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Il s’est injecté du venin de serpent pendant des décennies et a survécu à 172 morsures : il s’est éteint à 100 ans

Il s'est injecté du venin de serpent pendant des décennies et a survécu à 172 morsures : il s'est éteint à 100 ans

Aux États-Unis, Bill Haast a voué sa vie aux serpents venimeux, entre démonstrations publiques, recherche et prises de risques extrêmes.

Le magazine américain Distillations Magazine, publication du Science History Institute, retrace le parcours hors norme de cet éleveur et collecteur de venin installé en Floride. Mort en 2011 à l’âge de 100 ans, Bill Haast aurait survécu à au moins 172 morsures de serpents dangereux, selon le décompte de son épouse.

Un face-à-face hebdomadaire avec des cobras

Pendant plus de trente ans, Bill Haast organisait chaque dimanche une scène spectaculaire sur la pelouse de son établissement de Miami, le Miami Serpentarium. Devant les visiteurs, il affrontait des cobras royaux sans gants, les saisissant à mains nues lorsqu’ils se redressaient face à lui.

Le Serpentarium, ouvert au public en janvier 1948, proposait des visites quotidiennes. Les touristes pouvaient y observer des reptiles venimeux venus de différentes régions du monde et assister aux prélèvements de venin. L’établissement a fermé en 1984.

Bill Haast était connu du grand public comme un montreur de serpents téméraire. Son objectif revendiqué était pourtant de fournir du venin aux chercheurs et aux fabricants de sérums antivenimeux.

L’homme était devenu une figure populaire de la Floride. Il intervenait à la télévision, répondait aux sollicitations de médecins et de services d’urgence, et attirait des passionnés de reptiles dans son laboratoire. Pour ses proches, il était un pionnier. Pour ses détracteurs, il prenait des libertés dangereuses avec la méthode scientifique.

Une obsession née dès l’enfance

Originaire de Patterson, dans le New Jersey, Bill Haast s’intéresse très tôt aux serpents. Adolescent, il capturait déjà des serpents à sonnette, des couleuvres et des mocassins à tête cuivrée. Il gardait même des espèces venimeuses dans l’appartement familial, au grand désarroi de sa mère.

Il quitte l’école à 16 ans et multiplie ensuite les emplois. Il travaille notamment comme mécanicien d’avion. Durant la Seconde Guerre mondiale, ses déplacements lui permettent d’acheter et de transporter des serpents, jusqu’à constituer une collection considérable.

Son idée était claire : créer une structure capable d’élever des serpents dans des conditions régulières, de recueillir leur venin proprement et de le fournir de façon stable aux scientifiques. À cette époque, les laboratoires dépendaient souvent de prélèvements irréguliers réalisés par des particuliers ou des chasseurs.

  • Les serpents étaient élevés dans des installations dédiées.
  • Le venin était recueilli à intervalles réguliers.
  • Les échantillons étaient préparés pour être envoyés à des chercheurs et à des industriels.
  • Les démonstrations publiques contribuaient au financement de l’activité.

Des apports reconnus à la collecte du venin

Malgré des pratiques d’élevage aujourd’hui très critiquées, Bill Haast a participé à l’évolution de certaines techniques de collecte. Il a notamment travaillé sur la conservation du venin et sur des procédés de séchage à froid. Des anciens collaborateurs soulignent aussi son rôle dans l’amélioration de l’hygiène et de la prévention des maladies au sein de ses installations.

Dans les années 1960, son laboratoire comptait environ cinquante clients engagés dans la recherche et le développement. L’entreprise Wyeth, alors fabricant américain de sérums antivenimeux, a notamment travaillé avec lui pour mettre au point un antivenin contre le serpent corail.

Bill Haast prélevait parfois du venin sur près de cent serpents en une journée. Plusieurs herpétologues américains ont fait leurs débuts dans son établissement. Son modèle de laboratoire a influencé des fournisseurs de venin aux États-Unis.

Les injections qui ont nourri sa légende

En septembre 1948, Bill Haast commence à s’injecter de faibles doses de venin. Il espère ainsi développer une protection contre les morsures auxquelles son activité l’expose. Cette pratique, appelée auto-immunisation dans le récit de son parcours, a largement contribué à sa notoriété.

En 1954, il survit à une morsure de bongare bleu, un serpent très venimeux d’Asie du Sud-Est. Un article scientifique évoque alors l’hypothèse selon laquelle ses injections auraient pu lui procurer une protection partielle. Cette observation ne constituait pas une démonstration d’efficacité généralisable.

La survie de Bill Haast à de nombreuses morsures ne prouve pas qu’une personne puisse s’immuniser elle-même contre les venins de serpent.

Ses expériences ont suscité des imitateurs, parfois plusieurs décennies plus tard. Des chercheurs se sont intéressés au sang de certains auto-injecteurs dans l’espoir de mieux comprendre la production d’anticorps. Les résultats restent contrastés et les spécialistes interrogés dans la source jugent que les risques dépassent largement les bénéfices potentiels.

