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Un livre emprunté à la bibliothèque disparaît en Australie : muré dans une cheminée, il refait surface 150 ans plus tard

Un vieux livre usé aux pages jaunies, ouvert ou fermé, présenté à côté d'une vieille caisse en bois, évoquant sa découverte dans une cheminée ancienne d'une maison australienne du XIXe siècle.

Lors de travaux dans une maison de Kiama, en Australie, un vieil ouvrage oublié de la bibliothèque municipale a refait surface contre toute attente.

À l’occasion d’une rénovation dans une petite ville côtière de Nouvelle-Galles du Sud, un Australien a mis au jour un livre rare, emprunté à la bibliothèque de Kiama à la fin du XIXe siècle, puis muré dans une cheminée pendant environ 150 ans. Cette histoire singulière, racontée par le média scientifique anglophone qui a publié la trouvaille, éclaire autant le passé des bibliothèques publiques que l’attachement actuel au patrimoine écrit.

Un volume de 1858 enfermé derrière une cheminée

Tout commence dans une maison de Manning Street, à Kiama, au sud de Sydney. Ross Simmons, 77 ans, y fait réaliser des travaux lorsqu’il tombe sur une caisse à thé ancienne, dissimulée dans une cheminée condamnée. À l’intérieur, un seul objet : un livre usé, manifestement très ancien.

Intrigué, le septuagénaire apporte l’ouvrage à la bibliothèque municipale de Kiama. Les agents reconnaissent tout de suite un volume de leur toute première collection, grâce aux marques figurant sur la couverture et aux annotations internes. Le livre porte le numéro 506, ce qui le situe parmi les quelque 1 000 volumes originels de l’établissement.

Resté environ 150 ans derrière un mur, l’ouvrage n’était plus visible ni accessible à aucun bibliothécaire depuis la fin du XIXe siècle.

Publié en 1858, l’ouvrage s’intitule The Antiquities of Athens and Other Monuments of Greece, soit « Les antiquités d’Athènes et autres monuments de Grèce ». Il s’agit d’une étude architecturale compacte de 149 pages, accompagnée de 70 planches illustrées, dont certaines dépliantes.

Malgré un état « battu et endommagé », selon la description relayée par le média anglophone, le livre reste jugé en assez bon état après un siècle et demi enfermé dans son écrin de briques.

Un livre d’architecture très recherché au XIXe siècle

L’ouvrage n’est pas n’importe quel traité. Il compile les travaux de James Stuart et Nicholas Revett, deux Britanniques qui ont parcouru la Grèce dans les années 1750 pour mesurer et dessiner les monuments antiques avec une précision inhabituelle pour l’époque.

Leur travail, d’abord publié au XVIIIe siècle puis réédité par la suite, a largement contribué à diffuser le style grec dans l’architecture et le design britanniques. Avoir un exemplaire de cette édition de 1858 dans une petite ville australienne témoignait donc d’une vraie ambition intellectuelle de la jeune bibliothèque de Kiama.

  • Un contenu pointu sur l’architecture antique grecque
  • Des planches détaillées, parfois dépliantes
  • Une influence historique sur la mode architecturale britannique

Pour la responsable de la bibliothèque, Michelle Hudson, recevoir un retour aussi ancien est inédit : « Nous n’avons jamais rien eu d’aussi vieux qui nous soit revenu », explique-t-elle. D’ordinaire, les ouvrages très en retard qui refont surface ont quelques décennies tout au plus, retrouvés lors du tri de successions.

Un emprunteur introuvable, une hypothèse familiale

Qui a emporté ce livre chez lui, avant de le laisser disparaître dans une cheminée ? La réponse demeure un mystère. Le registre des prêts des années 1870, qui aurait pu mentionner le nom de l’emprunteur et la date exacte du prêt, a disparu.

