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Les vrais jumeaux ont le même ADN mais pas la même personnalité : ce qui façonne vraiment qui nous sommes n’est pas génétique

Les vrais jumeaux ont le même ADN mais pas la même personnalité : ce qui façonne vraiment qui nous sommes n'est pas génétique

Au Royaume-Uni et aux États-Unis, une vaste étude rappelle que l’ADN influence nos traits de caractère sans jamais les figer.

Les vrais jumeaux constituent un cas fascinant : ils partagent presque le même patrimoine génétique, tout en pouvant afficher des tempéraments, des goûts et des réactions très différents. Le média scientifique en ligne ScienceAlert rapporte les résultats d’une étude publiée dans la revue Nature, fondée sur des données génétiques et comportementales recueillies auprès de plus d’un million de personnes.

Les gènes comptent, mais ils ne racontent pas toute l’histoire

La question semble simple : qu’est-ce qui construit une personnalité ? Les chercheurs répondent avec prudence. Les gènes jouent un rôle, mais ils ne permettent pas de prédire précisément la manière dont une personne pensera, ressentira ou se comportera.

L’étude a réuni les données de 46 groupes de participants. L’analyse la plus large a porté sur environ 1,14 million de personnes. Les équipes ont recherché des variations génétiques associées à cinq grandes dimensions de la personnalité, souvent utilisées en psychologie :

  • l’extraversion ;
  • l’agréabilité, c’est-à-dire la tendance à être coopératif, chaleureux ou empathique ;
  • le caractère consciencieux, lié notamment à l’organisation et à la rigueur ;
  • le neuroticisme, qui renvoie à une plus grande sensibilité aux émotions négatives ;
  • l’ouverture à l’expérience, associée entre autres à la curiosité et à l’intérêt pour la nouveauté.

Les scientifiques ont identifié 1 260 variations génétiques liées à ces traits, dont 824 n’avaient pas été associées auparavant à la personnalité. Ce résultat ne signifie pas qu’il existe un gène de l’extraversion, de la gentillesse ou de l’anxiété. Chaque variation ne produit qu’un effet infime.

Les chercheurs ont repéré de nombreuses associations génétiques, mais aucune ne permet de lire la personnalité d’un individu dans son ADN.

Michel Nivard, épidémiologiste généticien à l’université de Bristol, au Royaume-Uni, l’explique à ScienceAlert : « Si nous voulions connaître la personnalité d’une personne à l’échelle individuelle, la génétique n’est pas vraiment une voie fructueuse ; nous pouvons simplement mesurer la personnalité et obtenir une image très claire. Les gènes n’ajouteraient rien à cela. »

Une influence génétique limitée à l’échelle individuelle

Les résultats donnent une idée plus précise du poids de l’hérédité. Selon Michel Nivard, les variations génétiques étudiées expliquent environ 7,4 % à 10,6 % des différences individuelles observées dans les cinq grands traits de personnalité.

Ce chiffre ne décrit pas le destin d’une personne. Il mesure une tendance statistique dans une population. Lorsque les chercheurs ont essayé de prédire la personnalité de groupes séparés à partir des seules informations génétiques, leurs modèles expliquaient moins de 4 % des différences observées.

Autrement dit, l’ADN apporte des indices à l’échelle d’un très grand nombre de personnes, pas un portrait psychologique fiable pour chaque individu.

Une prédisposition génétique n’est pas une trajectoire obligatoire : l’environnement, les expériences et la culture pèsent lourd dans la construction de chacun.

Michel Nivard insiste sur ce point : « Nos gènes influencent clairement nos prédispositions en matière de personnalité. Nous pouvons rendre compte d’une partie de ces effets génétiques, mais il existe aussi clairement des causes environnementales substantielles qui expliquent collectivement la majorité des différences individuelles. »

Pourquoi les vrais jumeaux restent différents

Les vrais jumeaux partagent presque tout leur ADN. Pourtant, ils n’occupent jamais exactement la même place dans le monde. Ils peuvent vivre des relations distinctes, développer des amitiés différentes, traverser des réussites ou des difficultés qui leur sont propres.

Le cadre familial commun ne suffit donc pas à produire deux personnalités identiques. L’école, les rencontres, les loisirs, les habitudes, les événements de vie et la façon dont chacun interprète son expérience participent à cette différenciation progressive.

Les chercheurs ont aussi comparé des frères et sœurs, ainsi que des jumeaux non identiques. Ces personnes partagent une partie de leur environnement familial tout en héritant de combinaisons génétiques différentes. Les effets génétiques relevés au sein des familles ressemblaient fortement à ceux observés entre personnes sans lien de parenté.

