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Les chercheurs sont « sincèrement surpris » : avoir un animal de compagnie ne rend pas plus heureux, selon cette étude

Un chien roux et blanc joue joyeusement aux côtés d'une personne assise dans un canapé, symbolisant la compagnie animale pendant le confinement.

Une vaste étude menée au Royaume-Uni pendant le Covid remet en cause l’idée qu’un animal de compagnie protège automatiquement la santé mentale.

Alors que les confinements poussaient des milliers de foyers à adopter un chien ou un chat pour mieux tenir le choc, une étude relayée par le site américain StudyFinds montre que cette stratégie n’a pas vraiment tenu ses promesses au Royaume-Uni. Les chercheurs danois et britanniques qui ont suivi plus de 6 000 personnes sur un an parlent même de résultats « sincèrement surprenants ».

Une étude au long cours sur plus de 6 000 Britanniques

Les travaux ont été conduits par l’université d’Aarhus au Danemark, en collaboration avec le King’s College de Londres. Ils s’appuient sur le projet RAMP, pour « Repeated Assessment of Mental Health in Pandemics », qui suit la santé mentale de résidents du Royaume-Uni âgés de 16 ans et plus.

Entre avril 2020 et avril 2021, en pleine crise sanitaire, plus de 6 000 participants ont rempli des questionnaires en ligne à quatre reprises : au démarrage, puis trois, six et douze mois plus tard. Les chercheurs ont croisé deux types d’informations :

  • leur état psychologique (symptômes de dépression, d’anxiété, de perte de plaisir, sentiment de solitude) ;
  • leur situation vis-à-vis des animaux (présence d’un animal au foyer, type d’animal, adoption pendant la pandémie).

Pour mesurer la santé mentale, l’équipe s’est appuyée sur des échelles standardisées, couramment utilisées en recherche :

Aspect évalué Outil psychométrique
Dépression PHQ-9
Anxiété GAD-7
Anhedonie (perte de plaisir) MASQ-AD
Solitude UCLA Loneliness Scale

Les résultats qui bousculent une croyance très répandue

Les propriétaires d’animaux n’allaient pas mieux mentalement que les autres, et présentaient même des scores légèrement plus élevés de dépression et d’anxiété.

Contrairement à l’image largement relayée au début de la pandémie, l’équipe n’a pas observé de meilleure santé mentale chez les personnes ayant un animal. Globalement, les propriétaires d’animaux affichaient :

  • des niveaux de dépression un peu plus élevés ;
  • des niveaux d’anxiété légèrement supérieurs ;
  • plus d’anhedonie, c’est-à-dire plus de difficultés à éprouver du plaisir.

Les différences restent modestes, mais elles vont à l’inverse de ce que beaucoup attendaient. Christine Parsons, professeure au département de médecine clinique de l’université d’Aarhus et autrice principale, explique avoir été « sincèrement surprise » par ces résultats. Elle souligne que ceux-ci « vont à l’encontre de la croyance dominante selon laquelle les animaux sont bénéfiques pour la santé mentale ».

Les chercheurs insistent toutefois sur un point : ces chiffres ne signifient pas que les chiens et les chats « nuisent » à leurs maîtres. La santé mentale dépend d’une multitude de facteurs, et la présence d’un animal ne suffit manifestement pas à compenser le stress massif provoqué par une pandémie.

Le « chiot du confinement » n’a pas fait de miracle

Un autre volet du travail visait à vérifier une idée très médiatisée au Royaume-Uni : l’adoption d’un « chiot du confinement » ou d’un « chaton de quarantaine » permettrait de remonter le moral. Là encore, les données ne vont pas dans ce sens.

Les personnes qui ont adopté un animal pendant la période d’étude n’ont pas montré d’amélioration significative de leurs scores de dépression, d’anxiété ou de solitude par rapport à celles qui n’avaient pas franchi le pas.

Pour Katherine Young, coautrice principale, ces résultats « apportent une preuve robuste » dans un débat scientifique déjà très partagé sur l’impact des animaux de compagnie. Certaines études plus anciennes suggéraient un effet positif, mais elles portaient souvent sur des échantillons plus restreints ou sur des périodes plus courtes.

