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Deux baleines battent le record de la plus longue migration jamais observée : voici la distance qu’elles ont parcourue

Une baleine à bosse vue de dessus traversant l'océan, avec en arrière-plan les côtes de l'Australie et du Brésil reliées par une ligne illustrant sa migration de 14 500 kilomètres.

Deux baleines à bosse ont relié l’Australie et le Brésil à des années d’intervalle, établissant un record de migration qui stupéfie les chercheurs.

Une étude scientifique publiée par la revue britannique Royal Society Open Science, relayée notamment par l’agence Associated Press et reprise par le média américain Deseret News, révèle qu’au cours des vingt dernières années, deux baleines à bosse ont chacune réalisé un voyage hors norme entre l’Australie et le Brésil. Une traversée d’environ 9 000 miles, soit près de 14 500 kilomètres, observée dans l’océan Pacifique Sud et l’Atlantique Sud, au large de l’Australie et du Brésil.

Deux baleines, deux trajets records entre l’Australie et le Brésil

Les faits se déroulent entre l’Australie et le Brésil, deux régions clés pour les baleines à bosse, qui alternent zones de reproduction en eaux chaudes et zones d’alimentation en eaux froides. Les chercheurs se sont appuyés sur 40 ans de photos pour reconstituer l’itinéraire de ces deux individus.

Les scientifiques estiment que chaque baleine a parcouru environ 9 000 miles, soit bien au-delà des 5 000 miles habituellement observés chez cette espèce.

Selon l’étude citée par Deseret News :

  • une première baleine a été photographiée près des côtes brésiliennes en 2003, puis de nouveau à Hervey Bay, sur la côte est de l’Australie, en 2025 ;
  • une seconde baleine a été repérée à Hervey Bay en 2013, puis identifiée à nouveau en 2019 au large de São Paulo, au Brésil.

Ces deux animaux n’ont pas voyagé ensemble. Ils ont emprunté des routes similaires, mais en sens inverse, à plusieurs années d’écart. Ce sont ces cheminements croisés qui établissent le nouveau record de migration pour des baleines à bosse.

Phillip Clapham, ancien responsable d’un programme de recherche sur les baleines au sein de l’agence américaine NOAA (l’équivalent d’un grand service public de météorologie et d’océanographie), souligne auprès de l’Associated Press : cette double découverte est « un événement très rare » et offre « une formidable démonstration de l’étendue des déplacements de ces animaux ».

Quand les observations ont eu lieu

La publication de Royal Society Open Science s’appuie sur des observations réalisées sur plusieurs décennies dans l’hémisphère Sud. Les dates clés étant :

Baleine Première observation Seconde observation Zone géographique
Première baleine 2003 2025 Du Brésil à Hervey Bay (Australie)
Deuxième baleine 2013 2019 D’Hervey Bay à la côte de São Paulo (Brésil)

Hervey Bay, sur la côte est australienne, est une zone bien connue d’observation des baleines à bosse. Les côtes brésiliennes, notamment au large de São Paulo, constituent également un couloir fréquenté par l’espèce, qui y trouve des eaux accueillantes pour la reproduction.

En rapprochant ces points d’observation, les scientifiques ont calculé une distance minimale d’environ 9 000 miles parcourus par chaque individu. La distance réelle pourrait être plus élevée si les baleines ont suivi des trajets sinueux ou effectué des détours.

Comment les chercheurs ont reconstitué ces migrations

Dans l’océan, suivre précisément un animal sur de très longues distances reste un défi. Les signaux radio ou GPS sont rapidement bloqués par l’eau, ce qui complique fortement l’usage de balises classiques.

Pour cette étude, les équipes ne se sont donc pas appuyées sur un système de suivi en temps réel, mais sur la « photo-identification ». Chaque baleine à bosse possède une nageoire caudale unique, marquée par un motif de taches et de cicatrices qui fonctionne comme une empreinte digitale.

Les scientifiques ont analysé plus de 19 000 images de baleines à bosse, collectées en quarante ans par des équipes de recherche et des observateurs amateurs.

Grâce à un logiciel de reconnaissance d’images, les chercheurs ont comparé des milliers de photos prises dans différentes régions du globe. Lorsque deux clichés, espacés de plusieurs années et pris à des milliers de kilomètres, montraient la même queue, l’ordinateur signalait une correspondance potentielle. Les spécialistes validaient ensuite manuellement chaque rapprochement.

