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Un palais de 2 800 ans découvert en Éthiopie : les chercheurs estiment qu’il atteignait 19 étages, l’un des premiers « gratte-ciel » du monde

Dans le nord de l’Éthiopie, des archéologues révèlent qu’un palais vieux de près de 2 800 ans aurait pu s’élever sur un nombre d’étages inattendu.

Une nouvelle étude sur le site antique de Yeha, dans le nord de l’Éthiopie, décrit un palais monumental dont la structure aurait été capable de supporter jusqu’à 19 niveaux. Ce travail, relayé par le média anglophone spécialisé All That’s Interesting, bouscule l’idée selon laquelle les « gratte-ciel » seraient une invention strictement moderne en acier et en béton.

Un « gratte-ciel » de l’âge du fer au cœur des hauts plateaux éthiopiens

Le palais étudié, connu sous le nom de Grat Be’al Gibri, se trouve à Yeha, un site antique majeur d’Afrique de l’Est. Les chercheurs estiment que ce bâtiment était déjà en usage vers 800 avant notre ère, soit environ 2 800 ans en arrière.

Ce complexe est considéré comme la plus grande structure de son type connue pour le début du premier millénaire avant notre ère dans le sud de la péninsule Arabique et le nord-est de l’Afrique. Il s’inscrit dans une région alors marquée par des échanges intenses entre les royaumes d’Arabie du Sud et les sociétés des hauts plateaux éthiopiens.

Selon la nouvelle étude, les murs de Grat Be’al Gibri étaient théoriquement capables de soutenir un édifice de 16 à 19 étages, un niveau comparable, en hauteur, à un immeuble moderne de grande taille.

Le site de Yeha est connu des historiens depuis longtemps. Les premières recherches datent de 1906. Dans les années 1970, des fouilles ont mis au jour le rez-de-chaussée du palais et son entrée monumentale. Ces investigations ont révélé la puissance architecturale d’une élite locale capable de coordonner des chantiers colossaux sans acier ni béton.

Un palais gigantesque posé sur un podium monumental

Les dimensions de Grat Be’al Gibri impressionnent encore aujourd’hui. Son empreinte au sol atteignait environ 60 mètres par 60 mètres (environ 200 pieds par 200 pieds), soit un carré monumental, même si seules des portions du niveau inférieur sont conservées.

Le bâtiment reposait sur un vaste podium surélevé haut d’environ 6 mètres. Une telle base créait un effet de surplomb sur le paysage environnant et renforçait la dimension politique et religieuse du lieu, probablement lié à une élite dirigeante ou à un pouvoir royal.

L’entrée du palais se distinguait par :

  • un portail monumental,
  • six piliers en grès d’environ 10 mètres de haut,
  • un large escalier d’accès,
  • des portes de grande taille, marquant clairement le caractère prestigieux du bâtiment.

À partir de ces vestiges, des recherches antérieures avaient déjà conclu que le palais comportait plusieurs niveaux. Des reconstructions virtuelles évoquaient jusqu’à cinq étages principaux, surmontés de trois niveaux en retrait, soit huit niveaux au total.

Les travaux publiés en juillet dans la revue scientifique Heritage revoient à la hausse ces estimations : la structure murale étudiée aurait eu la capacité de supporter un bâti de près du double de cette hauteur.

Des techniques de construction sophistiquées et inédites à Yeha

Pour mesurer le potentiel en hauteur du palais, les chercheurs se sont d’abord penchés sur la façon dont ses murs étaient bâtis. Leur objectif : déterminer combien de charge, donc combien d’étages, ces murs pouvaient supporter sans s’effondrer.

Les parois de Grat Be’al Gibri combinaient plusieurs matériaux :

  • de la pierre pour la masse et la stabilité,
  • un mortier d’argile pour l’assemblage,
  • des poutres en bois intégrées dans l’épaisseur des murs.

Ces poutres étaient taillées dans deux essences locales : l’olivier d’Afrique et le Cordia africana. Les chercheurs soulignent que ces bois présentent une résistance naturelle aux insectes xylophages, notamment aux termites, un atout crucial pour la longévité d’un édifice de grande hauteur en climat tropical.

Les éléments en bois prenaient la forme de sections rectangulaires d’environ 20 à 28 centimètres de longueur et près de 23 centimètres de hauteur. Ils étaient intégrés en couches horizontales successives à l’intérieur même des murs, qui formaient une sorte de « sandwich » pierre-bois-argile. Les différentes couches de poutres s’entrecroisaient, probablement reliées entre elles par des chevilles en bois, retrouvées sur le site.

Ce choix d’installer des couches de bois à l’horizontale dans l’épaisseur des murs se distingue des autres systèmes muraux antiques étudiés dans la région. Il témoigne d’une tradition de construction très aboutie et propre aux bâtisseurs de Yeha.

La modélisation virtuelle qui bouscule les idées reçues

Pour tester la solidité de cette architecture, l’équipe a eu recours à une modélisation virtuelle en trois dimensions de l’édifice. Ce modèle intégrait différents paramètres : propriétés mécaniques probables de la pierre et du bois, qualité variable du mortier, répartition du poids entre les murs porteurs et les niveaux supérieurs.

En faisant varier ces paramètres, les chercheurs ont calculé la charge maximale que pouvaient encaisser les murs sans s’effondrer. Les résultats montrent que la structure aurait pu soutenir un bâtiment de 16 à 19 étages, soit le double des reconstructions proposées jusque-là.

