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Des scientifiques mesurent l’activité cérébrale de médiums en transe : ce qu’ils observent ne ressemble ni au repos ni à une maladie psychiatrique

Des scientifiques mesurent l'activité cérébrale de médiums en transe : ce qu'ils observent ne ressemble ni au repos ni à une maladie psychiatrique

Au Brésil, une petite étude s’est intéressée à l’activité cérébrale de femmes disant entrer volontairement en transe médiumnique.

Menée à Campo Grande, au Brésil, cette recherche publiée en février 2026 dans la revue scientifique Psychiatry Research: Neuroimaging compare l’activité électrique du cerveau de pratiquantes du spiritisme à celle de femmes priant silencieusement. Les résultats restent préliminaires, mais ils font apparaître des différences dans la façon dont certaines zones cérébrales se synchronisent.

Une expérience menée auprès de 28 femmes

L’équipe scientifique a recruté 28 participantes dans des centres spirites locaux. Quatorze d’entre elles déclaraient pratiquer régulièrement la médiumnité depuis au moins cinq ans. Les quatorze autres fréquentaient les mêmes lieux de culte et partageaient des convictions proches, sans affirmer transmettre des messages attribués à des esprits.

Avant l’expérience, toutes ont rempli un questionnaire sur les expériences dites inhabituelles. Il portait notamment sur les sensations de sortie du corps, les intuitions jugées inexplicables ou la perception présumée d’entités. Les participantes se présentant comme médiums ont rapporté davantage de ce type d’expériences que le groupe témoin.

Les deux groupes ont d’abord gardé les yeux fermés, assis dans une pièce faiblement éclairée, durant sept minutes. Cette étape devait fournir un point de comparaison correspondant à une phase de repos.

Les consignes ont ensuite différé :

  • les médiums devaient entrer dans un état de transe et parler à voix haute ;
  • les participantes du groupe témoin écoutaient la séance tout en priant silencieusement ;
  • l’activité cérébrale était enregistrée durant ces deux situations grâce à des électrodes placées sur le cuir chevelu.

Les participantes en transe ne dormaient pas et restaient assises, tout en produisant un discours à voix haute pendant les mesures.

Ce que mesure réellement l’électroencéphalogramme

L’électroencéphalogramme, souvent désigné par le sigle EEG, capte les signaux électriques produits à la surface du cerveau. Il ne permet pas de lire les pensées ni de démontrer l’origine d’une expérience spirituelle. Il renseigne sur des rythmes électriques et sur la coordination entre différentes régions cérébrales.

Dans cette étude, les chercheurs ne se sont pas limités à observer une zone isolée. Ils ont examiné les réseaux fonctionnels : autrement dit, la manière dont plusieurs parties du cerveau présentent des variations électriques synchronisées au fil du temps.

Cette méthode représente chaque capteur comme un point d’un réseau. Lorsque deux capteurs évoluent de façon semblable au même moment, les scientifiques considèrent qu’une connexion fonctionnelle apparaît entre eux. Ils peuvent alors estimer l’intensité et la durée de ces synchronisations.

Des variations dans les ondes lentes

Chez les participantes en transe, l’analyse montre une hausse de la connectivité cérébrale dans les bandes delta et thêta. Les zones enregistrées semblaient se synchroniser plus souvent et plus longtemps qu’au repos. Cette évolution n’a pas été observée de la même manière chez les femmes qui priaient en silence.

Les ondes delta sont lentes et souvent associées au sommeil profond ou à la récupération. Les ondes thêta accompagnent fréquemment des états de relaxation marquée. Or, les médiums restaient éveillées, droites et parlaient durant la séance. Les chercheurs y voient l’indice possible d’un état de conscience modifié, distinct du repos habituel.

Une autre modification concernait les ondes alpha et l’hémisphère gauche, habituellement très impliqué dans le langage et la parole. Ce résultat mérite une lecture prudente : les participantes en transe s’exprimaient à voix haute, ce qui peut à lui seul modifier les signaux recueillis.

Une différence majeure entre les deux groupes

Le protocole comporte une limite centrale. Les femmes se disant médiums parlaient, tandis que les autres priaient sans prononcer de mots. La vocalisation entraîne des mouvements de la mâchoire, des modifications de respiration et une activité musculaire susceptibles d’influencer les mesures effectuées par EEG.

