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Dans le golfe Persique, plus de 1 500 bâtiments restent à l’arrêt : sous l’eau, un risque peut gagner des ports lointains

Navires commerciaux alignés au mouillage dans le golfe Persique, leurs coques partiellement immergées colonisées par des organismes marins.

Des centaines de cargos attendent depuis des mois dans des eaux chaudes. Leur immobilisation pourrait avoir des effets bien au-delà de la zone.

À première vue, l’image semble presque calme : de grands navires commerciaux alignés au mouillage, moteurs ralentis, cargaisons en attente et équipages contraints de patienter. Pourtant, sous la surface, le temps qui passe transforme progressivement ces bâtiments en supports vivants. Les biologistes marins suivent ce phénomène avec inquiétude, car la reprise du trafic pourrait transporter des espèces vers de très nombreux littoraux.

Des mois d’attente qui changent la surface des navires

Un bâtiment qui navigue vite ne présente pas les mêmes conditions qu’un bâtiment qui reste immobile. Durant une traversée, le mouvement de l’eau, les vibrations et les frottements limitent l’installation durable de nombreux organismes sur la partie immergée.

Quand l’arrêt se prolonge, le décor change. La surface sous-marine devient stable. Dans les eaux chaudes du golfe Persique, elle peut attirer rapidement des algues, des moules, des balanes, des vers marins et divers petits invertébrés. Ces espèces s’accrochent, se reproduisent et forment peu à peu une couche épaisse.

Plus une flotte reste longtemps sans bouger dans une zone chaude, plus elle risque d’emporter une communauté marine complète lors de son départ.

Le problème ne concerne donc pas seulement le retard des livraisons de pétrole, de marchandises ou de matières premières. Il touche aussi la circulation involontaire du vivant. Les quelque 1 500 bâtiments retenus dans cette zone représentent une concentration rare de surfaces immergées disponibles au même moment.

La biosalissure, un phénomène discret mais coûteux

Les spécialistes parlent de biosalissure. Ce terme désigne l’accumulation d’organismes vivants sur une surface plongée dans l’eau. Elle ne concerne pas uniquement les grands cargos : elle touche aussi les bateaux de plaisance, les plateformes, les bouées et certaines installations portuaires.

Sur les navires commerciaux, cette couche vivante pose déjà un problème très concret. Une carène sale augmente la résistance de l’eau. Le bâtiment doit alors fournir davantage d’énergie pour avancer à la même vitesse. Sa consommation de carburant grimpe, tout comme ses émissions.

  • Les algues créent une première pellicule sur la surface immergée.
  • Les balanes et les moules s’installent ensuite sur ce support.
  • De petits crustacés, vers et organismes microscopiques peuvent se cacher dans les interstices.
  • Au départ du navire, une partie de cette vie peut survivre pendant toute la traversée.

Sur un très grand pétrolier, le nettoyage représente une opération longue et délicate. Certains bâtiments dépassent 300 mètres de long et approchent 45 mètres de large. Des plongeurs spécialisés doivent alors intervenir avec des outils de grattage ou des équipements à haute pression. L’opération exige aussi des précautions, car retirer les organismes directement dans un port peut justement les libérer dans le milieu local.

Pourquoi les balanes inquiètent autant

Les balanes ressemblent à de petites coquilles calcaires fixées sur les parties immergées. Elles paraissent anodines. Or elles peuvent former des amas très serrés, capables d’abriter d’autres espèces moins visibles. Un navire peut donc transporter une véritable petite communauté biologique sans que personne ne la remarque depuis le quai.

Les autorités portuaires demandent souvent un entretien régulier des carènes avant certaines escales. L’objectif est simple : éviter qu’un organisme ayant grandi dans une région ne trouve un nouveau territoire à coloniser à l’autre bout du globe.

Le risque d’une dispersion vers des centaines de ports

Tant que les navires restent regroupés au mouillage, les organismes demeurent dans la même zone maritime. Le danger augmente au moment où chacun reprend sa route. Un pétrolier peut mettre le cap vers l’Asie, un porte-conteneurs vers l’Europe, un vraquier vers l’Afrique ou l’Amérique.

Les scientifiques redoutent alors un effet de dispersion massive. Au lieu d’un seul bateau transportant des espèces indésirables, des centaines ou des milliers de bâtiments pourraient partir presque simultanément. Chacun suivrait son itinéraire, avec ses escales, ses opérations de maintenance et ses contacts avec les infrastructures portuaires.

Une crise du transport peut ainsi devenir une crise écologique différée : le risque ne se révèle vraiment qu’au moment de la reprise du trafic.

