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Garder ses chaussures à la maison : ce que les scientifiques retrouvent sur les semelles n’est ni de la poussière ni du pollen

Paire de chaussures sales posées sur un tapis d'entrée beige, avec des traces de boue et de poussière visibles sur les semelles, symbolisant la contamination potentielle rapportée à l'intérieur des maisons.

Aux États-Unis, des travaux scientifiques montrent que garder ses chaussures à l’intérieur ne ramène pas seulement un peu de saleté… loin de là.

Une enquête de la revue américaine Popular Science, basée sur plusieurs études réalisées aux États-Unis, s’est penchée sur ce que nous rapportons réellement sous nos semelles en rentrant chez nous. Entre bactéries fécales, poussières toxiques et allergènes, l’habitude de garder ses chaussures à la maison apparaît soudain beaucoup moins anodine, surtout dans les logements avec moquette ou tapis.

Une pratique très culturelle, du Canada aux États-Unis

Dans l’article de Popular Science, l’auteur rappelle d’abord que le fait d’enlever ou non ses chaussures à l’entrée dépend largement du pays. Dans une grande partie de l’Asie, retirer ses chaussures est la norme. Aux États-Unis, la pratique est beaucoup plus variable.

Un sondage YouGov mené en 2018 y montrait que :

  • 31 % des Américains déclarent retirer « toujours » leurs chaussures chez eux ;
  • 87 % le font au moins de temps en temps ;
  • à peine la moitié demandent à leurs invités de se déchausser ;
  • les habitants du Sud du pays sont nettement moins enclins à exiger cela que ceux du Nord-Est ou du Midwest.

Dans ce contexte, la question posée par Popular Science n’est pas seulement de savoir si cette habitude est hygiénique au sens strict, mais si elle est, pour reprendre le ton de l’article, « franchement dégoûtante ».

Des bactéries fécales bien présentes sur les sols intérieurs

Le premier élément pointé par les chercheurs concerne les bactéries issues des excréments d’animaux. Les animaux défèquent dehors, sur les trottoirs, dans les parcs, sur les bas-côtés de route. Même sans marcher directement dans une déjection, des résidus microscopiques se retrouvent partout sur les surfaces extérieures.

Une étude publiée en 2023 dans la revue scientifique Indoor and Built Environment par des chercheurs du Marymount Manhattan College, à New York, a cherché à quantifier cette contamination. Les scientifiques se sont intéressés à deux grands groupes de bactéries indicatrices de contamination fécale : les entérocoques et les coliformes.

Selon l’étude, les tapis, en particulier ceux situés près des entrées très fréquentées, agissent comme de véritables « réservoirs » de pathogènes fécaux.

Les chercheurs concluent que ces micro-organismes, typiquement associés aux déjections animales, se retrouvent en quantité mesurable à l’intérieur des bâtiments, transportés notamment par les chaussures. Le travail ne démontre pas directement un lien avec des infections chez l’être humain, mais il souligne « la possibilité d’infection par contact avec les surfaces de sol dans les habitations ou les établissements ».

Cette étude récente rejoint une analyse plus large menée en 2016 par des chercheurs de l’université de Houston et d’autres institutions, publiée dans le Journal of Applied Microbiology. Cette revue systématique montre que les chaussures constituent bien une source plausible de contamination dans certains contextes, notamment dans des lieux sensibles comme les hôpitaux ou les établissements de soins.

Popular Science insiste : la littérature scientifique ne prouve pas que garder ses chaussures à la maison va mécaniquement vous rendre malade. Mais au regard des données disponibles, la présence régulière de bactéries d’origine fécale sur les sols intérieurs a de quoi rebuter plus d’un occupant.

Les chaussures, vecteur de métaux lourds et de substances toxiques

Au-delà des bactéries, les semelles peuvent aussi transporter des substances chimiques bien plus préoccupantes sur le long terme, en particulier dans les logements recouverts de moquette ou de tapis, où ces composés s’accumulent dans la poussière.

Le plomb, un invité indésirable dans les moquettes

Un rapport de 1997 de l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) sur la contamination au plomb a mis en évidence le rôle des chaussures comme voie d’entrée du métal dans les habitations.

Les logements où les résidents enlevaient leurs chaussures à la porte présentaient des niveaux de plomb nettement plus faibles dans le sang et dans les tapis, selon l’EPA.

Le plomb, métal hautement toxique, peut se déposer dans les sols et sur les surfaces extérieures, puis être rapporté à l’intérieur sur les semelles. Une fois piégé dans les fibres d’une moquette, il contribue à la pollution domestique, notamment via la poussière inhalée ou portée à la bouche par les jeunes enfants.

