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Les chercheurs sont unanimes : payer quelqu’un pour faire ces tâches rend plus heureux, mais presque personne ne le fait

Au Canada et en Europe, une équipe de chercheurs montre qu’acheter du temps en payant pour certaines corvées rend plus heureux, même si très peu de gens y recourent.

Une étude internationale menée par l’Université de la Colombie-Britannique au Canada et la Harvard Business School, relayée par le média public canadien CBC, montre que dépenser un peu d’argent pour se libérer de tâches pénibles augmente le niveau de bonheur, davantage que l’achat d’objets. Pourtant, même parmi ceux qui ont les moyens, une minorité seulement choisit d’« acheter du temps ».

Acheter du temps rend plus heureux que s’acheter des objets

L’étude, publiée en 2017 dans la revue scientifique américaine Proceedings of the National Academy of Sciences, a été conduite principalement au Canada, puis élargie à d’autres pays, dont les États-Unis et plusieurs pays européens. Les chercheurs ont voulu comparer deux usages très concrets d’une même somme d’argent : s’offrir un bien matériel ou payer pour éviter une corvée.

À Vancouver, 60 personnes ont reçu 40 dollars à dépenser sur deux week-ends différents. Le premier week-end, elles devaient acheter un objet matériel de leur choix. Les participants ont parlé, par exemple, d’une bonne bouteille de vin, de vêtements ou de jeux de société. Leur niveau de bien-être a ensuite été mesuré.

Le week-end suivant, la consigne change : la même somme doit cette fois servir à « gagner du temps ». Les volontaires peuvent, par exemple, prendre un taxi plutôt que les transports en commun, payer quelqu’un pour tondre la pelouse ou confier des courses à un voisin.

Résultat : les chercheurs constatent que les participants se sentent nettement plus heureux après avoir payé pour se débarrasser d’une tâche pénible qu’après avoir acheté un objet.

Selon la professeure de psychologie Elizabeth Dunn, de l’Université de la Colombie-Britannique, qui signe l’étude, ces dépenses « achètent » en réalité une chose cruciale : un répit dans le stress du quotidien.

Un bouclier contre le « stress temporel »

Les auteurs parlent de « stress lié au manque de temps », ce sentiment d’être constamment pressé, de courir après les heures sans jamais en avoir assez. Elizabeth Dunn explique que ce stress pèse sur le bonheur jour après jour, même chez les personnes qui ne manquent pas forcément d’argent.

Aller à un supermarché plus proche, quitte à payer un peu plus cher, rentrer en taxi un soir de fatigue, déléguer ponctuellement le ménage ou la tonte du jardin : autant de petites décisions qui réduisent ce stress et améliorent le bien-être ressenti.

Les chercheurs soulignent qu’il ne s’agit pas de réserver ce type de dépenses aux très riches. Dans l’expérience, 40 dollars suffisent déjà à produire un gain mesurable de satisfaction. Et, dans la vie courante, les rares personnes qui s’offrent régulièrement ce genre de services y consacrent en moyenne entre 80 et 100 dollars par mois, selon Elizabeth Dunn.

« Même si vous n’êtes pas couvert d’argent, utiliser un peu d’argent pour vous débarrasser de tâches que vous détestez peut être une décision assez intelligente », souligne la chercheuse, citée par CBC.

Pourquoi, alors, presque personne ne le fait ?

Malgré ces bénéfices, la plupart des sondés n’emploient quasiment jamais leur argent pour gagner du temps. À Vancouver, seulement 2 % des participants déclaraient spontanément qu’ils utiliseraient de l’argent pour se libérer de tâches qu’ils n’aiment pas.

Les chercheurs ont notamment interrogé 850 millionnaires aux Pays-Bas. Là encore, près de la moitié d’entre eux ne paient pas pour externaliser leurs tâches les plus détestées, alors qu’ils en ont largement les moyens.

La culpabilité, un frein puissant

Pourquoi une telle réticence ? L’équipe d’Elizabeth Dunn avance une hypothèse : la culpabilité. Beaucoup de gens pensent qu’ils « devraient » faire eux-mêmes ce qu’ils sont techniquement capables de faire. Faire le ménage, cuisiner, tondre la pelouse ou aller faire les courses restent associés à une forme de devoir personnel, même pour ceux qui disposent d’un budget confortable.

« Les gens peuvent se dire : “Je peux le faire, donc je dois le faire.” Notre recherche veut aider à briser cette idée culturelle, qui n’est peut-être pas très fondée », résume la psychologue.