Des bénéfices ciblés : exercice physique et solitude des personnes isolées

Pas de protection générale sur la santé mentale, mais quelques avantages bien concrets selon le profil des maîtres.

Un « effet Lassie » sur l’activité physique

Tout n’est pas négatif pour autant. L’étude confirme un atout bien connu des chiens : ils incitent à bouger. Les chercheurs parlent d’« effet Lassie » pour désigner ce phénomène.

Parmi les participants, 40 % des propriétaires de chiens déclaraient faire de l’exercice tous les jours ou presque, contre 35 % des personnes sans chien. Ce surplus d’activité physique peut, à terme, profiter à la santé cardiovasculaire, au poids ou au sommeil, même si l’étude ne mesurait pas directement ces aspects.

Une légère baisse de la solitude chez les personnes vivant seules

Autre nuance : chez les personnes vivant seules, le fait d’avoir un chat ou un chien était associé à un niveau de solitude légèrement plus bas par rapport aux personnes isolées sans animal. L’effet reste faible, mais indique que la présence d’un animal peut offrir un réconfort quotidien lorsqu’on dispose de peu d’interactions sociales.

En revanche, sur l’ensemble de l’échantillon, animaux ou pas, les scores de solitude restaient comparables. L’animal ne suffit donc pas à compenser la réduction globale des contacts sociaux imposée par les confinements.

Le cliché de la « folle aux chats » mis à mal

Les chercheurs se sont aussi penchés sur un stéréotype bien ancré : celui de la femme seule entourée de chats, forcément plus fragile psychologiquement. Là encore, les données ne confirment pas ce cliché.

Les femmes possédaient plus souvent des chats que les hommes, mais les analyses ne montrent aucune interaction entre le fait d’avoir un chat, le genre et l’état de santé mentale. Autrement dit, rien n’indique qu’une femme qui vit avec un chat serait plus déprimée ou plus anxieuse qu’une autre participante.

Pourquoi l’animal ne suffit pas à protéger la santé mentale

Compagnie d’un côté, charge mentale et coûts de l’autre : la balance reste plus complexe que prévu.

L’équipe avance plusieurs pistes pour expliquer ces résultats nuancés. Un animal peut apporter :

  • une présence rassurante au quotidien ;
  • un sentiment de routine (sorties, repas, jeux) ;
  • un attachement affectif fort.

Mais il entraîne aussi des contraintes, qui ont pu peser particulièrement lourd pendant le Covid :

  • préoccupations liées à l’accès au vétérinaire en période de restrictions ;
  • coût de la nourriture, des soins, de l’assurance, dans un contexte d’incertitude économique ;
  • peur de ne pas pouvoir s’occuper correctement de l’animal en cas de contamination ou d’hospitalisation ;
  • stress lié à la cohabitation en espace réduit, notamment avec des chiens jeunes et très actifs.

Pour les chercheurs, ces facteurs négatifs ont sans doute en partie compensé les bénéfices émotionnels attendus. Ils plaident donc pour une vision plus nuancée du rôle des animaux : un chien ou un chat peut aider, mais ne remplace ni un suivi psychologique, ni un traitement, ni un réseau social solide.

Et en France, que sait-on du lien entre animaux et bien-être ?

En France, la question suscite un intérêt croissant, dans un pays où la proportion de foyers possédant au moins un animal de compagnie est parmi les plus élevées d’Europe. Les travaux menés par des équipes françaises vont globalement dans le même sens que ceux observés au Royaume-Uni : l’animal peut améliorer certains aspects du quotidien, sans constituer un remède à part entière contre les troubles psychiques.

Les psychiatres et psychologues français qui recourent à la médiation animale – en structures psychiatriques, en Ehpad ou en établissements pour enfants – soulignent des effets positifs sur l’apaisement, l’estime de soi, la communication. Mais cette médiation se déroule dans un cadre encadré, avec des professionnels formés et des séances structurées. Elle ne se confond pas avec la simple présence d’un animal à domicile.