Les auteurs restent prudents : ces résultats ne signifient pas que le palais atteignait réellement cette hauteur. Aucun vestige direct n’atteste l’existence de 19 niveaux. Les archéologues parlent d’une capacité théorique, liée aux performances des murs, et non d’une mesure précise de la hauteur originale.

Cette étude met plutôt en évidence le degré de maîtrise technique atteint par les bâtisseurs de Yeha il y a près de 28 siècles. Ils étaient capables de concevoir une structure qui, en termes de potentiel, s’apparente à un immeuble de grande hauteur, bien avant l’apparition des gratte-ciel modernes en acier et en béton au tournant du XXe siècle.

Ce que révèle Grat Be’al Gibri sur les anciennes sociétés d’Afrique de l’Est

Un bâtiment de cette ampleur ne se résume pas à une prouesse d’ingénierie. Il suppose une société structurée, dotée :

  • d’élites capables de mobiliser une main-d’œuvre importante sur de longues durées,
  • de savoir-faire artisanaux spécialisés (taille de pierre, charpente, gestion du bois),
  • d’un système d’approvisionnement pour acheminer la pierre et le bois en quantité,
  • d’une organisation politique ou religieuse pour justifier un tel chantier.

Le podium surélevé, l’entrée monumentale et la taille même du complexe suggèrent que Grat Be’al Gibri jouait un rôle central, peut-être à la fois administratif, rituel et résidentiel pour une élite. Sa hauteur potentielle renforçait ce statut, visible à grande distance.

Pour les historiens, ces résultats invitent à reconsidérer la place des sociétés d’Afrique de l’Est dans l’histoire de l’architecture monumentale. L’idée d’un « retard » systématique par rapport au Proche-Orient ou à la Méditerranée apparaît de moins en moins pertinente à mesure que les recherches progressent.

Un parallèle avec les grandes constructions historiques en France

Pour un lecteur en France, l’échelle évoquée — jusqu’à 19 étages possibles — dépasse celle des architectures traditionnelles de pierre ou de bois connues dans l’Hexagone avant l’ère industrielle. Les grandes cathédrales gothiques, par exemple, impressionnent par la hauteur de leurs voûtes, mais elles ne sont pas structurées en niveaux habitables superposés sur des dizaines de mètres.

En France, les premiers immeubles de grande hauteur au sens moderne du terme apparaissent au XXe siècle, avec l’usage du béton armé et de l’acier. Les bâtiments médiévaux ou modernes de plusieurs niveaux, comme certains beffrois, donjons ou hôtels particuliers urbains, restent à une échelle bien inférieure à celle envisagée pour Grat Be’al Gibri.

La comparaison met en lumière une différence importante : à Yeha, la hauteur potentielle repose sur un système mixte pierre-bois-argile, sans armature métallique. En France, les bâtiments actuels dépassant une certaine hauteur relèvent d’un cadre réglementaire spécifique pour la sécurité et utilisent des matériaux normalisés, ce qui n’a évidemment aucun équivalent dans l’architecture de l’âge du fer en Éthiopie.

Comment fonctionnait ce mélange pierre et bois dans les murs ?

Pour un public actuel, la présence de bois en grande quantité dans les murs porteurs d’un palier aussi haut peut surprendre. Les chercheurs montrent pourtant que cette combinaison offrait plusieurs avantages :

  • le bois répartit les charges et limite les fissures dans la maçonnerie,
  • il absorbe une partie des mouvements du sol, ce qui peut améliorer la résistance aux vibrations ou aux tassements,
  • les essences choisies, peu sensibles aux insectes, limitent les risques de dégradation interne.

Cette technique évoque certains systèmes mixtes que l’on retrouve, à plus petite échelle, dans des architectures traditionnelles en Europe ou au Proche-Orient, où des chaînages en bois sont intégrés dans des murs de pierre ou de brique pour en améliorer la cohésion.

Dans le cas de Yeha, la modélisation 3D a permis de tester l’effet combiné de ces éléments et de montrer que l’ajout régulier de couches de bois horizontales augmentait nettement la capacité portante des murs.

Un intérêt scientifique durable pour Yeha et ses palais antiques

Le palais fait l’objet, depuis 2009, d’un projet conjoint éthiopien et allemand visant à mieux comprendre son plan, sa chronologie et ses fonctions. Ce travail s’inscrit dans un ensemble d’études plus larges sur les royaumes anciens des hauts plateaux éthiopiens et leurs liens avec l’Arabie du Sud.

Les chercheurs s’appuient sur :

  • des fouilles stratigraphiques sur le terrain,
  • des analyses de matériaux (pierre, mortier, bois),
  • des reconstitutions virtuelles intégrant les vestiges existants,
  • la comparaison avec d’autres sites régionaux datés de la même période.

La nouvelle étude, basée sur la modélisation structurelle, ajoute une pièce à ce puzzle en montrant jusqu’où pouvaient aller les ambitions des bâtisseurs de Yeha en termes de hauteur. Elle ne ferme pas le débat sur la silhouette réelle du palais, mais donne un ordre de grandeur solide de ce que la structure pouvait encaisser.

Pour les archéologues, ce type d’approche ouvre des perspectives sur d’autres sites anciens mal conservés. En évaluant la capacité portante des murs survivants, il devient possible de mieux estimer la hauteur maximale de bâtiments disparus, sans dépendre uniquement des reconstructions graphiques ou des comparaisons stylistiques.

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