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À Roybon, 700 mètres de routes restent inutiles : treize ans de conflit ont fait disparaître 697 emplois annoncés

Routes en béton sinuant entre les arbres d'une forêt, avec ronds-points et plateformes abandonnés, vestige d'un chantier inachevé en bordure de forêt.

En Isère, un vaste projet touristique a laissé derrière lui des routes neuves, une forêt abîmée et de lourdes dépenses publiques.

À Roybon, petit village de plus d’un millier d’habitants situé aux portes de la Drôme, le paysage garde les traces d’un projet jamais achevé. Des voies de circulation serpentent encore entre les arbres, avec des ronds-points, des réseaux et des plateformes bétonnées. Elles devaient accueillir un grand domaine de vacances. Elles ne desservent aujourd’hui aucun hébergement, aucun restaurant et aucun équipement de loisirs.

Un projet à 390 millions d’euros lancé en 2007

L’histoire débute en 2007, lorsque le groupe Pierre et Vacances approche les élus de Roybon. L’idée paraît alors séduisante pour ce territoire rural : installer un vaste village de vacances sur 203 hectares au cœur de la forêt de Chambaran.

Le programme prévoit 990 cottages, un espace aquatique sous une structure transparente chauffée toute l’année, des commerces et des activités destinées aux familles. Le montant global annoncé atteint 390 millions d’euros. Les promoteurs avancent aussi un argument décisif pour la commune : la création de 468 emplois à temps plein, représentant 697 contrats au total.

Les collectivités s’engagent à accompagner l’opération. Le département et la région doivent notamment financer ou participer au financement des accès routiers et des réseaux nécessaires au futur site. Pour Roybon, l’enjeu est clair : attirer des visiteurs, soutenir les commerces des environs et enrayer la baisse de population.

Le projet devait faire venir des vacanciers toute l’année. Il a surtout produit des routes sans destination au milieu des bois.

Des hectares défrichés avant l’arrêt du chantier

Les travaux commencent réellement en 2014. Les engins interviennent dans la forêt, des terrains sont nivelés et les premières infrastructures sortent de terre. Près de 90 hectares sont défrichés selon les chiffres avancés dans le dossier. Environ 31 hectares reçoivent du béton.

Le point le plus sensible concerne les zones humides. Ces milieux naturels, souvent peu visibles, jouent pourtant un rôle concret : ils stockent l’eau lors des fortes pluies, alimentent les nappes, filtrent certains polluants et abritent une biodiversité particulière. Sur le site, entre 110 et 120 hectares de zones humides auraient été affectés par le projet.

Cette artificialisation devient rapidement le cœur de la contestation. Des associations estiment que les autorisations accordées ne protègent pas suffisamment les milieux naturels. Elles déposent des recours successifs contre les permis et les décisions administratives.

Une opposition qui s’installe aussi sur le terrain

La bataille ne se joue pas uniquement devant les juges. Dès la fin de l’année 2014, des militants occupent une partie du terrain. Le secteur devient une zone à défendre, souvent appelée ZAD dans le débat public. Les opposants veulent empêcher la reprise des travaux et dénoncer un modèle touristique jugé trop consommateur d’espace et d’eau.

Durant des années, le dossier s’enlise. Les décisions administratives font l’objet de nouveaux recours. Les délais s’allongent. Le promoteur ne peut pas avancer normalement, tandis que les élus locaux défendent un projet qu’ils considèrent comme une chance économique pour le territoire.

  • 990 cottages étaient prévus sur le site ;
  • 203 hectares de forêt devaient accueillir le domaine ;
  • 390 millions d’euros représentaient l’investissement annoncé ;
  • 468 emplois à temps plein figuraient parmi les promesses ;
  • 700 mètres de voiries ont été réalisés avant l’abandon.

Le renoncement du promoteur en juillet 2020

Le 8 juillet 2020, Pierre et Vacances annonce l’abandon définitif du projet. Le groupe invoque plus de dix ans de procédures, l’impossibilité d’avancer sur le chantier et la caducité de l’autorisation de défrichement. Sans cette autorisation, le programme ne peut plus être relancé dans les conditions initialement prévues.

Pour les opposants, cette décision marque la fin d’une mobilisation longue de treize ans. Ils y voient une victoire pour les zones humides et la forêt de Chambaran. Les défenseurs du projet, eux, regrettent la disparition des emplois espérés et des retombées économiques promises aux commerces locaux.

