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Et si la première civilisation terrestre n’avait pas été humaine : l’hypothèse d’un scientifique de la NASA expliquée

Un chercheur de la NASA s’est demandé si une civilisation avancée avait pu exister sur Terre bien avant l’être humain, aux États-Unis.

Dans un article scientifique qui a inspiré une vidéo devenue virale, deux chercheurs, dont un climatologue de la NASA, s’interrogent sérieusement sur une idée digne de la science-fiction : si une civilisation industrielle avait prospéré il y a des dizaines de millions d’années, serions-nous seulement capables d’en retrouver la trace, rapporte le site américain spécialisé en histoire et curiosités scientifiques.

Une hypothèse née d’une question dérangeante

Le point de départ de cette réflexion s’appelle « l’hypothèse silurienne ». Le nom vient d’un épisode de la série britannique Doctor Who, où le héros rencontre des « hommes-lézards » très avancés technologiquement, installés sur Terre bien avant les humains et baptisés Siluriens.

En 2018, Gavin Schmidt, chercheur à la NASA, et Adam Frank, astrophysicien, publient dans l’International Journal of Astrobiology un article à comité de lecture posant une question simple, mais vertigineuse : si une civilisation industrielle avancée avait existé des millions d’années avant nous, en aurions-nous la moindre preuve aujourd’hui ?

Dans une vidéo TikTok dépassant 88 000 vues, le créateur américain Jeff Foran résume leur idée par une formule choc : « Et si la première civilisation n’avait pas été humaine ? » Il rappelle que, rapportée à l’âge de la Terre, notre présence est très récente : la planète aurait environ 4,5 milliards d’années, nos ancêtres primates apparaissent il y a environ 6 millions d’années, et Homo sapiens n’existerait que depuis quelque 300 000 ans.

Sur 4,5 milliards d’années, l’humanité n’occupe qu’un infime segment du temps. Le reste a-t-il pu accueillir une autre civilisation industrielle, aujourd’hui totalement effacée ?

Jusqu’à présent, tout indique que les humains sont les seuls animaux à avoir atteint ce niveau de technologie et d’organisation. L’hypothèse silurienne ne dit pas le contraire : elle ne prétend pas qu’une telle civilisation a réellement existé. Elle propose un exercice intellectuel : si c’était le cas, à quoi ressembleraient ses traces dans les archives géologiques ? Et surtout : saurions-nous les distinguer de phénomènes naturels ?

Pourquoi les traces d’une civilisation peuvent disparaître

Au cœur de cette réflexion, un constat : à très long terme, presque tout disparaît. Les bâtiments, les routes, les ponts, les ports et même la plupart des fossiles finissent détruits par l’érosion, l’enfouissement, la tectonique des plaques et la transformation lente des roches.

Le papier de Gavin Schmidt et Adam Frank souligne qu’un gratte-ciel construit il y a 100 millions d’années aurait aujourd’hui, dans l’immense majorité des cas, totalement disparu. Même les matières plastiques, les métaux, les bétons peuvent être broyés, dissous, recyclés dans la croûte terrestre au fil de dizaines de millions d’années.

Les chercheurs rappellent que le registre fossile ne conserve déjà qu’une fraction minuscule de la vie passée. La plupart des organismes ne se fossilisent jamais. Les structures en surface, encore moins. Dans ce contexte, une civilisation qui aurait émergé, industrialisé sa planète, puis disparu très loin dans le passé géologique pourrait laisser peu de traces directes visibles.

  • Bâtiments et infrastructures : très peu de chances de conservation au-delà de quelques dizaines de millions d’années.
  • Objets manufacturés (plastiques, alliages) : dégradés, transformés, recyclés dans les roches.
  • Fossiles d’êtres intelligents : probabilité faible, comme pour la plupart des espèces.
  • Empreintes dans la chimie de l’atmosphère et des océans : indices possibles, mais ambigus.

L’hypothèse silurienne conduit donc à chercher autre chose que des ruines : des « signatures industrielles » dans les glaces, les sédiments ou les roches, comme des variations anormales de certains isotopes, une hausse rapide du dioxyde de carbone, ou des changements dans la chimie des océans.

Le cas troublant du réchauffement il y a 56 millions d’années

Jeff Foran met en avant un épisode clé souvent cité par les deux scientifiques : le Maximum thermique du Paléocène-Éocène, abrégé PETM, survenu il y a environ 56 millions d’années.

À cette période, les données géologiques indiquent :

  • Une forte hausse du dioxyde de carbone dans l’atmosphère.
  • Un réchauffement global marqué.
  • Des bouleversements dans la chimie des océans.
  • L’extinction de certaines espèces et des migrations importantes d’autres animaux.
  • Vu de loin, ce tableau rappelle certains effets actuels de l’industrialisation humaine : combustion massive d’énergies fossiles, réchauffement climatique, acidification des océans, perturbation des écosystèmes. De quoi alimenter les spéculations.

    Le PETM présente des ressemblances frappantes avec l’empreinte que laisse aujourd’hui notre civilisation. Mais ces ressemblances ne suffisent pas à prouver l’existence d’êtres intelligents à cette époque.

    Les auteurs du papier restent très prudents. Les mêmes signatures peuvent résulter de causes naturelles bien connues : volcanisme intense, libération de méthane piégé dans les fonds marins, modifications des courants océaniques ou des plaques tectoniques. Les scénarios purement géologiques suffisent à expliquer l’événement sans recourir à une civilisation disparue.

    Quand les légendes et les extraterrestres s’en mêlent

    Dans sa vidéo, Jeff Foran va au-delà de l’exercice académique. Il évoque la possibilité qu’une espèce « de type dinosaure », très avancée, ait pu survivre à un cataclysme en se réfugiant sous terre ou dans les océans. Il fait le lien avec certains récits de civilisations anciennes, qui parlent de « peuples venus de la mer » ou d’êtres souterrains ayant influencé l’humanité.