Le projet de médicament qui a terni son parcours

Bill Haast ne voulait pas seulement contribuer à la production d’antivenins. Il était convaincu que des composants de venin pouvaient soigner certaines maladies neurologiques. À partir des années 1960, il promeut un produit appelé PROven, composé notamment de venins de cobra et de bongare.

Ce produit a été présenté comme un traitement potentiel contre la sclérose en plaques et d’autres maladies affectant les nerfs. Des médecins l’ont administré à des patients, souvent confrontés à peu d’options thérapeutiques. Les autorités sanitaires américaines ont toutefois relevé de graves problèmes de fabrication, de composition et de suivi des patients.

Les analyses réalisées à la demande de l’agence américaine du médicament ont révélé des concentrations variables selon les flacons. Elles ont aussi mis en évidence la présence de venin de mocassin d’eau, un composant qui n’était pas annoncé. Des effets indésirables possibles, dont des vertiges, des maux de tête, des gonflements et des troubles visuels, ont été relevés dans le dossier.

Un juge américain a estimé en 1981 que les affirmations de Bill Haast sur les vertus thérapeutiques de son produit étaient trompeuses. Il a ensuite fermé la structure chargée de fabriquer et de distribuer PROven, sans jamais abandonner publiquement sa conviction que le produit pouvait fonctionner.

Ce que dit la situation en France

En France, une morsure de serpent constitue une urgence médicale. La conduite à tenir consiste à appeler immédiatement les secours, notamment le 15 ou le 112, et à maintenir la personne au repos. Les gestes dangereux incluent l’incision de la plaie, la succion du venin, la pose d’un garrot et l’application de glace.

Les sérums antivenimeux sont des traitements spécialisés. Leur utilisation relève d’une évaluation médicale, car ils peuvent eux-mêmes provoquer des réactions graves. Les centres antipoison et les équipes hospitalières orientent la prise en charge selon l’espèce impliquée, les symptômes et l’état de la victime.

Le venin, un danger mais aussi une ressource scientifique

L’histoire de Bill Haast illustre une réalité reconnue par la recherche : le venin contient des molécules actives pouvant inspirer des médicaments. Le captopril, utilisé dans certaines maladies cardiovasculaires et rénales, a par exemple été développé à partir de travaux portant sur des peptides identifiés dans le venin d’un serpent sud-américain.

La source cite aussi l’Ozempic, dont le principe s’inspire de protéines identifiées chez le monstre de Gila, un lézard venimeux. Ces avancées reposent sur des études contrôlées, des essais cliniques et des règles strictes de fabrication. Elles n’autorisent en rien l’usage direct de venin ou les injections artisanales.

Jusqu’à la fin de sa vie, Bill Haast est resté persuadé d’avoir ouvert une voie médicale majeure. Son laboratoire a contribué à la connaissance des venins et à l’approvisionnement de la recherche. Son parcours rappelle aussi qu’une intuition, même née d’une expérience réelle, ne remplace pas les preuves nécessaires avant de proposer un traitement à des patients.

Questions fréquentes

Peut-on vraiment s'immuniser contre le venin de serpent en s'en injectant de petites doses ?

Non. Bien que Bill Haast ait survécu à de nombreuses morsures, les spécialistes considèrent que ses expériences ne constituent pas une preuve d'efficacité généralisable. La pratique d'auto-immunisation comporte des risques considérables qui dépassent largement les bénéfices potentiels.

Quel était l'objectif principal de Bill Haast avec son Serpentarium ?

Son objectif revendiqué était de fournir du venin aux chercheurs et aux fabricants de sérums antivenimeux, car à cette époque, les laboratoires dépendaient de prélèvements irréguliers. Il a effectivement travaillé avec des entreprises comme Wyeth pour développer des antivenins.

Pourquoi Bill Haast a-t-il lancé le produit PROven et qu'est-il devenu ?

À partir des années 1960, il était convaincu que certains composants de venin pouvaient soigner des maladies neurologiques comme la sclérose en plaques. Cependant, en 1981, un juge américain a jugé ses affirmations trompeuses et la structure a été fermée suite à des problèmes graves de fabrication et de composition.

Que faire en cas de morsure de serpent en France ?

Il faut appeler immédiatement les secours (15 ou 112), maintenir la personne au repos et éviter les gestes dangereux comme l'incision, la succion du venin, le garrot ou la glace. Les sérums antivenimeux ne sont administrés que sous supervision médicale.

Le travail de Bill Haast a-t-il réellement contribué à la science ?

Oui, malgré ses pratiques controversées, il a participé à l'évolution des techniques de collecte de venin, de conservation et de séchage à froid. Plusieurs herpétologues américains ont débuté chez lui et son modèle a influencé d'autres fournisseurs de venin aux États-Unis.
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