Le rapport de l’EPA citée par Popular Science souligne que certaines mesures simples limitent cette contamination :

  • retirer les chaussures avant d’entrer ;
  • installer des tapis d’entrée pour retenir une partie de la saleté et des particules ;
  • entretenir régulièrement ces tapis.

Hydrocarbures, pesticides, engrais : un cocktail dans les poussières intérieures

Un autre travail scientifique, publié en 2010 par le service géologique des États-Unis (US Geological Survey), s’est penché sur les hydrocarbures aromatiques polycycliques, des composés classés parmi les cancérogènes. Les chercheurs ont montré que ces substances peuvent être transportées dans les maisons après le resurfaçage de parkings ou de routes, via la poussière et les semelles de chaussures.

Popular Science cite également la Cleveland Clinic, un important centre hospitalier américain, selon laquelle les chaussures peuvent rapporter à l’intérieur :

  • des pesticides utilisés sur les pelouses et jardins ;
  • des engrais et produits de traitement des sols ;
  • d’autres substances chimiques présentes sur les trottoirs, parkings et voies publiques.

Ces produits ne provoquent pas nécessairement des effets immédiats, mais ils contribuent à la charge chimique globale de l’air intérieur et des poussières. Pour les nourrissons qui jouent au sol, ou les personnes fragiles, cet environnement peut devenir un facteur de risque parmi d’autres.

Allergies : quand les semelles servent de tapis roulant au pollen

Les chaussures ne se contentent pas de ramener bactéries et polluants. Elles constituent aussi un moyen efficace de faire entrer les allergènes dans les pièces à vivre, en particulier pendant les périodes de pollinisation.

La Cleveland Clinic, citée par Popular Science, relaie les explications du docteur Daniel Sullivan, allergologue. Selon lui, les pollens d’arbres, de graminées et d’herbes s’accrochent très facilement aux chaussures.

« Le pollen des arbres, des graminées et des mauvaises herbes se fixe facilement sur les chaussures. En marchant dans la maison, le pollen se diffuse dans l’air, se dépose sur les surfaces et peut aggraver les allergies », explique le docteur Daniel Sullivan.

Pour les personnes souffrant de rhinite allergique ou d’asthme, chaque grain de pollen supplémentaire ramené au salon est une source potentielle de symptômes : éternuements, nez qui coule, yeux qui piquent, toux, crise d’asthme.

Là encore, le simple fait de laisser ses chaussures dans l’entrée limite l’introduction de ces allergènes et la quantité de poussière contaminée qui se dépose sur les sols, les tapis et les meubles.

Aux États-Unis, la solution des chaussures réservées à l’intérieur

Popular Science rappelle qu’en Amérique du Nord, tout le monde ne se sent pas à l’aise pieds nus ou en chaussettes. Dans certains pays européens, comme l’Allemagne, une habitude intermédiaire s’est installée : posséder des chaussures exclusivement dédiées à l’intérieur.

Ces chaussures d’intérieur, souvent fermées et avec semelle de soutien, permettent :

  • d’avoir un bon maintien de la voûte plantaire ;
  • de marcher confortablement, notamment sur des sols durs ;
  • de limiter la transmission de saletés et de polluants par rapport à des chaussures utilisées à l’extérieur.

Les chaussons classiques remplissent aussi ce rôle, tant qu’ils ne sont portés qu’en intérieur. L’idée est toujours la même : créer une barrière nette entre ce qui circule dans la rue et ce qui circule dans le logement.

Qu’en est-il pour les logements en France ?

En France, le réflexe de se déchausser à l’entrée est assez répandu, surtout dans les logements récents avec parquet ou carrelage et chez les familles avec jeunes enfants. Il n’existe pas, à ce jour, de règle nationale qui impose d’enlever ses chaussures, sauf dans certains milieux professionnels spécifiques (salles blanches, blocs opératoires, crèches ou certains laboratoires) où des chaussures ou sur-chaussures dédiées sont imposées.

Les enjeux restent toutefois comparables à ceux décrits par les études américaines. Les sols français sont exposés aux mêmes grandes catégories de risques :

  • déjections animales sur les trottoirs et dans les parcs ;
  • résidus de pollution urbaine, de trafic routier et de chantiers ;
  • pesticides et engrais dans les zones rurales ;
  • pollens saisonniers sur les pelouses et chemins.

Les agences sanitaires françaises, comme l’Anses, insistent régulièrement sur la qualité de l’air intérieur et la pollution des poussières domestiques, qui peuvent contenir des métaux lourds, des particules et des résidus chimiques. Le principe reste donc le même : tout ce qui reste dehors ne se retrouvera pas dans les poussières de la maison.

