrent une chenille qui vit dans les toiles d’araignées : elle se couvre des restes de leurs proies

À Hawaï, des chercheurs ont identifié une chenille qui partage les toiles d’araignées et s’orne de fragments d’insectes morts autour de son corps.

Cette découverte surprenante, rapportée par le site d’information de l’Université de Hawaï UH News, met en lumière une chenille unique au monde, capable de vivre au cœur des toiles d’araignées et d’utiliser les restes de proies comme véritable armure mobile. L’étude, publiée dans la revue scientifique Science, révèle aussi que cette espèce, présente uniquement sur l’île d’Oʻahu, est déjà menacée de disparition.

Une chenille qui vit dans les toiles d’araignées à Hawaï

La nouvelle espèce a été observée sur l’île d’Oʻahu, dans l’archipel d’Hawaï, par une équipe de scientifiques de l’Université de Hawaï à Mānoa. Ces chercheurs travaillent sur un groupe de chenilles endémiques, surnommées les « Hawaiian Fancy Case Caterpillars », appartenant au genre Hyposmocoma. Parmi elles, cette nouvelle venue s’est distinguée par un mode de vie inédit.

Contrairement à la grande majorité des chenilles, qui restent à distance des prédateurs comme les araignées, celle-ci s’installe directement dans leurs toiles. Les chercheurs l’ont trouvée dans des toiles installées dans des cavités d’arbres, des troncs en décomposition ou des creux rocheux, toujours dans un secteur forestier très limité de la chaîne de montagnes Waiʻanae, à l’ouest d’Oʻahu.

Cette chenille passe sa vie dans les toiles d’araignées, au milieu de proies capturées, affaiblies ou déjà mortes, dont elle se nourrit et dont elle récupère les restes.

Le professeur Dan Rubinoff, du College of Tropical Agriculture and Human Resilience de l’université, souligne que ce comportement n’avait jamais été envisagé chez des chenilles. Pour les scientifiques, il s’agit d’un exemple marquant de la manière dont l’isolement de l’archipel hawaïen favorise des trajectoires évolutives inattendues.

Une « chenille collectrice d’os » aux habitudes macabres

Cette espèce a reçu le surnom de « bone collector caterpillar », littéralement « chenille collectrice d’os ». Ce nom fait référence à un comportement spectaculaire : elle décore sa maison portative avec des morceaux de corps d’insectes trouvés dans la toile.

Comme d’autres chenilles du genre Hyposmocoma, elle vit à l’intérieur d’un étui de soie qu’elle peut transporter. Cet étui sert de protection et de support pour se camoufler dans son environnement. Les chercheurs ont observé qu’elle mesure et sélectionne précisément certains morceaux de proies pour les fixer à l’extérieur de cet abri.

  • Ailes de mouches
  • Têtes de charançons
  • Abdomens de perce-oreilles

Autant de fragments qui se retrouvent cousus sur la structure de soie, comme une parure étrange et inquiétante. Les scientifiques décrivent une véritable activité de « construction », la chenille ajustant les morceaux choisis avant de les intégrer à son étui.

Les biologistes ont vu la chenille mesurer, choisir puis fixer des ailes, des têtes ou des abdomens d’insectes sur son fourreau de soie, qu’elle transporte partout avec elle.

Pour Dan Rubinoff, cette combinaison de comportement carnivore et de « décoration mortuaire » rend l’espèce totalement singulière à l’échelle mondiale. Il insiste sur le fait qu’aucune autre chenille connue n’orne son abri avec des fragments de proies.

Un prédateur opportuniste dans la toile

Au-delà de son apparence, la chenille présente un autre trait rare : elle est carnivore. Dans la toile partagée avec l’araignée, elle se nourrit des insectes affaiblis ou déjà morts. Elle ne se contente pas d’attendre que des restes soient à sa portée. Les chercheurs ont observé qu’elle est capable de ronger la soie de la toile pour atteindre une proie située un peu plus loin.

Elle adopte ainsi une stratégie de prédation opportuniste :

  • Elle repère une proie affaiblie ou morte coincée dans la toile.
  • Elle avance à l’abri de son étui renforcé.
  • Elle mâche la soie qui l’empêche d’accéder à l’insecte.
  • Elle consomme la proie, puis récupère certains morceaux pour renforcer son étui.
  • Une fois sa croissance terminée, la chenille subit une métamorphose classique et se transforme en papillon de nuit. L’étude mentionne cette étape mais se concentre sur la phase larvaire, qui présente le comportement le plus spectaculaire.

    Une espèce déjà en danger dans les montagnes Waiʻanae

    Derrière l’étonnement scientifique, l’étude souligne une alerte : cette chenille n’a été trouvée que dans une surface d’environ 15 km² de forêt, dans la chaîne des Waiʻanae, sur l’île d’Oʻahu. Les chercheurs expliquent avoir cherché cette espèce pendant plusieurs décennies sans la repérer ailleurs.

    Après des années de recherches, la « chenille collectrice d’os » n’a été observée que sur une petite zone montagneuse d’environ 15 kilomètres carrés, ce qui en fait une espèce déjà menacée.

    Les scientifiques de l’Université de Hawaï à Mānoa appellent à des efforts de conservation rapides pour protéger ce milieu. Ils redoutent que des modifications de la forêt, des espèces invasives ou le changement climatique effacent cette lignée singulière avant même qu’elle soit mieux connue.

    Cette situation illustre un phénomène bien documenté à Hawaï : de nombreuses espèces insulaires, très spécialisées et confinées à des zones réduites, disparaissent ou se raréfient sous la pression humaine. La chenille s’ajoute à la longue liste de la faune hawaïenne fragile.