    Il mentionne aussi les révélations récentes autour des objets volants non identifiés. Sur un ton ironique, il suggère que l’on préfère détourner le regard, persuadé que personne n’a pu précéder l’humanité sur Terre.

    Le site à l’origine de l’article qualifie toutefois cette extrapolation de « tirée par les cheveux ». Pour qu’un tel scénario fonctionne, une société devrait avoir été poussée vers les océans il y a 56 millions d’années, perdurer jusqu’à l’apparition des premiers humains modernes il y a 200 000 à 300 000 ans, puis disparaître complètement sans laisser de preuves solides. À ce jour, aucune donnée scientifique n’appuie une telle chronologie.

    Un paradoxe inquiétant : plus une civilisation est durable, moins elle laisse de traces

    L’un des points les plus déroutants de l’hypothèse silurienne tient au paradoxe mis en avant par Schmidt et Frank. Pour durer très longtemps, une civilisation doit forcément devenir plus sobre, plus respectueuse de son environnement, afin de ne pas détruire les conditions qui permettent sa survie.

    Or, plus une société réduit son impact, moins elle laisse d’empreintes durables dans les roches. Une civilisation durable, utilisant des énergies renouvelables, recyclant l’essentiel de ses matériaux, générant peu de pollution durable, pourrait justement devenir presque invisible pour des géologues venus des millions d’années plus tard.

    Une civilisation autodestructrice laisse peut-être des traces, mais disparaît vite. Une civilisation durable dure longtemps, mais s’efface presque totalement de l’histoire géologique.

    À l’inverse, une civilisation brûlant massivement des combustibles fossiles, modifiant brutalement l’atmosphère et les océans, pourrait laisser une marque plus identifiable sur le long terme. Les scientifiques utilisent d’ailleurs cette idée pour réfléchir en sens inverse : si nous cherchons des civilisations industrielles sur d’autres planètes, nous surveillerons leurs atmosphères à la recherche de signaux anormaux, tout en sachant que des phénomènes naturels peuvent imiter ces signatures.

    Ce que cette hypothèse change pour notre regard sur la Terre

    L’hypothèse silurienne amène surtout à mieux comprendre la fragilité de notre propre trace dans le temps. Même les constructions humaines les plus massives ne représentent qu’une fine pellicule à la surface d’une planète qui se transforme sans cesse.

    Pour les lecteurs français, cette réflexion rappelle les débats autour de la notion d’« anthropocène », ce terme utilisé par certains chercheurs pour désigner une nouvelle époque géologique marquée par l’empreinte de l’humanité : hausse du CO2, plastiques, béton, métaux rares. Des organismes comme le Bureau de recherches géologiques et minières en France participent à ces études qui tentent de repérer, dans les sédiments, les signaux d’un changement durable lié à notre civilisation.

    La situation en France : que laisserons-nous aux géologues du futur ?

    En France, la question de la trace laissée par notre société se pose de façon très concrète dans plusieurs domaines : gestion des déchets nucléaires, stockage des déchets industriels dangereux, urbanisation intense des littoraux, diffusion des microplastiques dans les sols et les rivières.

    Les autorités publiques et les agences de sûreté travaillent sur des horizons de temps qui peuvent atteindre des dizaines de milliers d’années pour certains stockages. On est encore loin des dizaines de millions d’années envisagées par l’hypothèse silurienne, mais cela montre à quel point penser le long terme devient nécessaire.

    Pour un lecteur français, quelques pistes d’impact durable possible :

    • Les couches de béton, d’asphalte et de gravats formant des « roches anthropiques » observables dans les futurs affleurements.
    • Les isotopes radioactifs issus des essais nucléaires du XXe siècle, déjà repérés comme marqueurs temporels précis.
    • Les microplastiques emprisonnés dans les sédiments marins et lacustres.
    • Les pollutions lourdes de certains sols industriels, qui laissent une signature chimique spécifique.

    Les géologues français et européens s’interrogent déjà sur la façon dont ces marqueurs pourraient apparaître dans les archives géologiques futures. Cette réflexion rejoint directement celle de Schmidt et Frank : que verrait un scientifique venu du lointain futur, ou d’une autre planète, en étudiant les couches de roches actuelles ?

    Quelques notions clés pour mieux comprendre

    Deux termes méritent une explication pour saisir tous les enjeux de cette hypothèse :

    Terme Explication
    Maximum thermique du Paléocène-Éocène (PETM) Période de réchauffement brutal il y a 56 millions d’années, marquée par une forte hausse du CO2, des océans plus acides et des bouleversements écologiques.
    Hypothèse silurienne Exercice intellectuel proposé par deux scientifiques américains : si une civilisation industrielle avait existé bien avant les humains, quelles traces laisserait-elle dans les roches, et serions-nous capables de les distinguer de phénomènes naturels ?

    Pour les passionnés d’archéologie ou de sciences de la Terre, cette hypothèse fonctionne comme un test de solidité : elle oblige à préciser ce que l’on sait vraiment des archives géologiques, et à reconnaître leurs limites. Elle montre aussi que les récits de « civilisations perdues » qui circulent sur les réseaux sociaux ne reposent pas, aujourd’hui, sur des preuves matérielles, même s’ils s’inspirent parfois de véritables questions scientifiques.

    Enfin, elle invite chacun à réfléchir à l’empreinte que notre propre société laissera derrière elle. Entre pollution durable, réchauffement climatique et efforts pour verdir nos économies, les choix faits au XXIe siècle pourraient bien décider de la manière dont une éventuelle intelligence future lira notre passage sur Terre, ou ne le verra presque pas.

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