Ross Simmons avance néanmoins une piste. Il pense que son arrière-arrière-grand-père, John Simmons, pourrait être à l’origine de l’emprunt, car ce dernier possédait le cottage au moment de l’ouverture de la bibliothèque en 1872. Un architecte réputé portant ce même nom vivait d’ailleurs à Kiama il y a environ 150 ans.

L’hypothèse d’un architecte passionné d’antiquités grecques, empruntant un traité de référence, colle avec le profil du livre… mais reste impossible à vérifier.

La bibliothèque ne peut confirmer cette version. Les chercheurs locaux manquent de documents pour établir un lien formel entre cet architecte et le volume numéroté 506. L’idée demeure donc plausible, mais très spéculative, comme le souligne le média anglophone à l’origine du récit.

Des règles de prêt d’un autre âge et une amende théorique astronomique

À défaut d’avoir conservé son registre de prêts, la bibliothèque de Kiama a retrouvé dans le volume ses propres règles d’emprunt de l’époque. Ce règlement interne offre un aperçu des usages de la fin du XIXe siècle.

Règle de la bibliothèque de Kiama (années 1870) Détail
Durée de prêt 1 mois
Retard 3 anciens pence par semaine supplémentaire
Nouvel emprunt Interdit tant que le livre en retard n’est pas rendu et la dette réglée
Nombre maximal de livres par foyer 3, à condition qu’au moins 6 membres sachent lire
Conduite des usagers Refus de prêt aux personnes arrivant en état d’ivresse

À partir du tarif de trois anciens pence par semaine de retard, et en tenant compte de l’inflation, la bibliothèque a calculé, pour le plaisir, ce qu’aurait représenté une amende aujourd’hui. Le montant théorique atteindrait environ 28 000 dollars australiens, soit un peu moins de 20 000 dollars américains.

Les responsables n’envisagent évidemment pas de la réclamer. L’exercice reste symbolique et souligne l’écart entre l’époque où chaque ouvrage représentait un investissement majeur, et le contexte actuel où les bibliothèques peuvent plus facilement remplacer un volume manquant.

Quand l’accès aux livres conditionnait la respectabilité

Le règlement conservé dans le volume montre aussi la façon dont les bibliothèques liaient lecture, respectabilité et position sociale. Pour qu’un foyer puisse emprunter jusqu’à trois livres, il fallait prouver qu’au moins six membres savaient lire. Cette condition excluait de fait une partie de la population moins éduquée.

L’interdiction de prêt pour les personnes arrivant « en état d’intoxication » renforçait également l’idée que l’accès à la culture supposait un comportement jugé convenable. Le livre devenait à la fois un objet précieux et un marqueur de respectabilité.

À l’époque, chaque volume comptait. Dans une collection de moins de 1 000 titres, la disparition d’un seul livre constituait une vraie perte. Il n’existait pas de solution facile pour le remplacer : pas de commande express, ni de téléchargement, ni de réimpression à la demande.

Ce livre de 1858 rappelle qu’une bibliothèque d’antan reposait sur un petit nombre d’ouvrages, soigneusement choisis et très sollicités par une communauté avide de lecture.

Le livre rejoint la collection patrimoniale de Kiama

Après cette longue parenthèse derrière un mur, le volume ne reprendra pas le chemin du prêt. La bibliothèque de Kiama a décidé de l’intégrer à sa collection d’histoire locale, qui rassemble les pièces les plus anciennes et les plus fragiles.

« Nous n’allons pas le remettre en prêt. Nous ne voulons pas attendre encore 150 ans pour qu’il nous revienne », explique avec humour Michelle Hudson. Le livre sera conservé et présenté comme un témoin matériel de la naissance de la bibliothèque et des pratiques de lecture à Kiama au XIXe siècle.

La responsable souligne que jamais un retour aussi ancien n’avait été enregistré dans l’établissement. Habituellement, les ouvrages retrouvés après de longues années sont rapportés lors du tri d’un grenier ou d’une succession, avec des délais de 30 ou 40 ans tout au plus.

