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Des scientifiques découvrent 5,6 millions d’abeilles sous un cimetière de l’État de New York : l’une des plus grandes colonies jamais recensées

Dans un cimetière de l’État de New York, des chercheurs ont mis au jour une population d’abeilles souterraines aux dimensions inattendues.

Une étude publiée par la revue scientifique Apidologie et relayée par le magazine américain Scientific American révèle qu’un cimetière d’Ithaca, dans l’État de New York, abrite une concentration d’abeilles nichant dans le sol tout à fait hors norme. Les scientifiques y ont recensé plusieurs millions d’individus d’une seule espèce, faisant de ce site l’une des plus vastes colonies de ce type jamais décrites.

Un cimetière qui abrite une colonie record

Les travaux se déroulent à l’East Lawn Cemetery, un cimetière fondé en 1878 à Ithaca, petite ville universitaire du nord de l’État de New York. Ce lieu de recueillement, en apparence ordinaire, cache sous ses pelouses une activité intense d’abeilles sauvages.

Les entomologistes savaient déjà qu’une espèce d’abeille solitaire, Andrena regularis, y était présente au moins depuis 1935. Mais personne n’avait tenté de mesurer précisément l’ampleur de cette population. En 2023, une équipe de l’université Cornell a décidé de s’y atteler.

Pendant environ six semaines, les chercheurs ont échantillonné différents secteurs autour du cimetière, comptant les abeilles qui sortaient du sol pour s’accoupler et butiner. À partir de ces données, ils ont extrapolé le nombre total d’individus présents sur l’ensemble de la zone étudiée, soit environ 6 500 mètres carrés.

Les scientifiques estiment qu’environ 5,56 millions d’abeilles ont émergé au printemps 2023 sur une surface équivalente à un terrain de rugby élargi.

Pour donner un ordre de grandeur, les auteurs rappellent qu’une colonie classique d’abeilles domestiques ne compte en général qu’environ 30 000 individus. Dans les vergers de pommiers étudiés par le même chercheur, on retrouve en moyenne deux ou trois ruches par hectare, soit, à superficie comparable, un nombre d’abeilles bien inférieur.

Une « abondance extraordinaire » pour des abeilles souvent ignorées

Les résultats ont étonné les spécialistes eux-mêmes. Bryan Danforth, professeur d’entomologie à l’université Cornell et auteur principal de l’étude, raconte sa réaction face aux calculs finaux.

Il explique avoir déjà vu des estimations de rassemblements d’abeilles sauvages « dans les centaines de milliers », mais n’avoir jamais envisagé un chiffre approchant les 5,56 millions pour un seul site. Le terme retenu dans l’article scientifique parle d’une « abondance extraordinaire ».

Ce record place le cimetière d’Ithaca dans le peloton de tête des plus grandes concentrations connues d’abeilles nichant dans le sol. Les chercheurs comparent leurs résultats à plusieurs études de référence :

  • en Arizona, une colonie de Centris caesalpiniae avait été évaluée à environ 1,6 million d’individus sur 1 290 m² ;
  • dans une pelouse de banlieue dans le nord de l’État de New York, une population de Melissodes bimaculatus avait été estimée à 651 440 abeilles ;
  • au Brésil, un site de 160 m² hébergeait autour de 13 500 abeilles de l’espèce Epicharis picta.

Dans ce contexte, les 5,56 millions d’abeilles d’East Lawn Cemetery placent ce cimetière très loin devant les autres sites étudiés à ce jour pour des abeilles souterraines.

Qui sont ces abeilles nichant dans le sol ?

Les abeilles associées aux ruches, à la cire et au miel ne représentent qu’une petite partie de la diversité réelle de ces insectes. Scientific American rappelle qu’aux États-Unis, environ 70 % des espèces d’abeilles sont dites « fouisseuses » ou « terricoles » : elles creusent leur nid dans le sol plutôt que d’occuper une ruche.

Beaucoup de ces espèces vivent de manière solitaire. Chaque femelle aménage son propre terrier, y dépose ses œufs et des réserves de pollen, sans organisation sociale complexe ni reine, contrairement à l’abeille domestique. Certaines, comme Andrena regularis, se rassemblent toutefois en vastes agrégations de nids, ce qui donne l’impression d’une colonie géante.

Les abeilles solitaires restent largement méconnues alors qu’elles jouent un rôle central dans la pollinisation de nombreuses plantes sauvages et cultivées.

Selon Bryan Danforth, ces abeilles « font énormément » pour les écosystèmes, mais restent « sous les radars ». Il décrit ces insectes comme des créatures « fascinantes », aux comportements variés et étroitement adaptés à leur environnement.

