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Une rare épave du XVIe siècle découverte à une profondeur record dans les eaux françaises

Vue sous-marine d'une épave marchande du XVIe siècle reposant au fond de la Méditerranée, entourée de céramiques anciennes et de débris modernes

Au large du Var, une mission navale a repéré un navire marchand vieux de près de cinq siècles, remarquablement préservé sous la Méditerranée.

Les faits se déroulent en France, au large de Ramatuelle, près de Saint-Tropez. Le magazine américain Smithsonian Magazine rapporte que cette épave, baptisée Camarat 4, repose à une profondeur jamais atteinte pour un navire ancien dans les eaux françaises.

Un navire marchand figé au fond de la Méditerranée

La Marine nationale menait une opération de reconnaissance en haute mer au début du mois de mars lorsqu’un sonar a signalé une grande forme sur le fond marin. Les marins ont alors utilisé une caméra sous-marine pour observer la zone.

Les images ont montré la silhouette d’un bâtiment remontant au XVIe siècle. La Marine a alerté le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines, un service du ministère français de la Culture chargé de protéger et d’étudier le patrimoine immergé.

Le Camarat 4 repose à environ 2 560 mètres sous la surface de la Méditerranée, au large du cap Camarat.

Cette profondeur place le site devant La Minerve, le sous-marin français coulé en 1968 au large de Toulon. Cette épave militaire, jusque-là la plus profonde connue dans les eaux françaises, repose à plus de 2 200 mètres sous la surface.

Le Camarat 4 mesure environ 30 mètres de long pour 7 mètres de large. Il s’agissait d’un navire de commerce, chargé de plusieurs centaines de pièces avant son naufrage. Sa cargaison comprend notamment des cruches en céramique à bec pincé, des assiettes jaunes décorées et des barres de métal.

Des céramiques venues de Ligurie

Les premières observations orientent les chercheurs vers la Ligurie, région côtière du nord-ouest de l’Italie, proche de la frontière française. Les cruches et les assiettes auraient été fabriquées dans cette région au XVIe siècle, à une période où les routes maritimes reliaient activement les ports italiens, provençaux et méditerranéens.

Certains récipients portent des motifs géométriques ou végétaux. D’autres affichent les lettres « IHS », correspondant aux trois premières lettres du nom de Jésus-Christ en grec. Ces éléments décoratifs peuvent aider les spécialistes à dater plus précisément les objets et à identifier leurs lieux de production.

  • Des centaines de cruches et d’assiettes en céramique ;
  • Des barres métalliques transportées comme marchandise ;
  • Deux marmites destinées à la cuisine de bord ;
  • Six canons ;
  • Des ancres et des éléments de l’armement du navire.

La présence de canons ne signifie pas nécessairement que le bâtiment était un navire de guerre. À cette époque, les bâtiments marchands embarquaient souvent des armes pour se défendre contre les attaques en mer. Le commerce maritime restait exposé aux conflits, aux actes de piraterie et aux rivalités entre puissances côtières.

Une poupe qui interroge les archéologues

Une partie du site intrigue déjà les équipes chargées de son étude : la poupe paraît vide, alors que le reste du navire était chargé de marchandises. Pour un bâtiment commercial, cette absence est inhabituelle.

Les archéologues envisagent plusieurs pistes, sans pouvoir trancher à ce stade. Des biens périssables ont pu être rangés à cet endroit et se décomposer au fil des siècles. Les futures analyses devront aussi établir si certaines parties du navire ont été déplacées par les courants ou lors du naufrage.

La dispersion des objets donne une autre indication. Elle laisse penser que le bateau a pu chavirer avant de sombrer. La cause de cet accident reste inconnue : tempête, problème de navigation, avarie ou surcharge figurent parmi les hypothèses que les spécialistes devront examiner.

Une capsule temporelle protégée par la profondeur

À plus de deux kilomètres sous la surface, l’épave est restée à l’écart des activités humaines habituelles. Cette situation a limité les dégradations et les prélèvements illégaux.

