HGlycee.fr

Des scientifiques ouvrent 22 caisses scellées depuis 1957 : 10 000 objets anciens et un squelette humain conservé à l’intérieur

Photographie d'une caisse archéologique ouverte contenant des fragments de céramique ancienne noire et peinte, des sceaux en pierre gravés et des petits objets en cuivre et ivoire, stockés dans les réserves universitaires.

En Inde, des caisses issues d’une fouille archéologique menée en 1957 viennent d’être rouvertes, révélant un vaste trésor oublié.

À l’université Banaras Hindu University, dans la ville de Varanasi au nord de l’Inde, des chercheurs ont relancé l’étude d’un ancien chantier de fouilles en s’attaquant à 22 caisses restées intactes depuis la fin des années 1950. Selon le média spécialisé The Daily Galaxy, ces conteneurs renfermaient des milliers d’objets archéologiques provenant du site de Rajghat, mais aussi un squelette humain désormais au centre d’un ambitieux projet d’analyses génétiques.

Un trésor archéologique oublié dans les réserves de Varanasi

Les caisses proviennent d’une grande fouille menée à partir de 1957 à Rajghat, près de la confluence des rivières Ganga et Varana, dans la région de Varanasi. Elles dormaient depuis des décennies dans les collections de la Banaras Hindu University, une importante université publique indienne. Les chercheurs ont relancé leur inventaire à la fin de l’été 2026, dans le cadre d’un vaste projet de revalorisation des collections anciennes.

Rien que dans ces 22 caisses, les équipes ont recensé plus de 10 000 artefacts. On y trouve notamment une vaisselle très ancienne appelée « céramique noire peinte », datée d’environ trois mille ans, mais aussi des sculptures, des pièces de monnaie, des outils, des sceaux et divers objets en cuivre, en ivoire et en os.

Les 22 caisses renferment plusieurs dizaines de milliers d’objets, témoins d’occupations vieilles d’environ trois millénaires sur le site de Rajghat.

Selon les informations rapportées par The Daily Galaxy à partir des annonces officielles de l’université, ces collections n’étaient pas totalement inconnues. Une partie avait déjà été étudiée et les rapports de fouille étaient accessibles. La nouveauté vient de la volonté de mener, pour la première fois, une documentation systématique de l’ensemble du matériel et de l’ouvrir plus largement à la communauté scientifique.

Rajghat, ancienne capitale et grande ville de l’Inde du Nord

Situé près du Gange, Rajghat occupe une place particulière dans l’histoire de Varanasi, l’une des villes habitées parmi les plus anciennes du monde. L’archéologue Vidula Jaiswal, qui a longtemps travaillé à la Banaras Hindu University, rattache ce site à l’ancienne capitale du Kashi Janapada, une unité politique territoriale de l’Inde antique.

Les premières grandes fouilles à Rajghat ont été conduites par l’archéologue A. K. Narain et ses collègues à partir de 1957. Pendant douze ans, ils ont exploré trois buttes, en atteignant des couches très profondes. À la base, ils ont mis au jour une catégorie de céramique dite « pré-Northern Black Polished Ware », associée à une phase ancienne de l’âge du fer dans la région.

Ce niveau a permis de situer les débuts de l’occupation du site aux alentours de 800 avant notre ère. Dans les années 2000, Vidula Jaiswal et l’archéologue B. R. Mani sont revenus sur ces couches profondes pour vérifier la chronologie. Des analyses scientifiques supplémentaires ont conforté cette datation autour de 800 av. J.-C. pour les niveaux les plus anciens.

Les archéologues ont, depuis, découpé l’histoire de Rajghat en plusieurs périodes culturelles, qui s’étendent jusqu’au Moyen Âge. L’un des éléments les plus marquants de ces découvertes reste la quantité impressionnante de sceaux et d’empreintes de sceaux mis au jour.

Certains sceaux portent le nom de Varanasi et d’autres des inscriptions grecques ou en brahmi, reliant directement Rajghat à l’ancienne ville et à des réseaux administratifs complexes.