Une espèce arrivée dans un nouveau port ne s’implante pas systématiquement. Elle doit trouver une eau à la bonne température, de la nourriture, des zones où se fixer et parfois des partenaires pour se reproduire. Mais lorsque ces conditions sont réunies, son installation peut devenir très difficile à arrêter.

Des conséquences pour la pêche, les ports et les espèces locales

Les espèces introduites peuvent concurrencer les organismes déjà présents. Certaines occupent l’espace sur les rochers, les quais ou les fonds marins. D’autres filtrent une grande quantité de nourriture et modifient les équilibres locaux. Elles peuvent aussi gêner les élevages de coquillages, endommager des installations ou encrasser les prises d’eau de certains équipements.

Le coût ne se limite pas au nettoyage des navires. Les ports doivent parfois surveiller leurs bassins, contrôler les arrivées de navires à risque et financer des opérations d’entretien plus fréquentes. Les pêcheurs et les conchyliculteurs peuvent aussi subir les effets d’une espèce devenue envahissante dans une baie ou une lagune.

Étape Ce qui peut se produire
Immobilisation prolongée Des organismes colonisent les parties immergées.
Reprise de la navigation Les espèces voyagent vers de nouvelles régions.
Arrivée au port Des larves ou fragments peuvent se détacher dans l’eau locale.
Installation durable Une population peut se développer et concurrencer la faune locale.

Des contrôles à organiser avant le retour à la normale

Face à ce risque, les experts demandent une coordination entre armateurs, ports, autorités maritimes et services environnementaux. L’enjeu consiste à repérer les bâtiments restés longtemps au mouillage et à évaluer leur niveau de biosalissure avant leurs prochaines escales.

Plusieurs mesures peuvent limiter la dispersion :

  • inspecter les parties immergées avant le départ ou lors de la première escale ;
  • prévoir des zones adaptées pour le nettoyage des carènes ;
  • récupérer les déchets biologiques issus du grattage ;
  • renforcer la surveillance des ports recevant de nombreux navires venant des eaux chaudes ;
  • partager rapidement les informations sur les routes et les périodes d’immobilisation.
  • Un terme à connaître : les espèces invasives

    Une espèce invasive est une espèce introduite hors de son aire habituelle, capable de se développer rapidement et de perturber le milieu qui l’accueille. Toutes les espèces transportées par les navires ne deviennent pas invasives. Le risque naît lorsqu’elles survivent, se reproduisent et prennent l’avantage sur les espèces locales.

    Le cas des bâtiments immobilisés rappelle que la protection des océans ne se joue pas seulement lors des marées noires ou des accidents visibles. Une coque laissée au repos pendant plusieurs mois peut accumuler une vie silencieuse. Quand les routes maritimes se rouvrent, cette vie voyage elle aussi, parfois jusqu’à des côtes très éloignées.

    Questions fréquentes

    Qu'est-ce que la biosalissure et pourquoi pose-t-elle problème ?

    La biosalissure est l'accumulation d'organismes vivants (algues, moules, balanes, vers) sur les parties immergées des navires. Elle augmente la résistance de l'eau, forçant le navire à consommer plus de carburant et à émettre davantage de pollution.

    Comment les espèces marines arrivent-elles à se fixer sur les navires immobiles ?

    Un navire en mouvement ne permet pas aux organismes de s'installer durablement en raison des frottements et vibrations. Au contraire, un navire à l'arrêt dans les eaux chaudes du golfe Persique offre une surface stable où les algues forment d'abord une pellicule, puis les moules et balanes s'y fixent progressivement.

    Pourquoi les autorités redoutent-elles une reprise massive du trafic ?

    Au lieu d'un seul navire transportant des espèces indésirables, des centaines ou des milliers de bâtiments pourraient partir presque simultanément, chacun suivant des itinéraires différents vers l'Asie, l'Europe, l'Afrique ou l'Amérique, dispersant ces organismes dans de nombreux écosystèmes.

    Quelles sont les conséquences pour les ports et les pêcheurs ?

    Les espèces introduites peuvent devenir envahissantes, concurrencer la faune locale, endommager les installations portuaires et gêner les élevages de coquillages. Les ports doivent financer des opérations de surveillance et d'entretien supplémentaires.

    Quelles mesures peuvent limiter la dispersion des espèces ?

    Les experts recommandent d'inspecter les parties immergées avant le départ, de prévoir des zones adaptées pour le nettoyage des carènes, de récupérer les déchets biologiques et de renforcer la surveillance des ports recevant des navires des eaux chaudes.
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