En pratique, les spécialistes rappellent que :

  • l’acquisition d’un animal ne doit jamais se substituer à une prise en charge médicale ou psychothérapeutique ;
  • un animal nécessite un budget, du temps, une organisation, parfois sur plus de quinze ans ;
  • un projet d’adoption se prépare, notamment en consultant un vétérinaire ou une association pour vérifier l’adéquation entre l’animal et le mode de vie.

En France comme au Royaume-Uni, les vétérinaires comme les associations de protection animale insistent aussi sur un autre risque : les adoptions « coup de cœur » en période de stress ou de solitude peuvent déboucher sur des abandons lorsque la vie reprend un rythme normal.

Ce que cette étude change pour ceux qui envisagent d’adopter

Pour un lecteur français, les résultats publiés dans la revue Mental Health & Prevention invitent à revoir la manière de penser l’adoption d’un animal. Plutôt qu’un « traitement » contre la déprime, le chien ou le chat reste avant tout un compagnon de vie, avec des besoins propres et des contraintes durables.

Avant de se lancer, plusieurs questions peuvent aider à clarifier le projet :

  • Est-ce que je cherche surtout une distraction face à une période difficile, ou un engagement au long cours ?
  • Mon logement, mon emploi du temps, mes ressources financières sont-ils adaptés à l’accueil d’un animal ?
  • Ai-je accès facilement à un vétérinaire et éventuellement à un mode de garde ?
  • Si je traverse déjà un trouble anxieux ou dépressif, suis-je suivi par un professionnel de santé qui peut m’aider à évaluer cette décision ?
  • Sur le plan psychologique, les spécialistes considèrent plutôt l’animal comme un « plus » possible dans une stratégie globale : il peut encourager à sortir, donner une structure à la journée, offrir une présence affective. Mais l’étude menée au Royaume-Uni rappelle que ces bénéfices restent limités si l’environnement reste très stressant et si la personne ne reçoit pas d’aide adaptée.

    Enfin, ce travail éclaire aussi les débats publics sur la santé mentale en période de crise. Il montre que les réponses simples – adopter un animal, faire du sport, changer d’environnement – ne suffisent pas toujours face à des chocs massifs comme une pandémie. Pour les auteurs, l’enjeu est d’ouvrir une discussion plus nuancée sur la place des animaux dans nos vies, sans en faire ni des bouées de sauvetage universelles, ni de simples « réconforts jetables » en temps de crise.

    Questions fréquentes

    Que montre précisément cette étude sur les animaux de compagnie et la santé mentale ?

    L'étude démontre que les propriétaires d'animaux présentaient des niveaux légèrement plus élevés de dépression et d'anxiété, ainsi que plus d'anhedonie (difficultés à éprouver du plaisir), contrairement à l'idée reçue qu'un animal protège automatiquement la santé mentale.

    L'adoption d'un animal pendant le confinement a-t-elle aidé les gens ?

    Non, les personnes qui ont adopté un animal pendant la période d'étude n'ont pas montré d'amélioration significative de leurs scores de dépression, d'anxiété ou de solitude par rapport à celles qui n'en avaient pas adopté.

    Y a-t-il quand même des bénéfices à avoir un animal ?

    Oui, l'étude confirme que les chiens encouragent l'activité physique (40 % des propriétaires de chiens font de l'exercice quotidien contre 35 % sans chien) et que les animaux réduisent légèrement la solitude chez les personnes vivant seules.

    Pourquoi l'animal n'a-t-il pas protégé la santé mentale pendant la pandémie ?

    Les chercheurs expliquent que les bénéfices émotionnels d'un animal ont probablement été compensés par les contraintes liées à son entretien durant la crise : préoccupations concernant l'accès au vétérinaire, coûts, peur de ne pas pouvoir s'en occuper en cas de contamination, et stress de la cohabitation en espace réduit.

    Cette étude signifie-t-elle que les animaux sont mauvais pour la santé mentale ?

    Non, les chercheurs soulignent que ces résultats ne signifient pas que les animaux nuisent à la santé mentale. Ils plaident simplement pour une vision plus nuancée : un animal peut aider, mais ne remplace pas un suivi psychologique, un traitement médical ou un réseau social solide.
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