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La fièvre de l’or repart : ils rêvent de rouvrir la plus grande mine à ciel ouvert d’Amérique latine

Au cœur de l’Amazonie brésilienne, d’anciens mineurs s’accrochent au rêve de relancer Serra Pelada, immense mine d’or laissée à l’abandon.

Au Brésil, dans l’État de Pará, l’ancienne mine d’or de Serra Pelada, autrefois gigantesque trou béant grouillant de dizaines de milliers de travailleurs, pourrait-elle reprendre vie ? Le site économique espagnol Cronista, dans sa rubrique Espagne Actualidad, raconte comment l’ancienne « capitale » de la fièvre de l’or latino-américaine reste au centre de convoitises, de dettes et de conflits, plus de trente ans après sa fermeture officielle.

Serra Pelada, symbole brésilien de la fièvre de l’or des années 1980

Découverte au début des années 1980, Serra Pelada, située dans l’État de Pará, au nord du Brésil, est rapidement devenue un symbole mondial de la ruée vers l’or. En quelques mois, des foules de travailleurs ont afflué de tout le pays pour tenter leur chance dans cette excavation géante.

À son apogée, la mine rassemblait près de 100 000 travailleurs sur un même site. Le paysage était dominé par un cratère monumental, creusé entièrement à la main, où des colonnes d’hommes se succédaient dans la boue, les épaules chargées de lourds sacs de roches.

En son temps fort, Serra Pelada fut considérée comme la plus grande mine d’or artisanale à ciel ouvert de toute l’Amérique latine.

Les conditions de travail y étaient extrêmes. Les mineurs transportaient sur leur dos des sacs de roches pesant entre 30 et 60 kilos. Pour remonter le long des parois, ils grimpaient sur des échelles de bois branlantes, qualifiées ironiquement de « Adiós mamita », tant l’ascension pouvait être mortelle.

Les risques étaient omniprésents : éboulements, chutes, glissements de terrain. La moindre averse pouvait transformer les parois en piège de boue. Pourtant, la promesse d’un filon d’or suffisait à attirer toujours plus de travailleurs dans ce gouffre.

Aujourd’hui, le gigantesque trou de plus de 150 mètres de profondeur est entièrement rempli d’eau. Vu du ciel, il ressemble à un lac d’un vert sombre, vestige d’une époque où la richesse se mesurait à la quantité de métal jaune extirpé du sous-sol, au prix de la santé et parfois de la vie des mineurs.

Un eldorado qui s’est refermé en 1992

Face à la multiplication des accidents et à la baisse de la rentabilité de l’exploitation, les autorités brésiliennes ont décidé de fermer la mine en 1992. L’argument officiel : la sécurité. La production, déjà en recul, ne compensait plus les risques humains et environnementaux.

Parmi les figures marquantes de Serra Pelada, Cronista cite Chico Osório, ancien mineur emblématique de cette épopée artisanale. Avec des décennies passées sur le site, il continue de hanter les alentours, inspectant encore aujourd’hui les vieux puits et la machinerie rouillée.

Osório fait partie de ceux qui ont eu, un temps, la main heureuse. Il affirme avoir extrait près de 700 kilos d’or. Une partie a fini à la banque, une autre dans l’achat de deux petits avions, le reste dans l’achat de matériel.

Mais la richesse a vite fondu. La banque où il avait placé une partie de ses économies a fait faillite. Ses investissements se sont évaporés au fil des années. Ne lui restent aujourd’hui qu’un puits et quelques équipements vétustes.

« Le plus difficile, c’est d’atteindre l’or ; après, l’argent et le bon matériel ne manquent plus », a-t-il confié, plein d’espoir, à l’agence de presse EFE, citée par Cronista.

La phrase résume l’état d’esprit de toute une génération de « garimpeiros », ces mineurs artisanaux brésiliens. Pour eux, tant qu’il reste de l’or quelque part dans le sous-sol, la possibilité d’un nouveau départ existe, même si la réalité les a souvent rattrapés.

Le rêve tenace de rouvrir la plus grande mine à ciel ouvert du Brésil

Trente ans après la fermeture officielle, Serra Pelada n’a pas entièrement tourné la page. Une partie des anciens mineurs vit toujours dans la région, notamment dans la ville voisine de Curionópolis. Nombre d’entre eux se sont organisés en coopératives pour défendre leurs intérêts et tenter de reprendre une activité minière légale sur le site.

Ces coopératives représentent aujourd’hui l’un des principaux leviers pour une éventuelle réouverture. Elles cherchent à obtenir des autorisations, à renégocier des contrats, à attirer des investisseurs. Mais les obstacles sont nombreux.

  • Disputes internes entre groupes de mineurs et dirigeants de coopératives ;
  • Dettes « millonarias » évoquées par Cronista, qui pèsent sur la structure juridique de la mine ;
  • Conflits avec les autorités sur les permis d’exploitation ;
  • Conditions de sécurité et exigences environnementales bien plus strictes qu’à l’époque.

Ces tensions ralentissent toute tentative de redémarrage. Le passé pèse lourd, notamment en termes de droits sur le gisement et de partage des bénéfices. Ceux qui ont connu la grande époque redoutent de se voir dépossédés par des investisseurs extérieurs ou de grandes compagnies minières.

La fièvre de l’or n’a pas disparu à Serra Pelada : elle s’est simplement déplacée des parois boueuses vers les bureaux, les tribunaux et les assemblées de coopératives.