« C’est une véritable capsule temporelle », a déclaré Marine Sadania, archéologue subaquatique au ministère de la Culture. « On a l’impression que le temps s’est arrêté sur ce navire. »

La pression, l’obscurité totale et les températures froides compliquent fortement les interventions humaines. Elles contribuent aussi à préserver certains vestiges. Les chercheurs doivent donc travailler avec des équipements conçus pour les grandes profondeurs, notamment des caméras et des appareils téléopérés.

L’équipe souhaite réunir des céramologues, des historiens et des géologues afin de mieux comprendre l’origine de la cargaison, les conditions du naufrage et l’itinéraire probable du navire. Avec la Marine nationale, elle prévoit aussi de réaliser une reproduction numérique en trois dimensions du site et de remonter un nombre limité d’objets pour les étudier.

La France face à la protection de son patrimoine sous-marin

En France, le patrimoine archéologique situé sous l’eau relève du ministère de la Culture. Le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines intervient sur les épaves, les ports anciens, les vestiges engloutis et les objets présents dans les eaux françaises.

Une épave n’est pas un gisement librement accessible. Les recherches, prélèvements et fouilles exigent des autorisations. Cette protection vise à éviter la disparition d’objets qui, une fois retirés de leur contexte, perdent une partie de leur valeur historique. La position d’une épave sensible peut aussi être gardée discrète afin de limiter les risques de pillage.

Dans le cas du Camarat 4, l’enjeu ne concerne pas seulement le navire lui-même. Chaque objet, son emplacement et son état de conservation apportent des indices sur la vie à bord, le commerce en Méditerranée et les pratiques artisanales de la Renaissance.

Des déchets modernes au milieu d’objets vieux de cinq cents ans

Le site n’abrite pas uniquement des vestiges anciens. Les archéologues ont aussi observé des canettes de bière, des pots de yaourt, des bouteilles en plastique et des filets de pêche parmi les objets du XVIe siècle.

« Après l’émerveillement de la trouvaille vient la tristesse de voir de telles choses », a déclaré Arnaud Schaumasse, directeur du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines. « L’océan n’est pas une poubelle, mais il est manifestement traité comme tel. »

Cette cohabitation entre une cargaison ancienne et des déchets récents montre que la pollution atteint aussi les zones marines très profondes. Les plastiques et les filets abandonnés peuvent voyager loin sous l’effet des courants, puis se déposer sur des fonds difficilement accessibles.

La future reconstitution en trois dimensions permettra de conserver une image précise de l’épave avant toute intervention. Elle offrira aussi aux chercheurs la possibilité d’étudier la disposition des objets sans multiplier les manipulations sur un site fragile, situé dans un environnement extrême.

Questions fréquentes

À quelle profondeur repose l'épave Camarat 4 ?

L'épave Camarat 4 repose à environ 2 560 mètres sous la surface de la Méditerranée, au large du cap Camarat, ce qui en fait la plus profonde épave connue dans les eaux françaises.

D'où provenait la cargaison du navire ?

Les premières observations orientent les chercheurs vers la Ligurie, région côtière du nord-ouest de l'Italie. Les cruches et assiettes en céramique auraient été fabriquées dans cette région au XVIe siècle.

Pourquoi y a-t-il des canons à bord d'un navire marchand ?

À l'époque de la Renaissance, les navires marchands embarquaient souvent des armes pour se défendre contre les attaques en mer, la piraterie et les rivalités entre puissances côtières.

Comment expliquer la présence de déchets modernes à cette profondeur ?

Les plastiques et filets abandonnés voyagent loin sous l'effet des courants marins avant de se déposer sur des fonds difficilement accessibles, montrant que la pollution atteint même les zones marines très profondes.

Pourquoi la poupe du navire est-elle vide ?

Les archéologues envisagent plusieurs hypothèses sans pouvoir trancher : des biens périssables rangés à cet endroit et décomposés au fil des siècles, un déplacement d'objets par les courants, ou un chavirement du navire avant son naufrage.
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