HGlycee.fr

Vous remettez toujours tout au lendemain ? Selon la science, ce n’est pas de la paresse mais une capacité rare

Personne pensive assise à un bureau, entourée de notes et de schémas, représentant l'incubation créative d'un procrastinateur actif laissant ses idées mûrir avant d'agir.

Souvent perçue comme un défaut, la procrastination prend une toute autre dimension à la lumière de récentes recherches en psychologie.

Longtemps associée à la paresse, l’habitude de tout remettre au lendemain est aujourd’hui réévaluée par plusieurs travaux scientifiques internationaux, rapportés par le média en ligne Be. Menées notamment dans des laboratoires de psychologie en Australie et aux États-Unis, ces études montrent que certains procrastinateurs disposent en réalité de ressources cognitives et émotionnelles précieuses.

Quand remettre au lendemain ne veut pas dire « ne rien faire »

La vision classique est connue : celui qui traîne à s’y mettre serait « fainéant », « désorganisé » ou « incapable de se discipliner ». Les travaux cités par Be racontent une autre histoire.

Dans une étude dirigée par la psychologue Lauren Saling et publiée dans la revue scientifique New Ideas in Psychology, des volontaires ont été soumis à des tests de résolution de problèmes et de tolérance à la frustration. Les chercheurs ont comparé ceux qui ont tendance à remettre leurs tâches à plus tard à ceux qui s’en occupent immédiatement.

Les personnes qui procrastinent se sont révélées plus performantes dans certains tests logiques, en particulier ceux qui mesurent la pensée divergente, c’est-à-dire la capacité à générer plusieurs solutions possibles à un même problème.

Les résultats décrits montrent aussi une meilleure gestion de la frustration chez les procrastinateurs que chez ceux qui se jettent sur la tâche sans attendre. Autrement dit, ils encaissent mieux l’inconfort lié à l’incertitude, au doute ou à la complexité d’un problème.

Un esprit plus exploratoire que paresseux

Selon l’étude, ces personnes ne fuient pas l’action. Elles testent d’abord différentes options, interrogent plusieurs chemins possibles avant de s’engager. Leur attitude s’apparente à celle d’enfants qui prennent le temps d’explorer avant de choisir.

Face à elles, les chercheurs décrivent un profil opposé : les « pré-crastinateurs ». Ceux-là se précipitent pour supprimer au plus vite une tâche de leur liste. Ils agissent rapidement, mais au prix d’un risque accru d’erreurs, parce que leur décision intervient très tôt, parfois avant d’avoir rassemblé les informations utiles.

  • Le procrastinateur attend, teste, observe, compare;
  • Le pré-crastinateur agit tout de suite pour « se libérer » de la tâche;
  • Les études montrent davantage d’erreurs chez ces pré-crastinateurs pressés.

Deux visages de la procrastination : active et passive

Les psychologues distinguent désormais clairement deux profils de procrastinateurs, aux fonctionnements très différents.

Le procrastinateur passif, prisonnier de la culpabilité

Le procrastinateur passif se sent bloqué. Il remet sans arrêt, se reproche son inaction et s’enfonce dans la culpabilité. Ce blocage l’empêche d’avancer, ce qui entretient le cercle vicieux : plus il tarde, plus la tâche paraît lourde et menaçante.

Ce profil se caractérise notamment par :

  • une tendance à l’auto-critique constante (« je n’y arriverai jamais », « je suis nul ») ;
  • un stress important à l’approche des échéances ;
  • des difficultés à commencer, même sur de petites étapes ;
  • un sentiment de honte ou de gêne vis-à-vis des autres.

Ici, la procrastination ressemble davantage à un symptôme de malaise, d’anxiété ou de manque de sens qu’à une stratégie volontaire.

Le procrastinateur actif, celui qui retarde… pour mieux travailler

À l’inverse, le procrastinateur actif attend volontairement avant de s’y mettre. Selon les travaux rapportés par Be, ce « retard délibéré » lui permet de laisser ses idées mûrir en arrière-plan.

Chez ces profils, l’attente sert à affiner la réflexion, enrichir les pistes et, au final, aboutir à des solutions plus originales.

Leur force tient à une réelle tolérance à l’incertitude et à l’attente. Là où le pré-crastinateur veut finir vite pour être soulagé, le procrastinateur actif accepte d’avoir une tâche en suspens, tant qu’il sent que son cerveau « travaille » dessus en coulisses.

Cette approche, décrite comme plus réfléchie et créative, peut particulièrement bien fonctionner dans les métiers de conception, d’analyse ou de création, où la première idée n’est pas toujours la meilleure.

Quand la procrastination devient un véritable atout

La psychologue américaine Susan Krauss Whitbourne, citée par Be à partir d’un article de Psychology Today, insiste sur un point clé : la procrastination peut être une ressource, à condition d’être comprise et encadrée.

La stratégie du « faux délai » pour cadrer l’attente

Pour canaliser cette tendance sans se laisser déborder, Susan Krauss Whitbourne recommande une astuce simple : se fixer un « faux » premier délai, antérieur à la date réelle.

L’idée est la suivante :

  • Créer un premier délai rapproché, qui sert de cadre pour laisser les idées se développer et recueillir des informations.
  • Fixer un second délai, plus proche de la vraie échéance, consacré exclusivement à l’exécution.
  • Ce double calendrier permet de préserver l’apport créatif de la procrastination tout en limitant les risques d’être pris au piège par le dernier moment.

    Dans ce fonctionnement, la période d’attente n’est plus du « temps perdu », mais une phase d’incubation, où le cerveau établit des liens, trie les options et prépare le terrain pour un passage à l’action plus efficace.