Ce que cette histoire évoque pour les bibliothèques françaises

Pour un lecteur français, la scène peut rappeler les bibliothèques municipales créées à la fin du XIXe siècle, souvent issues de dons, de legs ou de bibliothèques populaires. En France aussi, certains établissements conservent des « fonds patrimoniaux » séparés des collections grand public, où les ouvrages les plus anciens ou fragiles ne sortent plus des murs.

Les bibliothèques municipales françaises appliquent parfois des amendes de retard ou des blocages de carte, selon les règlements décidés par les communes ou les intercommunalités. Mais lorsqu’un livre ancien ou un document patrimonial réapparaît, il rejoint en général les réserves ou les collections spéciales, où il est conservé et consultable sur place.

Dans de nombreuses villes, la gestion de ces documents précieux revient au service dit « patrimoine » ou « fonds ancien » de la bibliothèque, comparable à la collection d’histoire locale de Kiama. Les ouvrages y sont parfois restaurés, numérisés, puis mis en valeur dans des expositions ou des présentations au public.

Pourquoi ces redécouvertes patrimoniales fascinent autant

Au-delà de l’anecdote, cette histoire illustre la façon dont les maisons anciennes peuvent cacher, derrière leurs murs, une partie discrète de la mémoire collective. Un livre emprunté il y a 150 ans raconte non seulement son contenu – ici, l’architecture grecque –, mais aussi la vie d’une ville, les goûts de ses habitants et l’état de l’instruction à une époque donnée.

Pour les bibliothécaires, ces trouvailles sont l’occasion de rappeler l’importance des règles de conservation : éviter l’humidité, contrôler la lumière, manipuler les ouvrages avec soin. Un livre qui a survécu un siècle et demi derrière un mur a échappé par chance aux risques de moisissure, d’insectes ou de détérioration complète.

Pour le public, elles redonnent aussi du sens à des pratiques très actuelles, comme la numérisation de documents anciens ou l’organisation d’expositions sur l’histoire locale. Une pièce retrouvée de façon inattendue, comme ce volume numéroté 506, offre un récit concret qui permet de faire le lien entre le passé et les usages des bibliothèques aujourd’hui.

Questions fréquentes

Comment le livre s'est-il retrouvé muré dans la cheminée?

Le mystère demeure total, car le registre des prêts des années 1870 a disparu. Ross Simmons suppose que son arrière-arrière-grand-père, John Simmons, qui possédait le cottage lors de l'ouverture de la bibliothèque en 1872, pourrait être l'emprunteur responsable, mais cette hypothèse reste impossible à vérifier.

Quel est le titre exact et le contenu du livre retrouvé?

Le livre s'intitule « The Antiquities of Athens and Other Monuments of Greece » (Les antiquités d'Athènes et autres monuments de Grèce), publié en 1858. C'est une étude architecturale de 149 pages accompagnée de 70 planches illustrées, compile les travaux de James Stuart et Nicholas Revett sur les monuments antiques grecs.

Combien d'amende aurait été facturée après 150 ans de retard?

La bibliothèque a calculé de manière symbolique qu'à trois anciens pence par semaine de retard, en tenant compte de l'inflation, l'amende atteindrait environ 28 000 dollars australiens (moins de 20 000 dollars américains). Les responsables n'envisagent évidemment pas de la réclamer.

Pourquoi la bibliothèque ne remet-elle pas le livre en prêt?

La bibliothèque de Kiama a décidé d'intégrer le volume à sa collection d'histoire locale, qui rassemble les pièces les plus anciennes et fragiles. Michelle Hudson explique avec humour qu'elles ne veulent pas attendre encore 150 ans pour que le livre ne revienne.

Quels critères régissaient l'accès aux livres à la bibliothèque de Kiama au XIXe siècle?

Pour qu'un foyer emprunte jusqu'à trois livres, il fallait prouver qu'au moins six membres savaient lire. La bibliothèque refusait également les prêts aux personnes arrivant « en état d'intoxication », renforçant l'idée que l'accès à la culture supposait un comportement jugé convenable.
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