Pourquoi un cimetière attire-t-il autant d’abeilles ?

Le cas d’East Lawn Cemetery illustre les atouts de certains cimetières pour la biodiversité. Ces espaces verts comprennent souvent :

  • des zones de pelouse peu piétinées ;
  • des sols relativement peu remaniés sur le long terme ;
  • des surfaces non imperméabilisées ;
  • une présence régulière de fleurs ornementales, surtout au printemps.

Pour une abeille fouisseuse, un sol bien drainé, peu retourné par les engins et relativement pauvre en pesticides offre un habitat stable. Dans le cas présent, la fidélité de l’espèce au site, observée depuis au moins 1935, laisse penser que la colonie pourrait être très ancienne, même si l’étude ne permet pas d’en dater précisément l’origine.

Un rôle clé pour la pollinisation… y compris en ville

Les chercheurs voient dans cette découverte une illustration de l’importance des milieux semi-naturels en zone urbaine et périurbaine. Des pelouses de cimetière, des talus ou certains parcs peuvent héberger des populations massives d’abeilles sauvages, dont l’activité de butinage profite aux jardins, aux plantations ornementales et parfois aux cultures voisines.

Les abeilles nichant dans le sol assurent la pollinisation de nombreuses plantes à fleurs, notamment au début du printemps, période durant laquelle l’abeille domestique n’est pas toujours active en nombre dans toutes les régions. Elles contribuent :

  • au maintien des plantes sauvages qui dépendent d’elles pour se reproduire ;
  • à la production de fruits et de graines pour les oiseaux et autres animaux ;
  • à la diversité des ressources alimentaires pour l’être humain.
  • Les chercheurs de Cornell soulignent qu’un site comme East Lawn peut avoir un impact notable sur l’ensemble du paysage environnant, compte tenu du nombre d’abeilles et de leur rayon de butinage.

    Ce que cela signifie pour les espaces verts en France

    En France aussi, une grande partie des espèces d’abeilles sont solitaires et nichent dans le sol. Les scientifiques estiment que ces abeilles sauvages, parfois appelées « abeilles terricoles » ou « abeilles solitaires », représentent une fraction majeure de la diversité des pollinisateurs, à côté de l’abeille domestique gérée par les apiculteurs.

    Comme à Ithaca, certains cimetières français peuvent offrir des refuges précieux : sols peu bâtis, tonte parfois moins fréquente, surfaces non traitées ou moins intensément. De nombreuses collectivités commencent à intégrer cette dimension dans leurs plans de gestion différenciée des espaces verts.

    Les mêmes mécanismes observés à East Lawn peuvent se retrouver :

    • dans des carrés de cimetière où la terre reste nue ou légèrement enherbée ;
    • le long des allées gravillonnées, propices au creusement de galeries ;
    • dans les zones enherbées peu piétinées des parcs publics ;
    • dans certains jardins familiaux ou friches urbaines.

    Pour un lecteur français, cette étude rappelle qu’un sol nu ou une pelouse un peu clairsemée ne sont pas forcément des « défauts » à effacer, mais parfois le signe d’un habitat précieux pour les pollinisateurs sauvages. Les gestionnaires d’espaces verts peuvent ainsi adapter leurs pratiques : limiter les traitements chimiques, éviter de retourner la terre à répétition et laisser des bandes de sol non compacté.

    Comment reconnaître et protéger les abeilles terricoles

    Les abeilles qui nichent dans le sol laissent souvent des petits tas de terre ou de sable, semblables à des mini-volcans, avec un trou au centre. Ces regroupements peuvent impressionner, surtout lorsqu’ils s’étendent sur plusieurs mètres carrés, mais ces insectes restent généralement non agressifs tant qu’on ne les écrase pas ou qu’on ne tente pas de boucher leurs entrées de nid.

    Laisser en paix les zones où le sol semble « criblé » de petits trous peut suffire à maintenir des milliers, voire des millions d’abeilles solitaires actives sur un site.

    Pour favoriser leur présence, plusieurs gestes simples existent :

    • préserver des zones de sol nu ou peu couvert ;
    • limiter le piétinement dans ces secteurs au printemps ;
    • éviter l’usage d’insecticides et réduire les herbicides ;
    • installer à proximité des fleurs variées et étalées dans le temps (arbres fruitiers, vivaces, vivaces locales).

    Les scientifiques américains voient dans cet immense regroupement d’abeilles sous un cimetière la preuve que certains espaces peu considérés peuvent devenir des sanctuaires pour les pollinisateurs. En France comme à New York, la préservation de ces refuges, parfois discrets, peut peser lourd dans la santé globale des populations d’abeilles, qu’elles soient domestiques ou sauvages.

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