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Se changer dès qu’on rentre à la maison : selon les psychologues, ce n’est pas une question de confort mais un signal envoyé au cerveau

Se changer dès qu'on rentre à la maison : selon les psychologues, ce n'est pas une question de confort mais un signal envoyé au cerveau

Aux États-Unis, des travaux sur les habitudes de travail montrent que certains gestes ordinaires peuvent aider à mieux séparer la vie professionnelle du temps personnel.

Lorsque la journée se termine devant la table du salon ou dans un coin de chambre, le cerveau ne bénéficie plus des repères du trajet entre le bureau et le domicile. La Harvard Business School, une école de commerce américaine, s’appuie sur des recherches consacrées à ces passages d’un rôle à l’autre pour éclairer ce phénomène, particulièrement fréquent chez les personnes en télétravail.

Le vêtement peut marquer la fin de la journée

Retirer les habits portés pendant le travail à peine rentré chez soi, ou après avoir fermé son ordinateur à domicile, ne relève pas seulement de la recherche de confort. Ce geste peut devenir un signal concret : le temps professionnel s’achève et une autre partie de la journée commence.

La psychologie des organisations parle de transition de rôles. Une même personne peut être salariée, parent, conjointe, amie ou aidante, parfois au cours de quelques heures seulement. Passer d’une fonction à l’autre demande des repères. Sans ces repères, les préoccupations liées à une réunion ou à un courriel peuvent continuer d’occuper l’esprit pendant le dîner ou au moment du coucher.

Changer de tenue ne règle pas toutes les tensions liées au travail, mais le geste peut matérialiser une limite entre deux temps de la journée.

Les vêtements constituent un repère facile à identifier, car ils accompagnent le corps pendant des heures et s’associent à un contexte précis. Mettre une tenue réservée au soir, à une promenade ou aux loisirs peut donc aider certaines personnes à ne plus rester mentalement dans leur journée de travail.

Ce que les recherches disent du trajet domicile-travail

Une étude publiée en 2021 dans la revue Organization Science s’est intéressée au rôle du déplacement quotidien. Elle réunissait trois études, dont une intervention menée pendant quatre semaines. Les résultats ne portaient pas sur le fait de se changer, mais sur l’utilité des transitions entre les différents rôles de la vie quotidienne.

D’après une présentation du Center for Positive Organizations de l’université du Michigan, les personnes interrogées consacraient en moyenne 38 minutes à chaque portion de leur trajet. Ce temps peut être pesant lorsqu’il s’allonge. Il place parfois le salarié dans une sorte d’entre-deux : il n’est déjà plus pleinement à la maison, sans être encore tout à fait au travail.

Les chercheurs ont relevé un élément intéressant. Les personnes qui utilisaient ce moment pour penser à leur rôle suivant semblaient moins affectées par la longueur du déplacement. Après le travail, préparer mentalement le repas, imaginer une activité familiale ou prévoir un temps de repos peut ainsi donner une fonction à ce trajet.

Pour les salariés qui travaillent depuis chez eux, ce sas a souvent disparu. Fermer une fenêtre sur l’écran ne produit pas forcément la même rupture que quitter un bâtiment, marcher jusqu’à une station ou prendre sa voiture.

Pourquoi le télétravail brouille davantage les frontières

Le travail à distance évite les transports et peut offrir davantage de souplesse. Il rend aussi les limites moins visibles. Le canapé peut servir à répondre à des messages, puis à regarder un film. La table de cuisine peut accueillir un ordinateur professionnel avant de redevenir le lieu du repas.

Quelques signaux peuvent indiquer que la coupure ne se fait pas vraiment :

  • les notifications professionnelles sont consultées pendant le repas ;
  • les tâches du lendemain reviennent sans cesse à l’esprit le soir ;
  • la même tenue est conservée du réveil jusqu’au coucher ;
  • le travail se prolonge par petites séquences après la fin prévue de la journée ;
  • la fatigue est présente, sans impression nette d’avoir quitté le travail.

Ces signes ne traduisent pas automatiquement un problème de santé. Ils peuvent inviter à instaurer un rituel simple et réaliste. L’objectif n’est pas de multiplier les contraintes, mais de redonner un début et une fin visibles à la journée.

Un rituel court pour remplacer le trajet perdu

La répétition compte davantage que la sophistication du rituel. Il peut durer quelques minutes et rester identique la plupart des jours. Se changer est une possibilité parmi d’autres, à associer ou non à une marche courte et à l’arrêt des alertes professionnelles.

