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Les psychologues sont unanimes : les personnes les plus appréciées ne sont ni les plus drôles ni les plus belles, elles font toutes cela

Personne parmi d'autres lors d'une réunion professionnelle, posture droite et assurée, s'exprimant avec confiance et regard direct.

Une étude en psychologie sociale, menée dans un contexte anglo-saxon, montre que la popularité se joue en quelques secondes… et sur des signaux bien précis.

Le média en ligne VICE relaie une recherche publiée en 2024 dans le British Journal of Social Psychology. Cette étude bouscule une idée très répandue : les personnes les plus appréciées dans un groupe ne sont pas forcément les plus drôles ni les plus séduisantes. Les chercheurs identifient au contraire un ensemble de comportements concrets, observables, qui influencent fortement la manière dont nous jugeons quelqu’un dès les premières secondes, que ce soit en face à face ou derrière un écran.

Ce que montre réellement l’étude de 2024

Les travaux cités par VICE ont été menés par la chercheuse Martje Buss et ses collègues. Leur objectif : comprendre quels comportements rendent quelqu’un populaire aux yeux de personnes qui ne le connaissent pas. Pour cela, ils ont suivi deux expériences de groupe, l’une en présentiel, l’autre à distance en visioconférence.

Dans chaque configuration, des inconnus devaient réaliser des tâches ensemble pendant qu’ils étaient filmés. Après l’exercice, chacun devait évaluer les autres membres du groupe sur leur popularité perçue. Les chercheurs ont, eux, analysé 22 indices comportementaux différents pour voir lesquels pesaient le plus dans ces jugements rapides.

Le résultat mis en avant par VICE est clair : les personnes jugées les plus populaires n’étaient ni les plus drôles, ni les plus belles. Elles étaient les plus extraverties, avec deux traits marquants : l’assertivité et la sociabilité.

Les personnes les plus appréciées étaient celles qui affichaient une attitude assurée et engageante, bien avant que l’on sache qui elles sont réellement.

Ces deux dimensions – savoir s’affirmer et aller vers les autres – se sont révélées bien plus prédictives de la popularité que l’humour ou l’apparence physique. La popularité, dans ce contexte, repose donc davantage sur une manière d’être que sur un capital esthétique ou un talent comique.

Dominance confiante : le vrai langage de la popularité

L’étude renvoie à ce que les psychologues appellent un « comportement dominant ». Le terme peut faire penser à quelque chose d’agressif, mais dans les travaux cités par VICE, il se rapproche plutôt de la confiance en soi visible.

En présentiel : le corps parle en premier

Lors des interactions en face à face, deux signaux principaux ont fait la différence :

  • une posture droite, ouverte, qui montre que la personne est à l’aise dans l’espace ;
  • des gestes qualifiés de dominants, c’est-à-dire des mouvements amples, maîtrisés, qui ne cherchent pas à se faire tout petits.

Ces indices physiques donnent l’impression que la personne « occupe » naturellement la pièce. Sans prononcer un mot, elle envoie le message qu’elle se sent légitime et présente.

En visioconférence : quatre canaux à soigner

Dans les échanges virtuels, où le corps est moins visible ou réduit à un cadre, les chercheurs ont observé que les quatre canaux du comportement dominant prenaient de l’importance :

  • non verbal : expression du visage, regard dirigé vers la caméra, mouvements visibles du haut du corps ;
  • paraverbal : vitesse d’élocution, volume, intonation de la voix ;
  • verbal : façon de formuler les idées, capacité à prendre la parole et à la garder sans écraser les autres ;
  • présence générale : impression globale de disponibilité, d’engagement et d’énergie.

Lors d’une réunion en ligne, une personne qui parle avec une voix posée mais assurée, regarde la caméra et intervient de manière claire et structurée sera, d’après cette étude, jugée plus populaire qu’une autre, pourtant tout aussi compétente, mais effacée.