Les chercheurs prévoient d’ailleurs un travail complémentaire pour comprendre plus finement ces freins psychologiques et mesurer l’impact de variables comme l’âge, le genre, l’origine ou la culture sur ces choix de dépenses.

Une minorité investit régulièrement dans les services gain de temps

Au-delà de l’expérience de Vancouver, l’équipe a interrogé 6 000 personnes au Canada, aux États-Unis et en Europe, disposant d’un peu de revenu disponible, c’est-à-dire d’argent restant une fois les dépenses essentielles payées.

Ceux qui déclarent dépenser de l’argent pour gagner du temps en tirent un bénéfice clair en termes de bien-être. Ils ne représentent pourtant qu’une minorité. Le plus souvent, ces personnes recourent à :

  • des services de ménage occasionnels ou réguliers ;
  • la livraison de courses ou de repas ;
  • des déplacements en taxi ou en voiture avec chauffeur plutôt qu’en transport en commun ;
  • la sous-traitance de petits travaux domestiques (jardinage, bricolage simple, courses diverses).

Les chercheurs insistent : l’effet positif apparaît même lorsque les montants restent modestes. Ce n’est pas tant la somme globale qui compte que le fait de cibler des tâches réellement pesantes pour la personne.

Ce que dit cette étude aux Français

En France, les services à la personne occupent un rôle proche de ce que décrivent les chercheurs nord-américains. Ils regroupent par exemple l’aide ménagère, la garde d’enfants à domicile, le soutien scolaire, le jardinage ou encore de petits travaux.

Ces services peuvent être fournis par des entreprises, des associations ou des particuliers employeurs. L’État français encourage une partie de ces dépenses via un avantage fiscal, souvent appelé « crédit d’impôt pour l’emploi d’un salarié à domicile », qui réduit le coût final pour le foyer. L’objectif officiel est notamment de soutenir l’emploi local, mais la logique rejoint en partie le constat de l’étude : déléguer certaines tâches libère du temps.

Type de dépense Exemple en Amérique du Nord Équivalent courant en France
Transport Taxi au lieu des transports en commun VTC ou taxi pour rentrer plus vite chez soi
Ménage Service ponctuel de nettoyage Aide ménagère via une entreprise ou une association
Courses « Voisin » payé pour faire des courses Livraison de courses à domicile
Jardinage Personne rémunérée pour tondre la pelouse Jardinier ou service de jardinage à domicile

Pour un lecteur français, la question devient très concrète : vaut-il mieux consacrer un petit budget à un nouvel objet ou à deux heures de ménage en moins, un trajet plus rapide ou une soirée sans courses à faire ? L’étude citée par CBC suggère clairement que le second choix apporte davantage de bien-être.

Comment identifier les tâches à externaliser en priorité

Les chercheurs ne donnent pas de liste universelle, car chaque personne déteste des tâches différentes. Ils invitent plutôt à repérer ce qui, dans une semaine type, génère le plus de frustration pour un coût de temps élevé.

  • Noter pendant plusieurs jours les moments où l’on se sent le plus pressé ou irrité par une tâche.
  • Estimer approximativement le temps passé sur chacune de ces corvées.
  • Évaluer combien il en coûterait de les confier ponctuellement à quelqu’un d’autre.
  • Tester un petit changement avec un budget limité, comme dans l’expérience des 40 dollars.
  • Cette démarche permet d’orienter la dépense vers ce qui aura le plus d’impact psychologique, plutôt que d’acheter au hasard un service qui n’allégera pas vraiment la charge mentale.

    Un changement de regard sur l’argent et le temps

    Derrière ces expériences, les chercheurs touchent à une question plus large : à quoi sert l’argent une fois les besoins de base satisfaits ? Leurs résultats suggèrent qu’une part de ce revenu pourrait être utilisée non pas pour accumuler des biens, mais pour racheter du temps sur les tâches vécues comme les plus pesantes.

    Pour beaucoup de foyers, l’idée de payer pour une corvée se heurte à des normes culturelles bien ancrées, ou à la crainte d’être jugés paresseux. L’étude menée au Canada, aux États-Unis et en Europe indique pourtant que, lorsque les personnes franchissent ce pas, elles s’en portent généralement mieux.

    À terme, ce type de recherche pourrait alimenter les débats sur l’organisation du travail, le temps libre et la qualité de vie. Il interroge aussi les politiques publiques de soutien aux services à domicile, qui ne jouent pas seulement sur l’emploi, mais aussi sur la façon dont chacun gère cet équilibre fragile entre temps, argent et bien-être.

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