L’agréabilité varie aussi selon les cultures

Un résultat a retenu l’attention des scientifiques : les liens génétiques liés à l’agréabilité étaient moins cohérents d’un groupe étudié à l’autre. Ce trait recouvre la bienveillance, l’empathie, l’honnêteté, l’esprit de coopération ou l’attention portée aux autres.

Michel Nivard estime que cette dimension ne mesure pas forcément exactement la même chose selon les cultures, les générations et les questionnaires employés. Un test peut mettre l’accent sur la politesse, un autre sur l’entraide ou la franchise. Les normes sociales peuvent aussi modifier la façon dont les personnes se décrivent elles-mêmes.

Ce constat rappelle qu’un questionnaire de personnalité ne capte pas une vérité absolue. Il propose une photographie partielle, influencée par les questions posées et par le contexte dans lequel une personne répond.

Ce que cette recherche change en France

En France, les tests génétiques destinés à connaître ses origines ou ses caractéristiques personnelles sont strictement encadrés. En dehors d’un cadre médical, scientifique ou judiciaire prévu par la loi, ils ne peuvent pas être librement réalisés. Cette recherche ne fournit donc aucun argument en faveur d’un test ADN permettant de connaître son tempérament.

Les résultats vont dans le sens inverse d’une lecture déterministe de la génétique. Ils montrent que connaître des variations d’ADN ne permet pas d’établir le profil psychologique d’une personne, ni de prévoir avec certitude ses choix, ses relations ou sa santé mentale.

Pour apprécier sa personnalité, les outils employés en psychologie reposent d’abord sur des questionnaires validés et sur l’analyse des comportements. Ils ne remplacent pas un accompagnement médical ou psychologique lorsque quelqu’un souffre d’anxiété, de dépression ou de difficultés relationnelles persistantes.

Des liens possibles avec la santé et les comportements

Les auteurs de l’étude estiment que la génétique peut aider à mieux comprendre les liens globaux entre personnalité, comportements et santé. Ils ont notamment observé une association génétique entre l’extraversion et le risque d’infection par le Covid-19 pendant les premières années de la pandémie. Cette association pourrait refléter une plus grande recherche de contacts sociaux chez les personnes les plus extraverties.

Une association statistique ne prouve pas qu’un trait de caractère provoque directement une maladie ou un comportement. Elle sert surtout à poser de nouvelles questions de recherche. Les conditions de vie, le travail, l’accès aux soins, l’entourage et les choix individuels restent des facteurs déterminants.

Michel Nivard met enfin en garde contre une interprétation trop rapide des résultats : « Je détesterais que les gens retiennent que la génétique grave leur personnalité dans le marbre, ou que leur personnalité individuelle peut être mesurée à partir de leur génome. »

Les vrais jumeaux en apportent sans doute l’illustration la plus concrète : partager une base biologique très proche n’empêche ni les différences de caractère, ni les chemins de vie singuliers.

Questions fréquentes

Si les vrais jumeaux ont le même ADN, pourquoi ne sont-ils pas identiques en personnalité ?

Les vrais jumeaux partagent leur ADN mais vivent des expériences distinctes : relations différentes, amitiés variées, événements de vie propres et interprétations personnelles. L'école, les loisirs, les rencontres et les habitudes de chacun contribuent à une différenciation progressive de leur personnalité malgré un patrimoine génétique quasi identique.

Peut-on vraiment connaître la personnalité d'une personne grâce à son ADN ?

Non. Selon Michel Nivard, la génétique n'est pas une voie fructueuse pour prédire la personnalité à l'échelle individuelle. Les variations génétiques identifiées expliquent moins de 4 % des différences observées lorsqu'on essaie de prédire le profil psychologique d'une personne.

Quel pourcentage de notre personnalité est déterminé par nos gènes ?

Les variations génétiques étudiées expliquent environ 7,4 à 10,6 % des différences individuelles dans les cinq grands traits de personnalité. Cela signifie que l'environnement, les expériences et la culture expliquent collectivement la majorité des différences individuelles.

Pourquoi l'agréabilité varie-t-elle selon les cultures ?

Le trait d'agréabilité recouvre plusieurs dimensions (bienveillance, empathie, honnêteté, coopération) qui ne sont pas mesurées de la même façon dans toutes les cultures. Les normes sociales peuvent modifier la façon dont les personnes se décrivent, et les tests mettent l'accent sur des aspects différents selon le contexte.

En France, peut-on faire un test ADN pour connaître sa personnalité ?

Non. Les tests génétiques sont strictement encadrés en France et ne peuvent être réalisés que dans un cadre médical, scientifique ou judiciaire. De plus, cette recherche démontre qu'aucun test ADN ne pourrait fiablement prédire la personnalité d'une personne.
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