Les chercheurs reconnaissent que cette différence rend difficile l’attribution des résultats à la seule transe. Pour mieux départager les effets, une future étude pourrait demander au groupe témoin de réaliser une tâche de parole improvisée, avec un effort vocal comparable.

Élément étudié Groupe en transe Groupe en prière silencieuse
Activité durant la séance Parole à voix haute Prière intérieure
Ondes delta et thêta Connectivité accrue Pas de hausse comparable relevée
Ondes bêta Pas d’effet principal mis en avant Modification de l’organisation du réseau

Pas un signe de maladie psychiatrique, selon les données disponibles

L’étude ne permet pas de poser un diagnostic médical sur les participantes. Elle ne permet pas davantage de valider ou d’invalider leurs croyances spirituelles. Elle porte uniquement sur des variations de synchronisation cérébrale observées dans un cadre précis.

Les auteurs indiquent que les profils de réseaux relevés ne correspondent pas aux schémas habituellement associés à des troubles psychiatriques sévères, tels que la schizophrénie. Cette formulation ne signifie pas que l’EEG puisse distinguer à lui seul une transe d’une maladie, ni qu’il puisse servir d’outil de dépistage individuel.

Les mesures décrivent un fonctionnement cérébral inhabituel durant la séance, sans établir la cause de cet état ni l’origine des paroles prononcées.

Le matériel utilisé n’a pas permis d’étudier les ondes gamma, qui correspondent aux rythmes électriques les plus rapides. Des appareils plus performants pourraient compléter ce tableau dans de futurs travaux.

Quelle lecture en France ?

En France, les expériences spirituelles ou religieuses ne constituent pas, à elles seules, un trouble psychiatrique. Une évaluation médicale s’intéresse plutôt à la souffrance ressentie, à la perte de contrôle, au retentissement sur la vie quotidienne et à l’existence éventuelle de symptômes associés.

La présente étude rappelle donc une distinction utile : vivre une expérience inhabituelle ne suffit pas à établir une maladie. À l’inverse, une personne inquiète de perceptions envahissantes, d’angoisses persistantes ou d’une altération de son quotidien peut se tourner vers un médecin ou un professionnel de santé mentale.

Pourquoi la réplication sera décisive

L’échantillon ne comptait que 28 personnes, toutes recrutées dans une même ville brésilienne et dans un contexte religieux particulier. Il ne permet pas de généraliser les résultats à toutes les formes de médiumnité, ni à l’ensemble des pratiques spirituelles.

Pour confirmer ces premiers signaux, d’autres équipes devront reproduire l’expérience avec davantage de participants, des tâches comparables entre les groupes et des enregistrements techniques plus complets. La recherche pourra alors mieux isoler ce qui relève de la parole, de la respiration, de l’attention soutenue, de la prière ou de l’état de transe lui-même.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'électroencéphalogramme (EEG) mesure exactement ?

L'EEG capte les signaux électriques produits à la surface du cerveau et renseigne sur les rythmes électriques et la coordination entre différentes régions. Il ne permet ni de lire les pensées ni de démontrer l'origine d'une expérience spirituelle.

Y a-t-il une différence majeure dans le protocole entre les deux groupes ?

Oui : les médiums parlaient à voix haute en transe tandis que le groupe témoin priait en silence. Cette différence entraîne des mouvements de mâchoire et une activité musculaire susceptibles d'influencer les mesures de l'EEG, ce que les chercheurs reconnaissent comme une limite.

Cette étude prouve-t-elle que les médiums ne sont pas malades ?

Non. L'étude indique seulement que les profils de réseau observés ne correspondent pas aux schémas habituellement associés aux troubles psychiatriques sévères. Elle ne permet pas d'établir un diagnostic médical ni d'utiliser l'EEG comme outil de dépistage individuel.

Pourquoi faut-il reproduire cette étude ?

L'échantillon de 28 personnes, toutes recrutées dans une même ville brésilienne, ne permet pas de généraliser. D'autres équipes doivent reproduire l'expérience avec plus de participants, des protocoles comparables et des enregistrements techniques plus complets pour confirmer les résultats.

Comment les expériences spirituelles sont-elles considérées en France sur le plan médical ?

En France, les expériences spirituelles ou religieuses ne constituent pas à elles seules un trouble psychiatrique. L'évaluation médicale s'intéresse à la souffrance ressentie, à la perte de contrôle et au retentissement sur la vie quotidienne.
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