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Pourquoi les moustiques vous piquent plus que les autres : les chercheurs ont identifié 27 signaux et un composé de la peau

Illustration scientifique montrant un moustique femelle en vol détectant les signaux chimiques et thermiques émis par la peau humaine, visualisant les différentes phases du radar sensoriel de l'insecte.

Si vous vous faites littéralement dévorer par les moustiques quand vos proches restent tranquilles, la science commence à expliquer pourquoi.

Des chercheurs suédois et français, cités par le média anglophone The Optimist Daily, ont détaillé comment les moustiques choisissent leurs victimes, dans des études menées notamment en Afrique et en Europe. Leur travail éclaire un phénomène très concret pour les Français : certains profils « sentent » tout simplement plus fort pour ces insectes, à cause de signaux bien précis émis par la peau et la respiration.

Un véritable radar en plusieurs étapes

Les moustiques ne foncent pas au hasard sur le premier humain venu. Les femelles, seules responsables des piqûres, activent un véritable radar sensoriel en plusieurs phases.

Premier déclencheur : le dioxyde de carbone (CO2) que nous exhalons. Les moustiques peuvent le détecter à plusieurs dizaines de mètres. Dès qu’un nuage de CO2 est perçu, l’insecte se met en chasse et remonte la trace.

Quand il se rapproche à une dizaine de mètres, les odeurs corporelles prennent le relais. Le signal du CO2 se combine alors avec celui des composés odorants présents dans l’air autour de notre corps, ce qui aiguise encore l’attraction.

Dans les tout derniers centimètres, une fois la proie quasiment atteinte, d’autres indices s’ajoutent : chaleur de la peau, légère humidité, transpiration. C’est seulement à ce moment-là que le moustique choisit l’endroit exact où se poser et piquer.

CO2, odeurs de la peau, chaleur et humidité : les moustiques passent par plusieurs filtres successifs pour sélectionner leurs cibles.

Vingt-sept composés de la peau qui font la différence

Les humains émettent entre 300 et 1 000 composés odorants différents. L’équipe du chercheur suédois Rickard Ignell a voulu savoir lesquels comptent vraiment pour les moustiques.

Les scientifiques ont travaillé avec des moustiques Aedes aegypti, une espèce qui transmet notamment la dengue et la fièvre jaune, et 42 femmes volontaires. Dans ce dispositif contrôlé en laboratoire, ils ont identifié 27 molécules odorantes vers lesquelles les moustiques se dirigent préférentiellement.

Ces 27 « signaux » sont émis naturellement par la peau humaine. Ils résultent de l’activité des glandes sébacées, de la transpiration, mais aussi du métabolisme de nos bactéries cutanées.

Un composé clé : l’alcool de champignon de la peau

Parmi ces 27 molécules, une se démarque nettement : le 1‑octen‑3‑ol, parfois surnommé « alcool de champignon ». Elle apparaît lors de la dégradation du sébum, l’huile produite en continu par la peau.

Les participantes qui attiraient le plus les moustiques en produisaient davantage. C’était notamment le cas de femmes enceintes au deuxième trimestre, dont la production de ce composé était plus élevée.

Une légère hausse de 1‑octen‑3‑ol dans les odeurs de la peau suffit à rendre une personne beaucoup plus attirante pour les moustiques.

Les chercheurs ont été surpris par le niveau de sensibilité de l’insecte à cette molécule : de petites variations de concentration suffisent à faire pencher la balance entre deux individus exposés au même environnement.

Idées reçues : ce qui ne joue pas (ou très peu)

Plusieurs croyances tenaces ne résistent pas aux données scientifiques citées par The Optimist Daily. Le groupe sanguin, par exemple, ne semble pas peser sur le risque de piqûre.

Le chercheur français Frédéric Simard, de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), rappelle que l’idée selon laquelle certains groupes sanguins seraient plus attirants « n’a pas de base scientifique solide ». Les rares études en ce sens reposaient sur des échantillons très limités.

Même constat pour la couleur de la peau, des yeux ou des cheveux : ces caractéristiques ne constituent pas, à elles seules, des critères de choix pour le moustique.

Le vrai facteur : les microbes qui vivent sur votre peau

Ce qui pèse réellement, au-delà des molécules identifiées, c’est la composition de votre microbiote cutané, c’est-à-dire l’ensemble des micro-organismes qui vivent sur la peau.

Ces bactéries transforment le sébum et la sueur en une « soupe » de molécules odorantes plus ou moins appétissantes pour l’insecte. Deux personnes exposées au même climat, portant des vêtements comparables et vivant sous le même toit peuvent donc connaître des fortunes totalement différentes face aux piqûres, simplement parce qu’elles n’ont pas le même microbiote.

  • Composition du microbiote différente d’un individu à l’autre
  • Taux variables de 1‑octen‑3‑ol et d’autres composés odorants
  • Facteurs hormonaux, comme la grossesse, qui modifient ces signaux

Pourquoi la bière vous rend soudain irrésistible pour les moustiques

Autre point désormais bien étayé : la consommation de bière vous rend réellement plus attractif pour ces insectes.

Boire de la bière entraîne plusieurs changements physiologiques qui cochent les cases du « radar » des moustiques :

  • augmentation de la température corporelle ;
  • hausse de la quantité de CO2 expirée ;
  • modification des odeurs de la peau.
  • Une étude menée au Burkina Faso a comparé, chez les mêmes volontaires, l’attrait exercé sur les moustiques Anopheles après ingestion de bière puis après ingestion d’eau. Les moustiques, principaux vecteurs du paludisme, se tournaient clairement vers ceux qui avaient bu de l’alcool.