Adopter chez soi des habitudes proches de celles recommandées par les études américaines – se déchausser, utiliser un paillasson efficace, nettoyer plus souvent les zones d’entrée – va dans le sens des conseils de réduction de l’exposition globale aux polluants intérieurs. Sans chiffre précis, le consensus scientifique considère que ces mesures figurent parmi les petits gestes qui limitent la charge de pollution dans les logements.

Conseils pratiques pour limiter ce que vos semelles ramènent chez vous

À partir des données relayées par Popular Science et des recommandations des organismes de santé, plusieurs gestes simples se dégagent pour un logement plus sain :

  • Mettre en place une « zone tampon » à l’entrée : tapis extérieur, paillasson intérieur, petit banc ou chaise pour se déchausser facilement.
  • Laisser les chaussures dans l’entrée : qu’il s’agisse d’un meuble à chaussures, d’un tapis de rangement ou d’un simple coin dédié.
  • Prévoir des chaussons ou chaussures d’intérieur : confortables, stables, et uniquement utilisées à l’intérieur.
  • Nettoyer régulièrement les tapis et moquettes : aspirateur, lavage ponctuel, aération, pour réduire poussières, allergènes et polluants.
  • Être attentif aux personnes sensibles : jeunes enfants qui jouent au sol, personnes allergiques ou asthmatiques, femmes enceintes.
  • Pour les familles avec enfants, l’enjeu est accentué. Les tout-petits passent beaucoup de temps au sol, portent souvent leurs mains et leurs jouets à la bouche. Réduire ce que ramènent les adultes sous leurs semelles revient, indirectement, à limiter ce à quoi les enfants sont exposés.

    Pourquoi les sols concentrent autant ce qui vient de l’extérieur

    Les sols agissent comme un « collecteur » de tout ce qui entre dans le logement. Les particules lourdes tombent naturellement vers le bas, les poussières se déposent, les fibres des tapis retiennent ce qui s’accroche.

    Dans le cas des bactéries fécales, les semelles jouent un rôle de transport. À chaque pas, des micro-gouttelettes de saleté se détachent. Pour les polluants chimiques, les particules fines et les résidus d’hydrocarbures ou de pesticides suivent le même trajet : du trottoir au paillasson, du paillasson à la moquette, de la moquette vers la poussière qui circule quand on marche ou que l’on passe l’aspirateur.

    Les études citées par Popular Science ne prétendent pas que se déchausser règle tous les problèmes de qualité de l’air intérieur. Mais elles mettent en lumière un levier peu coûteux, qui ne repose que sur un changement d’habitude. Face aux bactéries fécales, au plomb, aux hydrocarbures et aux pollens identifiés sur les semelles, renoncer aux chaussures d’extérieur dans le salon prend une dimension bien plus concrète que la simple question de propreté visuelle.

    Questions fréquentes

    Enlever ses chaussures à la maison rend-il réellement moins malade ?

    La littérature scientifique ne prouve pas directement qu'enlever ses chaussures prévient les infections, mais elle montre que les chaussures transportent des bactéries fécales et des polluants chimiques sur les sols intérieurs, ce qui crée un risque sanitaire mesurable.

    Quel est le pourcentage d'Américains qui enlèvent leurs chaussures chez eux ?

    Selon un sondage YouGov de 2018, 31 % des Américains déclarent enlever « toujours » leurs chaussures chez eux, tandis que 87 % le font au moins de temps en temps. La pratique varie selon les régions : le Nord-Est et le Midwest sont plus enclins à cette habitude que le Sud.

    Quelles substances toxiques les chaussures rapportent-elles à l'intérieur ?

    Les semelles transportent du plomb provenant des sols et surfaces extérieures, des hydrocarbures aromatiques polycycliques issus du resurfaçage de routes, ainsi que des pesticides, engrais et autres produits chimiques des pelouses et trottoirs.

    Pourquoi les tapis sont-ils particulièrement concernés ?

    Les tapis agissent comme des « réservoirs » qui piègent les bactéries fécales, le plomb et autres polluants apportés par les chaussures. Ces substances s'accumulent dans les fibres et se transforment en poussière inhalée ou en contact avec la peau, notamment chez les enfants.

    Comment limiter la contamination due aux chaussures ?

    L'EPA recommande de retirer ses chaussures avant d'entrer, d'installer des tapis d'entrée pour retenir saleté et particules, et d'entretenir régulièrement ces tapis pour réduire la présence de polluants à l'intérieur.
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