En physique comme en virtuel, la popularité instantanée repose sur la manière dont on occupe l’espace, réel ou numérique.

Une mauvaise nouvelle pour les introvertis ? Pas si simple

VICE titre un intertitre « Bad News, Introverts » : dans les deux expériences, l’effet de l’extraversion s’est confirmé. Les participantes et participants qui entraient dans la pièce – ou se connectaient à l’écran – en donnant une impression d’aisance et d’engagement étaient mieux aimés, et très vite.

Ces résultats rejoignent d’autres travaux en psychologie sociale sur la vitesse à laquelle nous formons nos jugements. Deux chercheurs de l’université de Princeton, Janine Willis et Alexander Todorov, ont montré que :

  • en 100 millisecondes, un dixième de seconde, on se forge déjà une impression de fiabilité et d’attractivité d’un visage ;
  • en 500 millisecondes, un demi‑seconde, des jugements sur la compétence et la sympathie se mettent en place ;
  • au bout d’une seconde, l’évaluation mentale est quasiment fixée : regarder plus longtemps ne change plus le jugement, cela ne fait qu’augmenter la confiance que l’on a dans ce jugement.

Autrement dit, les personnes sont, sans s’en rendre compte, classées mentalement en « populaires » ou « pas populaires » quelques instants après être entrées dans une pièce ou apparues à l’écran.

Pour autant, les chercheurs comme le média VICE rappellent un point central : les critères mobilisés sont largement comportementaux. Posture, regard, place prise dans l’espace, façon de parler… tout cela n’est pas inné. Ce sont des habitudes, des réflexes, des styles de communication qui peuvent se travailler.

Le réflexe de se faire tout petit, de parler doucement ou de baisser le regard n’est pas un destin. C’est un ensemble de comportements modifiables.

La personne qui « capte » la salle dès son entrée n’est pas forcément plus intéressante que les autres. Elle envoie simplement, très tôt, des signaux que le cerveau humain repère en priorité, parce qu’ils sont associés à l’assurance et au leadership.

Que signifie l’assertivité dont parlent les psychologues ?

Le terme d’assertivité revient souvent dans ce type de travaux. Il désigne une capacité à exprimer clairement ses besoins, ses opinions ou ses limites, sans agressivité et sans s’effacer. C’est un équilibre entre passivité et domination.

Dans le cadre de l’étude citée par VICE, l’assertivité se manifeste par le fait de :

  • prendre la parole sans attendre d’y être invité ;
  • proposer des idées ou des solutions ;
  • poser des questions directes ;
  • regarder ses interlocuteurs ou la caméra lorsqu’on parle ;
  • occuper un temps de parole cohérent avec son rôle dans le groupe.

L’assertivité ne suppose pas de parler fort tout le temps ni de couper la parole. Elle consiste plutôt à ne pas se retirer du jeu social. C’est précisément cette présence affirmée, alliée à une sociabilité minimale (parler aux autres, s’intéresser à eux), qui semble peser le plus dans la popularité initiale.

Ce que cela change pour un lecteur en France

L’étude citée par VICE a été réalisée dans un contexte anglo‑saxon, mais les mécanismes de jugement rapide décrits par les chercheurs de Princeton ont été largement repris dans la littérature scientifique, y compris en France. Les réflexes de base du cerveau humain – se faire une opinion éclair express sur quelqu’un – ne s’arrêtent pas aux frontières.

Pour un salarié, un étudiant ou un élu local en France, ces résultats rappellent plusieurs enjeux concrets :

  • lors d’un entretien d’embauche, l’attitude dans les toutes premières secondes pèse lourdement sur la perception globale ;
  • dans une réunion de travail, celui ou celle qui ose prendre la parole en premier, de manière claire, sera souvent perçu comme plus compétent et sympathique ;
  • en visioconférence, un simple réglage de caméra, un regard plus régulier vers l’objectif et une voix un peu plus assurée peuvent modifier la manière dont on est jugé par son équipe.

