DEVOIRS & CORRECTION, Histoire, Analyse d’un document, “Les Etats-Unis, leaders du monde libre selon George BUSH, 1992.” par Kadidja SIDIBE”

DEUXIÈME PARTIE

Étude critique de document d’Histoire

Sujet

Les chemins de la puissance : les États-Unis et le monde depuis 1945.

Consigne

            À partir de l’analyse du document, montrez comment ce discours témoigne à la fois du rôle mondial des États-Unis depuis 1945 et de la représentation qu’ils se font l’ordre international après la chute de l’URSS.

                Le document intitulé « Les États-Unis ‟leaders″ du monde libre. » est un extrait du Discours sur l’état de l’Union prononcé devant le Congrès des États-Unis par le président George Herbert BUSH (Républicain, 1988-1992), le 28 janvier 1992. C’est donc le dernier discours avant les élections présidentielles de novembre 1992, après 12 ans de magistratures républicaines (1980-1988 avec Ronald Reagan et 1988-1992 avec le mandat de G. H. BUSH). L’Amérique en 1992 connaît un nouvel apogée après la décennie de la honte (De 1968, et la cascade d’assassinats politiques comme celui de Martin LUTHER KING Junior ou celui de Robert KENNEDY, à 1979 et la révolution chiite en Iran suivie du 2ème choc pétrolier de 1979-1980). Son rôle dans la libération du Koweït (1990 – février 1991) en a fait le champion des Nations Unies. Dans quelles mesures ce discours témoigne non seulement du statut de superpuissance des États-Unis mais aussi de leur accession au rang d’hyper-puissance, depuis la chute de l’URSS en décembre 1991 ? D’une part nous montrerons que le discours sur l’État de l’Union du 28 janvier 1992 témoigne du rôle directeur joué par les États-Unis dans le monde depuis 1945, d’autre part nous montrerons que le discours du président américain illustre la nouvelle représentation que les États-Unis se font de l’ordre international après l’effritement du bloc soviétique (1989-1991) et la disparition de l’URSS (Décembre 1991).

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                Le discours sur l’état de l’Union du 28 janvier 1992 prononcé par George Herbert BUSH reflète d’abord le rôle directeur que les États-Unis jouent dans le monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale (1945). Depuis 1989 le bloc communiste, alors sous la houlette de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS), régresse et se délite. George Herbert BUSH le rappelle : « […] Le monde a connu des changements de dimension quasi biblique […] » (Ligne 3). L’URSS effondrée, les États-Unis sont alors contraints d’assurer seuls le rôle de gendarme du monde. L’année 1991 est celle où « […] le communisme est mort […] » (Lignes 3&4). Ceci marque la fin de la « Guerre froide » (1947-1991) et le président des États-Unis ne se prive pas de rappeler qui a gagné cette guerre : « […] l’Amérique a gagné la Guerre Froide […] » (Ligne 5). George Herbert BUSH affirme que « […] ce qui vient de se produire est, dans ma vie, dans nos vies, dans le monde entier de la toute première importance […] » (Lignes 4&5). Les États-Unis sont en effet la seule superpuissance. Ils vont donc pouvoir assurer leur rôle mondial plus librement, en usant cette fois de leur force pour rétablir la paix, car George Herbert BUSH affirme « […] la force au service de la paix n’est pas un vice […] » (Ligne 15). En 1991, les États-Unis dépendaient encore largement des monarchies pétrolières du Golfe arabo-persique pour leur approvisionnement en pétrole, c’est aussi pour cela qu’ils sont intervenus, sous mandat des Nations Unies, pour libérer le Koweït. C’est l’opération « Tempête du Désert » (Février 1991). Une manière pour les États-Unis de concilier la mise en place d’un ordre international sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies (ONU) et la défense de leurs intérêts énergétiques et géostratégiques.

                Après la chute de l’URSS (25 décembre 1991), la représentation que se font les États-Unis de l’ordre international est nouvelle. En effet, comme Gorges Herbert BUSH le signale, les États-Unis sont devenus « […] les leaders du bloc occidental, devenu le monde libre […] » (Ligne 12). Ce qu’Hubert VÉDRINE, dernier Ministre des Affaires Étrangères du président français François MITTERRAND, appelait « une hyper-puissance. ». Qu’est ce que les États-Unis vont faire de cette puissance géopolitique sans limite ? Selon George H. BUSH ils vont contribuer au « […] développement de la liberté n’importe où dans le monde. […] pour la sûreté et la sécurité de nos enfants […] » (Lignes 13&14). George Herbert BUSH, dans ce discours, renoue avec la croyance en la « destinée manifeste », selon laquelle les États-Unis ont reçu de Dieu la mission d’éclairer et de guider le reste du monde. Les États-Unis peuvent désormais assurer leur rôle seuls, sans rivaux ni compétiteurs.

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                Le discours sur l’état de l’Union prononcé le 28 janvier 1992 par le président républicain George Herbert BUSH en pleine année électorale prend acte des changements géopolitiques majeurs (Chute de l’URSS, fin de la « Guerre froide ») pour réaffirmer la primauté des États-Unis sur le reste du monde (Destinée manifeste) mais il engage aussi son pays dans la sécurité collective (Dans la limite bien comprise de la défense des intérêts économiques et géopolitiques des États-Unis). Cette période qui s’ouvre avec la libération du Koweït (1991) est celle d’un apogée américain, l’Amérique étant célébrée comme l’hyper-puissance. Cette période se ferme le 11 septembre 2001 avec la série d’attentats qui frappe New York et Washington, montrant que si les États-Unis sont les champions de la mondialisation, ils sont aussi mécaniquement tenus pour responsables de ses échecs et de ses dérives. Il revient alors à un autre BUSH, George Walker BUSH, fils de George Herbert BUSH, lui aussi républicain et lui aussi président des États-Unis, de formuler la réponse au reste du monde de l’Amérique.

© Kadîdja SIDIBÉ (décembre 2014)