Cette méthode, qui mobilise à la fois des institutions scientifiques et des « citoyens scientifiques » équipés d’appareils photo sur les bateaux d’observation, a permis de mettre en évidence ces deux voyages exceptionnels entre l’Australie et le Brésil.

Pourquoi ces baleines ont-elles parcouru d’aussi longues distances ?

Les chercheurs ne disposent pas d’une réponse définitive. L’étude, relayée par Deseret News et l’Associated Press, insiste sur le caractère inhabituel de ces migrations pour des baleines à bosse, tout en reconnaissant que les motivations précises de ces déplacements restent inconnues.

Stephanie Stack, coautrice de l’étude, explique que ces voyages « remettent en cause » certaines idées reçues sur l’espèce. Selon elle, le fait de retrouver non pas un, mais deux individus ayant traversé l’océan entre l’Australie et le Brésil amène à réévaluer le degré de séparation entre les différentes populations régionales de baleines à bosse.

« Trouver non pas un mais deux individus qui ont traversé entre l’Australie et le Brésil remet en cause ce que nous pensions savoir sur la séparation de ces populations », souligne Stephanie Stack.

Ces déplacements rares auraient pourtant un rôle important pour la survie à long terme de l’espèce. En reliant ponctuellement des groupes distincts, ces voyages permettraient de :

  • maintenir une certaine diversité génétique entre les populations ;
  • favoriser les échanges de comportements, notamment vocaux ;
  • adapter les aires de reproduction et d’alimentation à l’évolution de l’environnement.

Stephanie Stack note ainsi que les « styles de chant » des baleines à bosse pourraient se diffuser d’une population à l’autre, à la manière de courants musicaux chez les humains. Le chant des mâles, utilisé lors de la reproduction, circule déjà entre populations voisines ; ces grandes migrations pourraient accélérer ces échanges.

Une hypothèse confirmée : le « Southern Ocean Exchange »

Ces migrations records donnent aussi du poids à une théorie avancée depuis plusieurs années par certains spécialistes, appelée « Southern Ocean Exchange ». Cette hypothèse suggère que certaines baleines, après avoir passé l’été austral à se nourrir en Antarctique, ne reviennent pas forcément vers leur zone de reproduction « habituelle ».

Au lieu de suivre le trajet inverse, une partie d’entre elles emprunterait une route différente pour le retour, rejoignant ainsi un tout autre site de reproduction, parfois à l’autre bout d’un bassin océanique.

Les trajets observés entre le Brésil et l’Australie appuient l’idée qu’une fraction des baleines à bosse modifie parfois son itinéraire de retour vers les zones de reproduction.

Les observations des deux baleines étudiées s’intègrent bien dans ce schéma. Elles prouvent concrètement qu’un individu peut changer de zone de reproduction d’une saison à l’autre, en reliant deux aires longtemps considérées comme séparées.

Le rôle du changement climatique dans ces grandes migrations

Griffith University, une université australienne citée par la chaîne américaine CBS News, avance une autre piste : l’influence du changement climatique. En modifiant la répartition des glaces, des courants et des ressources alimentaires, le réchauffement pourrait inciter davantage de baleines à s’aventurer vers de nouvelles routes.

Les baleines à bosse se nourrissent notamment de krill antarctique, un petit crustacé très sensible aux variations de température et de glace de mer. Si le krill se déplace ou se raréfie dans certaines zones, les baleines peuvent être contraintes d’allonger leur trajet pour trouver des ressources suffisantes.

Les grands cétacés sont aussi très attentifs aux conditions des aires de reproduction : température de l’eau, niveau de perturbation, présence de bateaux. Une modification de ces paramètres peut, à terme, pousser une population à coloniser de nouveaux sites, y compris de l’autre côté d’un océan.

Qu’en est-il des baleines à bosse observées en France ?

Pour un lecteur français, ces longues migrations entre l’Australie et le Brésil peuvent sembler lointaines, mais le principe reste comparable à ce que les biologistes marins observent dans l’Atlantique Nord. Des baleines à bosse fréquentent aussi les eaux européennes, y compris au large de la France.