En France, nombre de formations en communication ou en prise de parole en public – dans les écoles de commerce, les universités ou via la formation professionnelle – s’appuient déjà sur ces constats. Elles cherchent à entraîner précisément ces comportements : posture, regard, gestion de la voix, structuration des interventions.

Ce que la recherche met en lumière, c’est que la sympathie perçue ne tient pas qu’au caractère, mais à une série de micro‑signaux qui peuvent se travailler.

Les psychologues français qui interviennent en entreprise ou en cabinet de coaching insistent d’ailleurs souvent sur un point : travailler sa posture ou son regard ne signifie pas jouer un rôle permanent. Il s’agit plutôt de réduire le décalage entre ce que l’on est intérieurement et ce que les autres perçoivent dans les premières secondes d’un échange.

Quelques pistes concrètes pour ajuster son comportement

Sans se substituer à un accompagnement professionnel, les résultats de l’étude citée par VICE suggèrent plusieurs axes de travail accessibles :

  • Observer sa posture : se tenir droit, aligner la tête avec la colonne vertébrale, éviter de croiser systématiquement les bras ou de se recroqueviller.
  • Régler son regard : en présentiel, chercher un contact oculaire régulier mais non insistant ; en visioconférence, regarder l’objectif de la caméra lorsque l’on parle.
  • Soigner la voix : articuler, ralentir légèrement son débit si l’on parle très vite, monter un peu le volume si l’on est à peine audible.
  • Entrer tôt dans la conversation : poser une question, rebondir sur ce qui vient d’être dit, saluer le groupe d’une phrase claire dès le début d’une réunion.
  • Prendre sa place physique : choisir une chaise au centre plutôt qu’au fond de la salle quand c’est possible, orienter son corps vers le groupe.
  • Ces ajustements ne transforment pas une personne introvertie en extravertie. Ils modifient simplement les signaux perçus lors de ce laps de temps crucial où, selon les études citées, les jugements de popularité se figent déjà.

    Un dernier enjeu, souvent sous‑estimé, tient au contexte numérique. Les chercheurs montrent que la « présence » ne disparaît pas derrière un écran, elle change de forme. Pour un salarié en télétravail en France, ou un étudiant en cours à distance, la caméra allumée, un cadre un minimum soigné et une voix présente suffisent parfois à éviter d’être relégué, inconsciemment, dans la catégorie des personnes peu visibles ou peu populaires.

    Questions fréquentes

    Qu'est-ce que l'assertivité selon cette étude ?

    L'assertivité désigne la capacité à exprimer clairement ses besoins et opinions sans agressivité, en prenant la parole, en proposant des idées et en occupant un temps de parole cohérent. Elle constitue un équilibre entre passivité et domination.

    En combien de temps se forme vraiment notre jugement sur une personne ?

    Selon les chercheurs de Princeton cités dans l'étude, en 100 millisecondes on se forge une impression de fiabilité, en 500 millisecondes se mettent en place les jugements sur la compétence et la sympathie, et au bout d'une seconde l'évaluation est quasiment fixée.

    Cette étude concerne-t-elle seulement les interactions en présentiel ?

    Non, l'étude a testé deux configurations : l'une en présentiel et l'autre en visioconférence. En ligne, quatre canaux prennent de l'importance : le non verbal, le paraverbal, le verbal et la présence générale.

    Faut-il être extraverti de nature pour être apprécié ?

    Non, les chercheurs précisent que les critères mobilisés sont largement comportementaux. Posture, regard, façon de parler sont des habitudes modifiables qui ne constituent pas un destin inné, même pour les introvertis.

    Quels sont les deux traits marquants de l'extraversion qui jouent sur la popularité ?

    Les deux traits principaux sont l'assertivité (savoir s'affirmer) et la sociabilité (aller vers les autres). Ces dimensions se sont révélées bien plus prédictives de la popularité que l'humour ou l'apparence physique.
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