HGlycee.fr

Une seule famille de chouettes élimine jusqu’à 4 000 rongeurs par an : les vignobles ont trouvé leur nouveau garde du corps

Une seule famille de chouettes élimine jusqu'à 4 000 rongeurs par an : les vignobles ont trouvé leur nouveau garde du corps

En Californie, les producteurs de raisin cherchent des solutions durables face aux dégâts discrets, mais coûteux, causés par les rongeurs.

Dans la vallée de Napa, plusieurs vignobles misent sur la chouette effraie pour limiter la présence de campagnols, souris, rats et autres petits mammifères. Le média en ligne spécialisé dans les animaux A-Z Animals rapporte les résultats d’une étude menée dans des exploitations viticoles californiennes, où des nichoirs ont été installés pour attirer ces rapaces nocturnes.

Des dégâts qui pèsent sur les vignobles californiens

Les rongeurs trouvent dans les vignes un environnement favorable : nourriture, végétation et abris leur permettent de s’installer durablement. Ils peuvent s’attaquer aux raisins, aux racines, aux jeunes plants ou aux installations agricoles. Pour les domaines, les conséquences ne se limitent donc pas aux fruits perdus.

Selon les estimations évoquées dans la source, ces nuisibles coûtent chaque année des dizaines de millions de dollars aux vignobles de Californie. Une charge qui peut peser lourd pour les petites exploitations, surtout lorsque la météo raccourcit déjà la saison ou fragilise la récolte.

Les moyens de lutte classiques représentent eux aussi un coût et soulèvent des questions de sécurité, notamment lorsqu’ils reposent sur des produits chimiques. Les viticulteurs cherchent ainsi des méthodes capables de réduire les populations de rongeurs sans multiplier les interventions dans les parcelles.

Dans les vignobles étudiés, la présence de nichoirs occupés par des chouettes effraies s’est accompagnée d’une baisse nette de l’activité des rongeurs.

Une prédatrice particulièrement adaptée aux parcelles de vignes

La chouette effraie se nourrit principalement de petits mammifères. Les campagnols figurent en bonne place dans son alimentation, aux côtés des souris et des rats. Or ce sont précisément les animaux que les viticulteurs cherchent à éloigner de leurs cultures.

Les chercheurs ont analysé des données recueillies dans six vignobles de la vallée de Napa depuis 2023. Dans chaque site, une chouette effraie occupait un nichoir spécialement conçu pour lui permettre de nicher, se reposer et chasser à proximité des rangs de vigne.

Pour mesurer le comportement des rongeurs, l’équipe a déposé des plateaux de nourriture dans les parcelles. La quantité d’aliments restée sur place permettait d’évaluer si les petits mammifères se sentaient assez en sécurité pour quitter leurs abris et venir se nourrir.

Le résultat est marquant : les vignobles équipés de nichoirs à chouettes présentaient entre 38 % et 52 % de rongeurs en moins. L’étude, publiée dans la revue scientifique Ecological Applications, associe ces observations aux travaux de Matt Johnson, professeur spécialisé dans la faune sauvage à l’université polytechnique d’État de Californie à Humboldt, de Katherine Larson et de Roger Baldwin, professeur à l’université de Californie à Davis.

La peur comme second moyen de protection

Le rôle de la chouette ne s’arrête pas aux proies qu’elle capture. Sa seule présence modifie aussi le comportement de certains rongeurs. Dans les secteurs observés, entre 16 % et 38 % d’entre eux ont manifesté une peur accrue des prédateurs.

Autrement dit, une partie des animaux évite davantage les zones où le rapace chasse. Ce phénomène réduit leur accès aux cultures sans qu’il soit nécessaire qu’ils soient tous capturés. La chouette agit alors comme une présence dissuasive durable dans la parcelle.

  • Elle prélève directement des rongeurs.
  • Elle pousse une partie des survivants à limiter leurs sorties.
  • Elle peut s’installer près des cultures grâce à un nichoir adapté.
  • Elle offre une solution reposant sur un prédateur naturellement présent dans les écosystèmes.

Jusqu’à 4 000 rongeurs éliminés par une famille

Le potentiel de régulation mis en avant par les chercheurs est considérable. Une famille de chouettes effraies peut éliminer entre 1 000 et 4 000 rongeurs en une année. Cette fourchette dépend naturellement de l’occupation du nichoir, du nombre de jeunes et de l’abondance des proies disponibles autour du site.

La méthode demande tout de même de la patience. Une chouette effraie peut mettre un à trois ans avant de s’établir dans un nichoir. Installer une caisse ne garantit donc pas une occupation immédiate.

La source indique que, parmi plus de 500 nichoirs disposés dans des vignobles californiens, entre 30 % et 75 % accueillent des chouettes reproductrices selon les années. Ces écarts montrent que l’emplacement, le paysage environnant et la tranquillité du site comptent autant que la présence du nichoir lui-même.

Quelle situation en France ?

En France, la chouette effraie, aussi appelée effraie des clochers, fait partie des oiseaux protégés. Il est interdit de la détruire, de la capturer ou de perturber intentionnellement ses sites de reproduction et de repos. Cette protection impose une grande prudence lorsqu’un particulier, une collectivité ou une exploitation envisage d’installer un nichoir.

Les vignobles français accueillent eux aussi des rongeurs, dont des campagnols, qui peuvent occasionner des dégâts dans certaines cultures. Favoriser les rapaces nocturnes et diurnes s’inscrit dans une logique de régulation biologique : l’objectif est de créer des conditions propices aux prédateurs naturels, sans les manipuler ni les déplacer.

Un nichoir ne suffit pas à lui seul. La chouette effraie a besoin d’un accès dégagé, d’un espace calme et de territoires de chasse riches en petits mammifères. Les bâtiments agricoles, les granges et certains clochers peuvent offrir des refuges, à condition que les accès restent compatibles avec sa présence et que les travaux ne perturbent pas une nidification.

Un indicateur de l’équilibre autour des cultures

L’intérêt de cette approche dépasse la seule lutte contre les rongeurs. La présence d’une chouette effraie révèle souvent l’existence d’un milieu capable d’abriter des proies, des zones de chasse et des sites de repos. Dans un paysage agricole, les haies, talus, bandes enherbées et bâtiments peu fréquentés peuvent participer à cet équilibre.

Les résultats californiens ne signifient pas qu’une chouette résout à elle seule tous les problèmes d’un vignoble. Ils illustrent plutôt l’effet cumulé d’un prédateur, d’un habitat favorable et d’un suivi sur plusieurs années. Pour les producteurs, cette piste peut compléter d’autres pratiques agricoles visant à protéger les cultures tout en limitant le recours aux méthodes de destruction.

Défiler vers le haut