Dans l’Atlantique Nord, ces animaux alternent des zones d’alimentation dans les mers froides, notamment au large de l’Islande, du Groenland ou de la Norvège, et des aires de reproduction plus tempérées situées plus au sud. Les côtes françaises, du golfe de Gascogne à la Manche, peuvent constituer des zones de passage ou d’alimentation pour certains individus.

En France, l’observation de cétacés est encadrée par des recommandations strictes, proches de celles adoptées en Australie ou au Brésil : maintenir une distance minimale, limiter le nombre de bateaux, éviter de perturber les animaux. Des associations et des programmes de suivi, comme ceux coordonnés par l’Office français de la biodiversité ou par des ONG spécialisées, collectent eux aussi des photos utilisées pour la photo-identification.

Les outils sont comparables à ceux des chercheurs de Royal Society Open Science : chaque nageoire caudale photographiée peut enrichir une base de données, permettant parfois de suivre un individu d’une année sur l’autre. Là aussi, les contributions des plaisanciers et des opérateurs touristiques sont précieuses.

Ce que ces migrations changent pour la compréhension des océans

Ces deux voyages records rappellent que les baleines à bosse ne se limitent pas à des itinéraires fixes. Elles disposent d’une marge de manœuvre qui leur permet d’ajuster leurs trajectoires aux conditions environnementales, aux ressources alimentaires ou à la pression humaine.

Pour les biologistes, ces observations fournissent des données concrètes pour améliorer la protection de l’espèce :

  • les aires marines protégées doivent tenir compte de ces déplacements potentiels entre bassins océaniques ;
  • les couloirs migratoires ne se résument pas à des lignes simples sur une carte, mais à un réseau de routes possibles ;
  • les mesures de limitation du bruit sous-marin ou du trafic maritime gagnent à être coordonnées entre pays.

À mesure que les bases de données de photo-identification s’enrichissent, les scientifiques peuvent repérer d’autres individus aux trajets atypiques. Chaque correspondance contribue à préciser les liens entre populations, à mieux comprendre leur génétique et à anticiper leur adaptation au changement climatique.

Pour les amateurs d’observation en mer, en Australie, au Brésil comme en France, ces résultats illustrent aussi la portée réelle d’une simple photo bien prise. Une image nette de la nageoire caudale, transmise à un programme scientifique, peut un jour aider à mettre au jour un parcours de plusieurs milliers de kilomètres, à la façon de ces deux baleines devenues, malgré elles, détentrices d’un record mondial de migration.

Questions fréquentes

Comment les chercheurs ont-ils suivi ces deux baleines sur une telle distance?

Les scientifiques n'ont pas utilisé de balises GPS, bloquées par l'eau, mais la photo-identification. Chaque baleine à bosse possède une nageoire caudale unique marquée par des taches et des cicatrices, fonctionnant comme une empreinte digitale. Les chercheurs ont analysé plus de 19 000 images collectées en 40 ans pour identifier les correspondances.

Pourquoi ces baleines ont-elles parcouru d'aussi longues distances?

Les chercheurs ne disposent pas d'une réponse définitive. Cependant, ces migrations pourraient permettre de maintenir la diversité génétique entre populations, favoriser les échanges de comportements vocaux et adapter les zones d'alimentation et de reproduction à l'évolution de l'environnement.

Cette découverte change-t-elle notre compréhension des baleines à bosse?

Oui, Stephanie Stack souligne que trouver non pas un mais deux individus ayant traversé l'océan remet en cause ce que nous pensions savoir sur la séparation des populations régionales. Cela suggère que les populations sont moins isolées qu'on ne le croyait.

Qu'est-ce que le « Southern Ocean Exchange »?

C'est une théorie selon laquelle certaines baleines, après s'être alimentées en Antarctique, ne reviennent pas à leur zone de reproduction habituelle mais empruntent une route différente pour rejoindre un tout autre site de reproduction. Les trajets observés appuient cette hypothèse.

Quand ces migrations ont-elles été observées?

La première baleine a été photographiée près des côtes brésiliennes en 2003, puis à Hervey Bay (Australie) en 2025. La seconde a été repérée à Hervey Bay en 2013, puis au large de São Paulo (Brésil) en 2019.
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