Extraction clandestine et opérations de police dans la région

Face à la lenteur des procédures et à l’absence de reprise officielle, une partie des anciens travailleurs a basculé dans l’illégalité. Cronista rapporte que certains miniers ont choisi la voie de l’extraction clandestine, hors du cadre des coopératives et sans autorisation de l’État.

Ces activités illégales consistent à rouvrir de petits puits, à exploiter des zones marginales ou à retraiter des résidus miniers. Le matériel utilisé est souvent rudimentaire, les conditions encore plus dangereuses qu’à l’époque de l’exploitation massive.

Les autorités brésiliennes ont mené plusieurs opérations de police pour tenter d’endiguer ce « garimpo » clandestin. Ces interventions visent à démanteler les installations illégales, saisir le matériel et dissuader les mineurs de revenir.

Paradoxalement, ces activités clandestines montrent qu’il reste toujours de l’or dans le sous-sol de Serra Pelada. Chaque petit fragment trouvé renforce la conviction des plus obstinés que le site pourrait, à terme, redevenir rentable, au moins à une certaine échelle.

Une mine prisonnière de ses dettes et de son héritage social

Selon Cronista, le projet de réouverture se heurte aussi à un héritage social complexe. Des milliers de familles revendiquent un lien historique avec la mine, entre droits de participation, promesses non tenues et litiges accumulés sur plusieurs décennies.

Les dettes évoquées, qualifiées de « millonarias » dans la presse espagnole, renvoient à la fois à des contentieux financiers et à des engagements envers les anciens travailleurs. Toute reprise d’activité devrait intégrer cette dimension, avec un partage des revenus qui ne laisse pas sur le bord du chemin ceux qui ont bâti la légende de Serra Pelada à la force des bras.

Ce que représenterait une telle mine en France aujourd’hui

Pour un lecteur français, Serra Pelada évoque davantage les grandes ruées vers l’or du XIXe siècle que l’industrie minière moderne. En France, une mine artisanale à ciel ouvert regroupant 100 000 travailleurs sur un même site serait inconcevable au regard du droit du travail, des normes de sécurité et des règles environnementales actuelles.

L’activité minière française est aujourd’hui très encadrée. Les rares projets d’extraction de métaux ou de substances minières passent par :

  • Des études d’impact environnemental approfondies ;
  • Des enquêtes publiques ;
  • Des autorisations délivrées par l’État, via la préfecture et les services compétents ;
  • Un contrôle strict de la sécurité au travail.
  • Les mines d’or, autrefois présentes en métropole et en Outre-mer, ont pour la plupart cessé leur activité. En Guyane, par exemple, l’orpaillage clandestin demeure un sujet sensible, avec des opérations régulières des forces armées et de la gendarmerie contre les sites illégaux, un peu comme au Brésil avec les interventions contre le « garimpo ».

    La différence majeure tient à l’échelle : là où Serra Pelada a rassemblé jusqu’à 100 000 travailleurs, les activités minières françaises restent marginales en nombre d’emplois et fortement mécanisées. Le modèle du mineur portant à l’épaule des sacs de 60 kilos a cédé la place aux engins, à la robotisation et à la prévention des accidents.

    Fièvre de l’or : entre fascination, risques et enjeux environnementaux

    Serra Pelada met en lumière un phénomène ancien mais toujours actuel : la fièvre de l’or, cette croyance que quelques grammes de métal peuvent changer une vie du jour au lendemain. À chaque cycle de hausse du prix de l’or sur les marchés internationaux, les projets de réouverture de mines, y compris les plus difficiles, retrouvent une nouvelle vigueur.

    L’or reste perçu comme une valeur refuge, ce qui alimente les convoitises. Dans des régions pauvres, l’espoir d’un filon peut peser davantage que les risques sanitaires, environnementaux ou juridiques. Au Brésil comme en Guyane française, ces activités artisanales illégales entraînent souvent :

    • Déforestation massive et dégradation des sols ;
    • Pollution de l’eau, notamment par l’usage de mercure pour amalgamer l’or ;
    • Conditions de travail dangereuses, sans protection sociale ;
    • Conflits avec les populations locales et les autorités.

    La fermeture de Serra Pelada en 1992 répondait déjà à certaines de ces préoccupations, même si la dimension environnementale était alors moins médiatisée qu’aujourd’hui. Une éventuelle réouverture devrait intégrer des normes strictes de protection des écosystèmes, en particulier dans l’Amazonie brésilienne, zone déjà fragilisée par la déforestation.

    Un terme clé : qu’est-ce que la « mine à ciel ouvert » ?

    Une mine à ciel ouvert désigne une exploitation où le minerai est extrait directement depuis la surface, en creusant un vaste cratère, plutôt que par des galeries souterraines. Ce type d’exploitation permet d’accéder rapidement à de grands volumes de minerai, mais transforme radicalement le paysage.

    Dans le cas de Serra Pelada, cette technique a donné naissance à un trou de plus de 150 mètres de profondeur, visible à des kilomètres. Une fois l’extraction arrêtée, ces cavités se remplissent souvent d’eau, laissant un lac artificiel qui garde la mémoire de l’exploitation passée.

    Pour Serra Pelada, la question reste ouverte : ce lac restera-t-il un monument silencieux de la fièvre de l’or brésilienne ou sera-t-il un jour de nouveau le théâtre d’une activité minière, cette fois encadrée par le droit moderne et les exigences environnementales ?

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