FICHES DE LECTURES – Leonora MIANO, “La saison de l’ombre” (2013), par BONEF, KONTÉ, GÉRARD & RAYMOND

CRITIQUE LITTÉRAIRE

Léonora MIANO, La saison de l’ombre. , 2013, Paris, Prix Femina

« L’obligation d’inventer pour survivre. »

FICHE TECHNIQUE

MIANO (Léonora), La saison de l’ombre. , 2013, Paris, aux éditions Grasset, 235 pages, Prix Femina 2013.

ISBN 978-2-246-80113-9 Disponible au CDI sous la cote R. MIA

L’AUTEUR

Léonora Miano est une écrivaine née en 1973 à Douala au Cameroun, avec des problèmes sociaux elle décide en 1991 de s’installer en France afin d’y étudier la littérature américaine. Après ça elle écrivit de nombreux romans, deux recueils de textes courts et un texte théâtral. Léonora Miano a écrit son premier roman en 2005 : L’intérieur de la nuit, qui reçu de bonnes critiques et pour lequel elle obtient six prix littéraires dont le « Prix Montalembert du premier roman de femme », le « Prix René Fallet » et le « Prix de l’Excellence Camerounaise », en 2006 elle publia Contours du jour qui vient qui est aussi un roman et a remporté le « Prix Goncourt des Lycéens » décerné par un jury de jeunes lycéens de 15 à 18 ans. Au printemps 2008, Léonora Miano publia cinq romans dans la collection « Etonnants Classiques », ils sont regroupés sous le titre Afropean. La seule nouvelle qu’elle fit, fut publiée en 2009 et en novembre 2013, elle remporta le « Prix Femina » pour son dernier roman en date : La Saison de l’ombre. Léonora fait partie des 100 personnalités préférées de la diaspora.

LE LIVRE

Dans ce roman puissant, Léonora Miano retrace l’histoire d’un clan victime de la traite négrière quelque part à l’intérieur de l’Afrique subsaharienne. L’auteur revient sur la souffrance et l’incompréhension de celles et ceux à qui elle a volé un être cher. Ce livre dénonce l’horreur de ces traites, la destruction d’un clan entier avec sa culture, son identité, remémore le souvenir de ces captures à travers ceux qui l’ont vécu.

Les points forts de l’œuvre sont la prose utilisée par Léonora, magnifique et mystérieuse, claire et lucide, imprégné de mysticisme, de voyances et d’émotions. Léonara Miano utilise également un style très particulier : pas de tirets ni de guillemets, les dialogues sont écrits en italiques, seuls les personnages principaux voient leurs noms mentionnés ; les personnages secondaires sont désignés par des groupes nominaux, créant souvent des répétitions, mais leur ajoutant un aspect flou et mystérieux. Certains mots ne sont pas traduits. Le mot « ombre » revient à plusieurs reprises, il désigne ce qui est mal, mauvais et négatif : les changements pour le pire.

On remarque que le récit est réaliste, impression rendue par une documentation riche, réalisée autour de divers sujets présents tout au long de l’œuvre, tels que les croyances africaines, nom des plantes… Léonora Miano s’est servie pour cela de diverses sources telles que des textes traitants de la traite négrière, des captures du point de vue des victimes et de la perception non raciale des Européens sur les côtes. Ses origines camerounaises ont également influencé l’auteur. Elle a même demandé l’aide de sa mère pour certaines notions culturelles.

Cependant, la plus grande qualité de l’œuvre reste l’écrit, évoqué précédemment, qui témoignage de la souffrance des victimes des traites négrières, offrant un point de vue original sur celle-ci par rapport au traitement habituelle de ces questions dans un romans; en effet il n’est pas uniquement question des conditions de vie ou de travail des esclaves africains, mais les conséquences de ces traites sur la vie des tribus africaines, et leurs répercussions. L’œuvre nous permet aussi de découvrir la culture africaine d’un petit clan typique à cette époque. Malgré tout, la fin brutale de ce livre pourra décevoir les lecteurs, surtout ceux captivés et charmés par l’intrigue.

LES EXTRAITS

EXTRAIT 1 : 

« Elles combattent de leur mieux le chagrin. »

« […] Celles dont les fils n’ont pas été retrouvés ont fermé les yeux, au bout de plusieurs nuits sans sommeil. Les cases n’ont pas été rebâties après le grand incendie. Regroupées dans une habitation distante des autres, elles combattent de leur mieux le chagrin. Le jour durant, elles ne disent rien de l’inquiétude, ne prononcent pas le mot de perte, ni les noms de ces fils que l’on n’a pas revus. En l’absence du guide spirituel, lui aussi perdu on ne sait où, le Conseil a pris les décisions qui semblaient s’imposer. Des femmes ont été consultées : les plus âgées. Celles qui ne voient plus leur sang depuis de longues lunes. Celles que le clan considère désormais comme les égales des hommes. […] »

MIANO (2013), page 11.

EXTRAIT 2 : 

« Une fumée froide. »

« […]L’homme se lève, baisse la tête en signe de respect. Ebeise chuchote : Fils, viens voir ça. Vite, avant que la peuple tout entier… Elle le tire par le bras. Inutile de marcher longtemps. La chose est visible de loin. La femme pointe le doigt en direction de la case où sont regroupées celles dont on n’a pas revu les fils. Une brume épaisse plane au-dessus de l’habitation. Si une telle curiosité existait, on pourrait la décrire comme une fumée froide. Cette opacité prolonge la nuit autour de la demeure, quand le jour s’est levé, à quelques pas de là. Mère et fils regardent. […} »

MIANO (2013), page 18-19.

EXTRAIT 3 : 

« Les humains ne sont pas des calebasses vides. »

« […] La femme dit que l’on ne peut dépouiller les êtres de ce qu’ils ont reçu, appris, vécu. Eux-mêmes ne le pourraient pas, s’ils en avaient le désir. Les humains ne sont pas des calebasses vides. Les ancêtres sont là. Ils planent au-dessus des corps qui s’enlacent. Ils chantent lorsque les amants crient à l’unisson. Ils attendent sur le seuil de la case où une femme est en travail. Ils sont dans le vagissement, dans le babil des nouveau-nés. Les tout-petits racontent les sphères de l’esprit, qu’ils ont connues avant d’être parmi nous. Si nous pouvions les comprendre, nous saurions quelles vieilles âmes logent dans ces corps neufs. D’ailleurs, nous le savons parfois. Nous le voyons, si nous sommes attentifs. Les enfants grandissent, apprennent les mots de la terre, mais le lien avec les contrées de l’esprit demeure. Les ancêtres sont là, et ils ne sont pas un enfermement. Ils ont conçu un monde. Tel est leur legs le plus précieux : l’obligation d’inventer pour survivre. […] »

MIANO (2013), page 227-228.

 © BONEF Rebecca, KONTÉ Mamadou, GÉRARD Chloé & RAYMOND Ludivine, (2014).

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À voir également sur le même sujet, une autre fiche de lecture sur le roman La saison de l’ombre de Leonora MIANO cliquez ci-dessous

→ Fiche de lecture La saison de l’ombre, de Léonora MIANO (2013) par OUATTARA

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