  • Noter les priorités du lendemain pour éviter de les garder en tête toute la soirée.
  • Fermer l’ordinateur et couper les notifications liées au travail.
  • Retirer la tenue portée pendant l’activité professionnelle.
  • Mettre des vêtements réservés au temps personnel, si cette habitude convient.
  • Marcher quelques minutes dehors ou changer de pièce.
  • Choisir consciemment l’activité qui suit : repas, échange avec des proches, lecture ou repos.
  • Une personne très pressée peut ne retenir qu’une étape, comme enfiler une autre tenue à heure fixe. Une autre préférera ajouter une courte promenade autour du quartier. Le principe consiste à créer une séquence identifiable, capable de remplacer le passage qui existait autrefois entre le lieu de travail et le domicile.

    En France, le droit à la déconnexion pose un cadre

    En France, la question ne relève pas uniquement de l’organisation personnelle. Le droit à la déconnexion figure dans le Code du travail depuis 2017. Il vise à encadrer l’usage des outils numériques professionnels afin de mieux respecter les temps de repos, les congés et la vie personnelle et familiale.

    Dans les entreprises d’au moins 50 salariés, ce sujet fait partie des thèmes de négociation annuelle portant sur l’égalité professionnelle et la qualité de vie et des conditions de travail. Les modalités concrètes peuvent varier : règles sur les courriels en dehors des horaires, consignes de coupure des outils ou actions de sensibilisation.

    Ce cadre ne remplace pas l’organisation individuelle, surtout à domicile. Il rappelle tout de même qu’un salarié n’a pas à rester disponible en permanence. Quand les habitudes de l’entreprise sont floues, fixer une heure de fermeture de l’ordinateur et désactiver les alertes peut rendre cette séparation plus tangible.

    Éviter de mélanger travail et sommeil

    Une précaution peut être utile : éviter de travailler avec les vêtements habituellement réservés à la nuit. Cette séparation très concrète aide à ne pas associer le lit ou la tenue de sommeil à une succession de réunions, de messages et de demandes urgentes.

    Se changer n’est donc pas une obligation ni une solution universelle. Pour certaines personnes, ranger l’ordinateur hors de vue, prendre une douche, préparer le repas ou sortir quelques instants jouera le même rôle. L’intérêt du rituel tient à sa régularité : il crée un repère stable entre les exigences de la journée et le temps qui appartient à nouveau à la vie personnelle.

    Questions fréquentes

    Pourquoi se changer en rentrant du travail aurait-il un impact sur notre cerveau ?

    Selon la psychologie des organisations, ce geste matérialise une limite entre deux temps de la journée. Le vêtement constitue un repère facile à identifier qui accompagne le corps pendant des heures et s'associe à un contexte précis, aidant le cerveau à basculer mentalement vers le temps personnel.

    Le télétravail crée-t-il vraiment des problèmes de séparation travail-vie personnelle ?

    Oui. En télétravail, fermer une fenêtre sur l'écran ne produit pas la même rupture que quitter un bâtiment. Le canapé peut servir à répondre à des messages puis à regarder un film, et le canapé de cuisine peut accueillir un ordinateur professionnel avant de redevenir le lieu du repas.

    Faut-il absolument changer de vêtements pour créer cette transition ?

    Non. Se changer est une possibilité parmi d'autres. Ranger l'ordinateur hors de vue, prendre une douche, préparer le repas ou sortir quelques instants peut jouer le même rôle. L'important est la régularité du rituel choisi, pas sa sophistication.

    Comment sait-on que les frontières entre travail et vie personnelle sont brouillées ?

    Plusieurs signaux l'indiquent : consulter les notifications professionnelles pendant le repas, penser constamment aux tâches du lendemain le soir, garder la même tenue du réveil au coucher, prolonger le travail par petites séquences après l'heure prévue, ou ressentir de la fatigue sans impression nette d'avoir quitté le travail.

    En France, y a-t-il une obligation légale concernant cette séparation ?

    Oui. Le droit à la déconnexion figure dans le Code du travail depuis 2017 et vise à encadrer l'usage des outils numériques professionnels pour mieux respecter les temps de repos et la vie personnelle. Dans les entreprises de 50 salariés ou plus, ce sujet fait partie des thèmes de négociation annuelle.
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