    Ce que la procrastination essaie parfois de dire

    La psychologue rappelle aussi que ce comportement sert souvent de signal. Reporter sans cesse une tâche peut indiquer :

    • un manque de sens : la tâche ne correspond pas aux valeurs ou objectifs de la personne ;
    • une peur du jugement : crainte de ne pas être à la hauteur du regard des autres ;
    • une tâche mal définie : objectif flou, consignes imprécises, étapes trop vagues.

    Identifier ces causes sous-jacentes offre une marge de manœuvre : clarifier la consigne, fractionner la tâche, raisonner le perfectionnisme, demander un retour intermédiaire… autant d’actions qui transforment une procrastination paralysante en outil de créativité et d’efficacité mieux contrôlé.

    Comment cette vision peut servir à un lecteur en France

    Ces recherches concernent des comportements humains généraux, et non une réglementation propre à un pays. Elles restent donc pertinentes pour un lecteur français, qu’il soit salarié, indépendant, étudiant ou lycéen.

    Procrastination subie Procrastination stratégique
    Sentiment de honte et de blocage Attente volontaire pour laisser mûrir les idées
    Échéances dépassées, stress aigu Respect des délais grâce à un cadrage clair
    Fuite de la tâche, distractions compulsives Temps d’incubation alternant réflexion et pauses contrôlées
    Image négative de soi Valorisation de la créativité et de la réflexion

    Dans un contexte professionnel français, cette distinction peut changer la manière dont managers, enseignants ou proches interprètent certains comportements. Un collaborateur qui ne se précipite pas forcément sur la première solution n’est pas nécessairement désengagé : il peut chercher à enrichir son approche, tant que les délais sont tenus.

    Transformer sa manière de procrastiner au quotidien

    Pour un lecteur qui se reconnaît dans ces descriptions, quelques pistes pratiques découlent directement des travaux cités :

    • Remplacer la question « Pourquoi je suis fainéant ? » par « Qu’est-ce que cette tâche me dit ? Manque de sens, peur, flou ? » ;
    • Instaurer un faux délai pour préparer, réfléchir, prendre des notes, sans viser encore la perfection ;
    • Réserver un créneau séparé, plus proche de l’échéance, pour passer à l’action en continu, sans revenir sans cesse en arrière ;
    • Accepter qu’une phase de maturation silencieuse puisse faire partie du travail, tant qu’elle ne devient pas une fuite ;
    • Différencier clairement les moments d’incubation (où l’on pense au sujet) des distractions sans lien (scroll infini, notifications, etc.).

    Un contenu vidéo repris par Be, dans lequel un créateur explique qu’« arrêter de procrastiner, ce n’est pas sorcier, il suffit de comprendre pourquoi on a la flemme et de déconstruire les idées reçues », résume cette approche : la clé n’est pas de se forcer à agir en permanence, mais de savoir d’où vient ce retard et comment l’utiliser sans se saboter.

    Un terme à nuancer : paresse ou gestion du temps et des émotions ?

    Ces travaux amènent à nuancer fortement l’emploi du mot « paresse ». Dans bien des cas, ce que l’on interprète comme du laisser-aller masque en réalité :

    • une gestion émotionnelle compliquée (peur de l’échec, perfectionnisme) ;
    • un style cognitif plus lent mais plus riche, axé sur l’exploration ;
    • un besoin de clarification ou de sens qui n’a pas été pris en compte.

    À l’inverse, agir très vite n’est pas toujours signe d’efficacité : les pré-crastinateurs décrits par les chercheurs gagnent en soulagement immédiat ce qu’ils peuvent perdre en qualité ou en précision, en raison de décisions prises trop tôt.

    La véritable question devient alors moins « suis-je paresseux ? » que « ma façon de retarder m’aide-t-elle à mieux réfléchir, ou m’empêche-t-elle d’avancer ? ». Les études citées par Be montrent que, bien encadrée, cette capacité à supporter l’attente et à laisser les idées se développer peut s’avérer, chez certains, un atout rare plutôt qu’un défaut à effacer.

    Questions fréquentes

    La procrastination est-elle vraiment une qualité ou juste une excuse pour traîner ?

    Cela dépend du profil : chez le procrastinateur actif, l'attente est volontaire et permet au cerveau de mûrir les idées pour des solutions plus créatives. Chez le procrastinateur passif, elle est subie et s'accompagne de culpabilité, ce qui constitue un vrai problème.

    Comment savoir si je suis procrastinateur actif ou passif ?

    Le procrastinateur actif accepte d'avoir une tâche en suspens tant que son cerveau « travaille » dessus, se sent énergisé par le processus réflexif et respecte les délais grâce à un cadrage clair. Le procrastinateur passif ressent de la honte, du stress intense et un blocage paralyisant.

    Quelle est l'astuce recommandée par les psychologues pour maîtriser la procrastination créative ?

    Créer un système de double délai : d'abord un premier délai rapproché pour laisser mûrir les idées et rassembler les informations, puis un second délai plus proche de l'échéance réelle consacré exclusivement à l'exécution.

    Quand la procrastination indique-t-elle un véritable problème à adresser ?

    Lorsqu'elle signale un manque de sens (la tâche ne correspond pas aux valeurs), une peur du jugement ou une tâche mal définie. Identifier ces causes permet de clarifier les consignes, fractionner la tâche ou raisonner le perfectionnisme.

    La procrastination peut-elle être un atout en milieu professionnel français ?

    Oui, particulièrement dans les métiers de conception, d'analyse ou de création, où la première idée n'est pas toujours la meilleure. Cette perspective peut transformer la façon dont managers et enseignants interprètent les comportements de leurs collaborateurs.
    Défiler vers le haut