Mahesh Prasad Ahirwar, responsable du département d’Histoire de l’Inde ancienne, culture et archéologie à la Banaras Hindu University, a indiqué qu’une part de ces sceaux mentionne des noms d’unités administratives ou de responsables, preuve d’un fonctionnement urbain structuré.

Un squelette humain au cœur d’une étude génétique historique

Au milieu des milliers d’objets, un élément se détache : un squelette humain entier, extrait lors des fouilles de Rajghat et conservé dans l’une des caisses. C’est lui qui concentre aujourd’hui les attentes les plus fortes des chercheurs.

Dans une annonce officielle, la Banaras Hindu University explique que des spécialistes ont prélevé des échantillons sur ces restes pour extraire de l’ADN ancien. L’objectif est de mener des études génétiques et bio-archéologiques sur cette personne, qui serait âgée d’environ mille ans, même si cette estimation doit encore être confirmée.

Ce squelette devrait permettre de mieux comprendre l’origine, l’âge et le mode de vie d’un habitant de la vallée moyenne du Gange il y a plusieurs siècles.

D’après Mahesh Prasad Ahirwar, les techniques modernes de prélèvement et d’analyse de l’ADN peuvent fournir des informations sur l’ascendance des individus, leurs déplacements éventuels, mais aussi certains aspects de leur santé et de leur quotidien. Pour l’instant, aucun résultat scientifique précis n’est communiqué : il s’agit d’un programme de recherche en cours, fondé sur ce squelette resté intact dans les réserves pendant des décennies.

L’université insiste sur le fait que, si les collections avaient déjà été partiellement consultées, le squelette, lui, apparaît comme l’élément vraiment étudié pour la première fois dans ce cadre.

Des milliers de photos et de plaques de verre sauvées de l’oubli

Les caisses ne recelaient pas uniquement des objets matériels. Les chercheurs ont aussi exhumé un vaste fonds photographique. Près de 3 000 plaques de verre et plus de 5 000 négatifs ont été retrouvés, documentant plusieurs grands sites archéologiques indiens : Rajghat, mais aussi Manjhi, Ratnagiri, Ajanta ou encore Ellora.

Ces images montrent sculptures, temples et scènes religieuses tels qu’ils apparaissaient il y a plusieurs décennies. Elles constituent une ressource majeure pour suivre l’état des monuments ou des œuvres, parfois avant des restaurations ou des dégradations.

Face à l’urgence, trois équipes spécialisées ont été mobilisées pour conserver et numériser ces documents, ainsi que les objets. Les coffres qui les contenaient étaient eux-mêmes en mauvais état, selon Ahirwar, ce qui faisait peser un risque réel sur l’intégrité des collections.

  • Conservation d’objets archéologiques fragiles (céramiques, os, ivoire).
  • Restauration et numérisation de plaques de verre et de négatifs.
  • Inventaire détaillé et description scientifique de chaque pièce.

Le projet de documentation a débuté en janvier, à l’occasion du centenaire du département. Au moment où le rapport relayé par The Daily Galaxy a été publié début septembre 2026, environ 4 000 artefacts avaient déjà été enregistrés. L’université prévoit aussi la création d’un musée pour présenter ces collections au public et faciliter l’accès des chercheurs.

Ce que ce type d’étude apporte à la compréhension des sociétés anciennes

L’analyse conjointe des objets et du squelette humain peut apporter une vision particulièrement fine d’une société passée. Les objets permettent de reconstituer l’économie, les échanges, les pratiques religieuses. Les sceaux et leurs inscriptions renseignent sur l’organisation politique et administrative.

Les ossements, associés à la génétique, complètent ce tableau en donnant accès à des informations personnelles : régime alimentaire, éventuelles pathologies, habitudes de vie ou encore mélange d’origines au sein de la population. La combinaison de ces données permet de replacer un individu concret dans la trame plus large de l’histoire urbaine de Rajghat.

Les analyses d’ADN ancien restent toutefois délicates. Elles exigent des laboratoires très contrôlés pour éviter les contaminations et un travail de comparaison avec d’autres génomes, anciens ou actuels. Dans bien des cas, seule une fraction de l’information génétique est récupérable. Les chercheurs progressent par petites touches, en complétant d’autres sources comme la céramique, les monnaies ou les textes gravés.