    Des origines vieilles de six millions d’années

    L’équipe de recherche, composée notamment de Michael San Jose et Camiel Doorenweerd aux côtés de Dan Rubinoff, estime que cette lignée de chenilles « collectrices d’os » est apparue il y a au moins six millions d’années. Cette ancienneté dépasse l’âge des îles principales actuelles de l’archipel.

    Ce résultat suggère que les ancêtres de cette espèce vivaient sur d’anciennes îles volcaniques aujourd’hui submergées, situées au nord-ouest de l’archipel actuel. Au fil des millions d’années, l’archipel de Hawaï s’est déplacé et remodelé sous l’effet des plaques tectoniques, laissant disparaître des îles et en faisant apparaître de nouvelles.

    Pour les chercheurs, cette chenille représente donc un vestige vivant de lignes évolutives anciennes, probablement autrefois plus largement réparties. Sa présence dans une zone restreinte de forêt montagnarde en renforce la valeur scientifique.

    Ce que cela raconte de l’évolution à Hawaï

    Interrogé par UH News, Dan Rubinoff voit dans cette espèce un nouvel exemple de l’originalité de l’évolution dans l’archipel. Il rappelle que Hawaï est célèbre pour ses radiations évolutives, ces groupes d’espèces dérivées d’un ancêtre commun qui se diversifient rapidement lorsque de nouveaux milieux s’ouvrent.

    Pour Rubinoff, la chenille illustre à quel point l’évolution à Hawaï peut mener à des comportements « incroyables et imprévisibles », inimaginables avant leur observation sur le terrain.

    Dans ce cas précis, une larve d’insecte généralement herbivore s’est peu à peu spécialisée dans un milieu très risqué, celui de la toile d’araignée, et a développé une stratégie de protection et de camouflage grâce à une carapace de soie et de restes de proies. Ce type d’adaptation extrême montre comment l’isolement géographique favorise des solutions originales pour exploiter une niche écologique.

    Les enjeux pour la conservation à Hawaï

    Les scientifiques de l’Université de Hawaï à Mānoa appellent à des mesures rapides de protection. Ils souhaitent préserver l’habitat forestier de la chaîne des Waiʻanae, afin de maintenir les conditions nécessaires à la survie de cette chenille, mais aussi d’autres espèces endémiques partageant le même milieu.

    Les menaces identifiées pour ce type d’écosystème insulaire sont bien connues : déforestation locale, introduction d’espèces invasives (plantes, oiseaux, insectes ou mammifères), maladies, incendies ou encore modification du climat. La surface limitée occupée par la chenille accentue le risque : un événement extrême pourrait suffire à faire disparaître la population connue.

    Caractéristique Chenille « collectrice d’os »
    Régime alimentaire Carnivore, se nourrit d’insectes affaiblis ou morts dans les toiles
    Habitat Toiles d’araignées dans cavités d’arbres, troncs, rochers (montagnes Waiʻanae, Oʻahu)
    Protection Étui de soie portatif décoré de restes d’insectes
    Statut Espèce menacée, aire connue d’environ 15 km²
    Origine évolutive Lignée estimée à au moins 6 millions d’années

    Et en France, à quoi ressemblent les chenilles ?

    Pour un lecteur vivant en France métropolitaine, ce cas montre à quel point certaines îles isolées abritent des comportements qu’on ne rencontre pas sous nos latitudes. En France, la grande majorité des chenilles connues restent strictement herbivores. Elles se nourrissent de feuilles, d’aiguilles de conifères ou parfois de fleurs et de fruits. Certaines construisent aussi des abris de soie ou de débris végétaux, mais sans utiliser de restes d’animaux.

    Les comportements proches de ceux observés à Hawaï se retrouvent plutôt chez d’autres groupes d’insectes, comme certaines larves de fourmilions qui se cachent dans le sable, ou chez des araignées tissant des toiles élaborées. Les chenilles françaises n’envahissent pas les toiles d’araignées pour s’y nourrir et ne se parent pas de fragments de proies.

    En matière de conservation, les espèces d’insectes menacées en France métropolitaine bénéficient de dispositifs pilotés notamment par l’Office français de la biodiversité et par les parcs nationaux ou régionaux. Ces organismes mettent en place des plans d’action pour préserver les habitats, limiter l’usage de certains pesticides ou protéger des zones naturelles clés, principes comparables aux appels des chercheurs hawaïens pour la protection de cette chenille.

    Pourquoi cette chenille intrigue les scientifiques

    Cette espèce intéresse particulièrement les chercheurs pour plusieurs raisons concrètes :

    • Elle combine un régime carnivore et un habitat en toile d’araignée, deux éléments très rares chez les chenilles.
    • Elle construit un étui mobile de soie, déjà original, et l’orne de restes d’insectes, ce qui évoque une forme de camouflage ou de renforcement mécanique.
    • Elle représente une lignée ancienne, survivante probable de faunes insulaires disparues avec les anciennes îles volcaniques.
    • Elle se trouve déjà menacée, ce qui en fait un indicateur de l’état de santé des forêts de montagne d’Oʻahu.

    Pour les entomologistes, étudier cette chenille donne l’occasion de mieux comprendre comment un insecte initialement herbivore peut basculer vers un régime carnivore, comment il cohabite avec des prédateurs comme les araignées et comment les pressions évolutives façonnent des comportements si atypiques. À terme, ces travaux éclairent la manière dont les écosystèmes insulaires fonctionnent et réagissent aux perturbations.

    Dans le cas précis de la « chenille collectrice d’os », chaque spécimen trouvé dans la forêt hawaïenne représente à la fois un sujet d’étude rare et un fragment vivant d’une histoire évolutive qui s’étend sur plusieurs millions d’années.

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