Aucun cottage n’a été livré, aucun salarié n’a été recruté pour l’exploitation du domaine et aucun vacancier n’a occupé les lieux.

Quelques semaines après l’annonce, les forces de l’ordre évacuent les derniers occupants du terrain. Près de 200 gendarmes participent à l’opération, accompagnés d’engins chargés de démanteler les installations présentes sur place. L’occupation prend fin, mais les marques du chantier restent visibles.

Des infrastructures publiques qui ne servent à personne

Le dossier soulève une question particulièrement sensible : que devient l’argent public investi dans des équipements conçus pour un projet finalement abandonné ? Les routes d’accès, les réseaux d’eau et d’électricité ainsi que les aménagements préparatoires n’ont jamais rempli leur fonction initiale.

La commune et les collectivités avaient misé sur des recettes indirectes : fréquentation des commerces, fiscalité locale, emplois saisonniers et permanents, travaux confiés à des entreprises de la région. Rien de ce scénario ne s’est concrétisé.

Les opposants dénoncent depuis longtemps un coût collectif élevé pour une opération privée. Les partisans du projet répondent que les dépenses d’infrastructures étaient pensées comme un investissement pour l’avenir du territoire. Le problème est que ces aménagements ne peuvent pas facilement être reconvertis. Une route construite au fond d’un bois ne devient pas spontanément un équipement utile à la population.

Une friche difficile à transformer

Le terrain appartient encore en grande partie au groupe Pierre et Vacances. Après l’abandon, l’avenir des quelque 200 hectares concernés est resté longtemps incertain. Des échanges ont été engagés avec des agriculteurs, des forestiers, des chasseurs et des associations de protection de la nature afin d’imaginer une nouvelle utilisation du secteur.

La remise en état d’un tel espace est complexe. Retirer du béton, restaurer les sols et recréer des zones humides demandent du temps, des études et des financements. Une zone humide ne se reconstitue pas simplement en plantant quelques arbres : il faut retrouver des écoulements d’eau compatibles avec les espèces végétales et animales présentes.

En 2026, la végétation progresse autour des pistes construites pour accueillir les visiteurs. Les fougères et les broussailles recouvrent peu à peu certains abords. Les voies demeurent, elles, comme le rappel concret d’un pari touristique qui n’a jamais dépassé le stade du chantier.

Le cas de Roybon illustre aussi le risque des grands projets engagés avant que tous les contentieux soient purgés. Lorsque les travaux débutent alors que les recours se poursuivent, les collectivités peuvent se retrouver avec des équipements coûteux et inutilisables. Pour les élus comme pour les habitants, la question dépasse désormais le seul tourisme : elle touche à l’usage de l’argent public, à la protection des sols et à la capacité d’un territoire à réparer les traces d’un projet abandonné.

Questions fréquentes

Pourquoi le projet de village de vacances a-t-il été abandonné ?

Pierre et Vacances a invoqué plus de dix ans de procédures judiciaires, l'impossibilité d'avancer normalement sur le chantier et la caducité de l'autorisation de défrichement, sans laquelle le programme ne pouvait plus être relancé dans les conditions initialement prévues.

Quel impact environnemental le projet a-t-il eu ?

Environ 90 hectares ont été défrichés et 31 hectares ont reçu du béton avant l'arrêt du chantier. Entre 110 et 120 hectares de zones humides auraient été affectés, ce qui représente le cœur de la contestation des associations.

Combien d'emplois ont finalement été créés ?

Aucun emploi n'a été créé. Bien que le projet promettait 468 emplois à temps plein (697 contrats au total), aucun cottage n'a été livré et aucun salarié n'a été recruté pour l'exploitation du domaine.

Que deviennent les infrastructures publiques construites ?

Les routes d'accès, les réseaux d'eau et d'électricité, ainsi que les aménagements préparatoires n'ont jamais rempli leur fonction initiale. Ces équipements coûteux ne peuvent pas facilement être reconvertis, notamment une route construite au fond d'un bois.

Qui a remporté le conflit entre les promoteurs et les opposants ?

Les opposants considèrent l'abandon du projet comme une victoire pour la protection des zones humides et de la forêt de Chambaran après treize ans de mobilisation, tandis que les défenseurs du projet regrettent la disparition des emplois et des retombées économiques attendues.
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