Quelle place pour ce type de recherches en France ?

En France, plusieurs institutions mènent des travaux comparables sur des ensembles archéologiques anciens et sur l’ADN des populations du passé. L’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) fouille notamment des sites sur tout le territoire, puis confie l’étude des collections à des laboratoires spécialisés. Le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) coordonne, lui, de nombreux projets associant archéologues, généticiens et anthropologues.

Lorsqu’un squelette est mis au jour en contexte archéologique, il peut faire l’objet d’analyses d’anthropologie biologique et, dans certains cas, d’études génétiques. Les spécialistes examinent alors l’âge au décès, le sexe, les traces de maladies ou de traumatismes. Si l’ADN se conserve suffisamment, il sert à comparer les populations anciennes entre elles, voire à étudier leurs liens avec les habitants actuels d’une région.

Les collections anciennes conservées dans les réserves de musées ou d’universités françaises font aussi l’objet, depuis quelques années, de nouveaux inventaires. Les institutions cherchent à numériser catalogues et photographies, à réexaminer des lots d’objets déjà fouillés et parfois à lancer de nouvelles analyses sur des restes et des artefacts stockés depuis des décennies, comme à Rajghat.

Pourquoi la redécouverte de ces caisses indiennes compte au-delà de l’Inde

Pour un lecteur français, l’exemple de Rajghat illustre ce qui peut se cacher dans les réserves d’un musée ou d’une université. Les grandes campagnes de fouilles menées au XXe siècle ont parfois laissé derrière elles des quantités énormes de matériel peu étudié, faute de moyens ou de temps. Le cas de ces 22 caisses montre qu’un retour sur ces collections, avec les méthodes actuelles, peut bouleverser la connaissance d’un site.

L’étude en cours du squelette, même si les résultats ne sont pas encore connus, s’inscrit dans un mouvement international qui combine archéologie de terrain, relecture des archives et sciences du vivant. À Rajghat, la confrontation des objets, des photographies anciennes et de la génétique devrait, à terme, offrir un portrait plus nuancé de cette grande ville indienne, occupée sans interruption depuis près de trois millénaires.

Questions fréquentes

Pourquoi ces caisses sont-elles restées fermées si longtemps ?

Les caisses dormaient depuis des décennies dans les collections de l'université après la grande fouille de Rajghat menée à partir de 1957. Bien qu'une partie du matériel avait déjà été étudiée, les chercheurs ont relancé leur inventaire à la fin de l'été 2026 pour mener une documentation systématique complète dans le cadre d'un vaste projet de revalorisation des collections.

Quel est l'intérêt du squelette humain découvert ?

Le squelette, âgé d'environ mille ans, est au centre d'un ambitieux programme d'analyses génétiques et bio-archéologiques. Les techniques modernes d'extraction d'ADN ancien permettront de comprendre l'ascendance, les déplacements, la santé et le mode de vie d'un habitant de la vallée moyenne du Gange il y a plusieurs siècles.

Qu'est-ce que Rajghat et pourquoi est-ce important ?

Rajghat, situé près de la confluence du Gange et de la Varana, est une ancienne capitale et grande ville de l'Inde du Nord. L'archéologue Vidula Jaiswal la rattache au Kashi Janapada, une unité politique territoriale de l'Inde antique. Les fouilles ont montré que le site était occupé depuis environ 800 avant notre ère.

Que représentent les plaques de verre retrouvées ?

Près de 3 000 plaques de verre et 5 000 négatifs photographiques documentent plusieurs grands sites archéologiques indiens, dont Rajghat, Manjhi, Ratnagiri, Ajanta et Ellora. Ces images constituent une ressource majeure pour suivre l'évolution des monuments et des sculptures au cours des décennies et sont en cours de numérisation d'urgence.

Comment l'université envisage-t-elle de partager ces découvertes ?

L'université prévoit la création d'un musée pour présenter les collections au public et faciliter l'accès des chercheurs. Trois équipes spécialisées ont été mobilisées pour la conservation, la restauration et la numérisation de tous les objets et documents, avec environ 4 000 artefacts déjà enregistrés.
Défiler vers le haut