    Une autre étude réalisée en 2023 aux Pays-Bas, sur 465 personnes, a obtenu un résultat similaire : les participants ayant consommé de la bière dans les 24 heures précédentes étaient environ 1,35 fois plus attractifs pour les femelles Anopheles que les autres.

    Un seul facteur comme la bière peut activer simultanément trois signaux que les moustiques utilisent pour nous repérer : chaleur, CO2 et odeur.

    Une urgence sanitaire accrue avec le changement climatique

    Les travaux cités par The Optimist Daily ne relèvent pas de la simple curiosité scientifique. Le réchauffement climatique élargit les zones où les moustiques vecteurs de maladies parviennent à survivre et à se reproduire.

    En Europe, le moustique tigre, principal vecteur du virus chikungunya mais aussi de la dengue, progresse vers le nord. Ce moustique est désormais installé dans une large partie du territoire français. Le virus chikungunya a même été détecté pour la première fois en Alsace l’an dernier.

    Pour les chercheurs, mieux connaître les signaux qui guident les insectes permet de :

    • cibler les personnes les plus à risque (femmes enceintes, gros consommateurs d’alcool, certains profils cutanés) ;
    • concevoir des répulsifs plus efficaces, dirigés contre des molécules comme le 1‑octen‑3‑ol ;
    • adapter les campagnes de prévention dans les zones où ces moustiques s’installent.

    Ce que cela change concrètement pour les Français

    En France, les autorités sanitaires rappellent régulièrement quelques mesures simples pour limiter les piqûres, en particulier dans les départements où le moustique tigre est implanté.

    Les recommandations classiques prennent aujourd’hui un relief nouveau à la lumière de ces travaux :

    • vêtements amples et couvrants : ils créent une barrière physique et limitent les zones de peau accessibles, même si l’odeur reste détectable ;
    • moustiquaires aux fenêtres ou autour du lit, surtout dans les régions les plus exposées ;
    • répulsifs cutanés : en vaporisation ou en lotion, ils visent justement à masquer ou perturber les signaux odorants exploités par l’insecte ;
    • gestion des eaux stagnantes autour des habitations, indispensable pour réduire le nombre de moustiques à la source ;
    • consommation d’alcool limitée, en particulier la bière, lors des soirées estivales en extérieur, où les moustiques sont les plus actifs.

    Les futures formulations de répulsifs pourraient, à terme, cibler plus précisément certaines molécules de la peau ou du microbiote, plutôt que de miser uniquement sur un effet « barrière » général.

    Comprendre quelques notions pour mieux se protéger

    Le microbiote cutané, souvent moins connu que le microbiote intestinal, regroupe toutes les bactéries, champignons et autres micro-organismes installés en surface de la peau. Leur rôle ne se limite pas à la protection contre certaines infections : ils façonnent aussi notre odeur corporelle.

    Un changement d’hygiène, d’alimentation, de climat ou d’état hormonal peut modifier cet équilibre. Par exemple, une grossesse ou un traitement médical peut conduire à produire davantage de certaines molécules comme le 1‑octen‑3‑ol, ce qui augmente l’attrait pour les moustiques.

    Autre notion utile : le dioxyde de carbone expiré augmente avec l’effort physique, le surpoids, la fièvre ou la consommation d’alcool. Une personne essoufflée, qui transpire après un effort ou qui vient de consommer de la bière émet donc simultanément plus de CO2, plus de chaleur et des odeurs cutanées différentes, autant de signaux cumulés pour les moustiques.

    Ces recherches, publiées dans la revue Scientific Reports, servent déjà de base à de nouveaux tests de répulsifs et de pièges olfactifs. L’objectif est de perturber le « conversation » chimique entre l’humain et l’insecte, en bloquant ou en brouillant ces fameux 27 signaux qui, chez certains, transforment chaque soirée d’été en véritable calvaire.

    Questions fréquentes

    Pourquoi certaines personnes se font-elles piquer plus que d'autres ?

    Chaque personne émet une composition unique de molécules odorantes résultant de son microbiote cutané, de son taux de sébum et de ses facteurs hormonaux. Ces variations suffisent à rendre une personne beaucoup plus attractive pour les moustiques qu'une autre.

    Le groupe sanguin influence-t-il vraiment les piqûres de moustiques ?

    Non, selon le chercheur Frédéric Simard, cette croyance n'a pas de base scientifique solide. Les rares études le suggérant reposaient sur des échantillons très limités.

    Pourquoi la bière rend-elle plus attrayant pour les moustiques ?

    La consommation de bière provoque trois changements simultanés : augmentation de la température corporelle, hausse du CO2 expirée et modification des odeurs de la peau. Une étude aux Pays-Bas a montré que les consommateurs de bière sont environ 1,35 fois plus attractifs.

    Qu'est-ce que le 1-octen-3-ol et pourquoi les moustiques le préfèrent ?

    Le 1-octen-3-ol est une molécule produite lors de la dégradation du sébum sur la peau. Les moustiques y sont extraordinairement sensibles, et même de petites variations de concentration suffisent à les attirer davantage vers une personne.

    Comment cette recherche aidera-t-elle à lutter contre les maladies transmises par les moustiques ?

    Ces connaissances permettront de cibler les personnes à risque, de concevoir des répulsifs plus efficaces contre des molécules spécifiques comme le 1-octen-3-ol, et d'adapter les campagnes de prévention dans les zones d'implantation du moustique tigre.
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