2de – HISTOIRE – (10) La féodalité du XIe au XIIIe siècle : réalités, imaginaires et symbolique.

2de – HISTOIRE – (10) La féodalité du XIe au XIIIe siècle : réalités, imaginaires et symbolique.

La féodalité désigne ce réseau de dépendance mutuelle et rituelle d’homme à homme, officialisée par un serment public et sacré. Elle se constitue lentement mais atteint son apogée vers le XIe et le XIIe siècle. 

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L’hommage que le vassal prête à son suzerain, serment public et sacré d’homme à homme, est le fondement de la féodalité européenne : en échange d’une terre noble (le « fief ») et de sa protection, le suzerain demande à son vassal assistance militaire (« ost), assistance juridique et judiciaire (le « plaid ») et fidélité. Le chevalier, guerrier noble combattant à cheval, est la pierre angulaire de ce système conçu pour faire face à l’affaiblissement des pouvoirs du monarque à la fin de l’Empire carolingien (Xe siècle). L’Europe se couvre donc d’un maillage à la fois terrien et spirituel qui prend en écharpe toutes les sociétés européennes. Au sommet de cette pyramide dépendances mutuelles, le souverains, suzerain de tous les suzerains. Mais cette pyramide politique est instable : certains vassaux sont plus puissants que leur suzerain. Ainsi le roi de France a pour vassal le roi d’Angleterre qui possède la totalité du littoral atlantique. Le comte de Toulouse, vassal du roi de France est bien plus riche que lui. Mais la puissance du comte de Toulouse est instable aussi : lui-même a des vassaux puissants, comme les Trencavel possessionnés en Albigeois. Certains vassaux ont des terres relevant de deux suzerains différents : quand ceux-ci sont en conflit ils peuvent ainsi rester neutres, ou choisit leur camp à leur guise.

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Sans être le seul élément du dispositif féodal, le chevalier en est la pièce maîtresse. Ses valeurs, ses croyances et les traditions auxquels il se rattache, réelles ou inventées, constituent l’imaginaire médiéval. La nationalité n’existe pas alors : en 1214 lors de la bataille de Bouvines qui voit la victoire du roi de France Philippe II Auguste, le 1er à faire de Paris la capitale du royaume, s’affrontent Jean sans Terre, dont l’essentiel des possessions est en France, Otton IV, empereur d’Allemagne et comte de Poitou (en France), neveu du roi d’Angleterre, quant à Ferrand, comte de Flandres, il est prince héritier de Portugal ! Le chevalier est devenu un combattant chrétien : la cérémonie de l’adoubement récupérée par l’Église marque l’emprise des valeurs religieuses dans l’imaginaire chevaleresque. Aux valeurs guerrières (Prouesse, courage, sens du sacrifice) s’ajoutent des valeurs pieuses (protection des faibles, défense de la croix) et des valeurs aristocratiques (Munificence, générosité). Les romans de chevalerie (Comme les chevaliers de la Table ronde) donnent un sens mystique au métier de chevalier. La culture courtoise exalte la retenue et la maîtrise de soi, devant les femmes qu’il faut aimer et non seulement désirer (« L’amour courtois » des poèmes des troubadours), devant l’ennemi qu’il faut respecter. Saladin, l’adversaire musulman de Richard Cœur-de-Lion est estimé de tous pour sa clémence. Mais derrière le discours d’autolégitimation, le monde de la chevalerie reste celui de la violence physique et de la rapine : une bataille tue essentiellement des piétons ; les chevaliers sont capturés et délivrés contre rançon.

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Poèmes courtois, romans de chevalerie, histoires des temps passés (Souvent largement inventées comme La Légende dorée d’Alexandre) constituent une culture de cour où la symbolique joue un rôle majeur : tout devient code et symbole. L’épée du chevalier à double tranchant, l’arme noble selon le roman Lancelot du Lac (Anonyme, XIIIe siècle), est le symbole de la double mission du chevalier : défendre la foi et maintenir l’ordre. La pointe signifie obéissance « […] car tous doivent obéir aux chevaliers […] ». Les écus des chevaliers sont ornés de couleurs et de figures hautement symboliques : le rouge signifie la force, le bleu la fidélité, le noir l’humilité. Certains de ces symboles sont parvenus jusqu’à nous : le blanc signifie l’innocence, on attend des hommes qu’ils se conduisent avec courtoisie à l’égard des femmes. En Flandres on exalte la figure du Lion (Le Lion est l’emblème de Saint Marc), en Allemagne l’Aigle (L’aigle impériale romaine). La fleur de Lys est l’emblème de la monarchie française, l’hermine noire celui du duché de Bretagne. Selon les régions, les codes de couleurs changent : le noir, le rouge et le jaune dominent en Europe centrale, le bleu, le rouge et le blanc en Europe du Nord-Ouest, le rouge et le vert en Italie. Les drapeaux des pays contemporains sont des témoignages de ces codes issus de la culture aristocratique médiévale.

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Le système féodal qui connaît son apogée au XIIe et au XIIIe siècle constitue l’ordre sociopolitique dominant. La culture aristocratique en vante les mérites mais le pouvoir reste aux mains des plus violents et des plus retors : ainsi Philippe II qui profite de la capture de Richard d’Angleterre pour lui reprendre la Normandie.

© Erwan BERTHO (2018)

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Articles complémentaires :

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