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Ils cartographiaient une épave et découvrent 300 trous de 8 mètres dans un rayon de 100 mètres : les coupables seraient des poissons

Au large de l’Australie, une mission scientifique étudiant une épave a mis au jour d’étranges cavités circulaires, alignées autour du navire coulé.

Lors d’une expédition océanographique menée par l’agence scientifique australienne CSIRO, un groupe d’étudiants et de chercheurs a repéré plusieurs centaines de grands trous circulaires autour d’un vieux cargo échoué près de Bundaberg. Le média en ligne espagnol OK Diario rapporte que ces structures intriguent les scientifiques, qui soupçonnent des poissons d’être à l’origine de ces marques impressionnantes sur le fond marin.

Un anneau de 300 cratères autour de l’épave Althea II

L’équipe cartographiait les restes de l’Althea II, un naufrage situé à environ 40 mètres de profondeur, près de la côte de Bundaberg, dans l’est de l’Australie. C’est là qu’elle a identifié quelque 300 dépressions circulaires sur le fond marin, réparties dans un rayon d’environ 100 mètres autour de l’épave.

Lara Picton, étudiante en géologie à l’Université technologique du Queensland, explique que ces structures mesurent chacune près de huit mètres de diamètre pour environ deux mètres de profondeur. Disposées dans toutes les directions autour du navire, elles forment comme un vaste anneau de cratères sous-marins.

Des centaines de trous presque parfaitement ronds, de huit mètres de large, creusés dans un fond normalement plat, organisés autour d’un vieux cargo coulé.

La géologue souligne que la forme presque parfaitement circulaire de ces cavités tranche avec la surface globalement plane du fond dans cette zone. Résultat : les trous ressortent très nettement sur les cartes bathymétriques et sur les images obtenues par les instruments acoustiques du navire de recherche.

Les scientifiques ont aussi déployé une caméra submergée depuis le bord. Les images révèlent une riche vie marine en activité dans et autour de ces cavités, ce qui a rapidement orienté les chercheurs vers une explication biologique plutôt que géologique ou mécanique.

Des poissons qui “redecorent” le fond marin

Selon les chercheurs, ces trous seraient liés à un phénomène bien connu des océanographes : la bioturbation. Ce terme désigne l’ensemble des processus par lesquels les organismes marins remuent, creusent et redistribuent les sédiments du fond.

Poissons, crustacés et autres invertébrés fouillent régulièrement le substrat à la recherche de nourriture, creusent des terriers ou aménagent des abris pour s’y reposer ou chasser. À force, ces comportements modifient la forme du relief sous-marin.

Maddison Cross, doctorante en biologie marine à l’Université de Sunshine Coast, explique dans un rapport du CSIRO que ces organismes agissent comme de véritables « ingénieurs d’écosystèmes », capables de transformer la topographie du fond océanique autour d’eux.

Les poissons et crustacés qui remuent le sable ne se contentent pas de chercher à manger : ils redessinent littéralement le paysage du fond marin.

Les séquences filmées montrent une activité intense au sein de ces cavités. À plusieurs reprises, Maddison Cross a observé des individus de perche de roche à taches dorées utiliser certains de ces trous. À partir de ces observations, l’équipe avance l’hypothèse que de grands poissons prédateurs creuseraient ou remodeleraient ces dépressions pour en faire des caches, des postes d’affût ou des zones de chasse privilégiées.

D’après les données du site scientifique Fishes of Australia, cette espèce se nourrit notamment de petits crabes et de poissons. Un abri creusé dans le sédiment pourrait lui offrir un avantage pour surprendre ses proies, tout en la protégeant des courants et d’éventuels prédateurs plus grands.

Les chercheurs restent néanmoins prudents : ils doivent encore vérifier si ces perches de roche sont bien les auteurs directs des trous ou si elles se contentent de profiter de cavités préexistantes. Un autre mystère subsiste : pourquoi toutes les dépressions affichent-elles sensiblement la même taille ? Cela pourrait refléter la taille moyenne des animaux impliqués ou des contraintes physiques liées au type de sédiment, mais ces pistes restent à confirmer.

Une mission étudiante à bord de l’Investigator

Cette observation inattendue a eu lieu en septembre 2026, lors d’une expédition à bord de l’Investigator, un navire de recherche océanographique opéré par le CSIRO, l’agence scientifique nationale de l’Australie. Le navire suivait un trajet allant de Brisbane à Fidji, avec à son bord une vingtaine d’étudiants australiens sélectionnés dans le cadre du programme de formation CAPSTAN.

Tout au long de la traversée, ces étudiants ont participé à divers travaux sur les naufrages, croisant biologie marine et histoire maritime. L’étude de l’Althea II s’inscrivait dans cette démarche : comprendre l’environnement actuel du navire coulé mais aussi la façon dont l’épave structure l’écosystème local, sert de refuge à la faune et modifie les fonds.

  • Cartographie acoustique haute résolution du fond marin.
  • Prises d’images par caméra subaquatique remorquée.
  • Observation de la faune en lien avec les structures du sédiment.
  • Analyse des données pour relier forme du fond et présence de l’épave.

Ces travaux contribuent à mieux comprendre le rôle des épaves comme récifs artificiels : elles fournissent des supports d’accrochage pour de nombreuses espèces, modifient les courants locaux et peuvent, comme ici, être entourées de reliefs sculptés par l’activité animale.

Quand les traces biologiques mènent à un mystère vieux de 74 ans

Pour le CSIRO, les trous autour d’Althea II ne sont pas qu’une curiosité. Ils rappellent un précédent marquant : la localisation du SS Macumba, un navire marchand australien coulé par des avions japonais le 6 août 1943 au large de la côte nord du pays.

Sa position exacte est restée inconnue durant 74 ans. Ce n’est qu’en 2017 qu’une expédition a enfin retrouvé l’épave. Là encore, tout est parti d’une observation sur le fond marin : un biologiste a repéré des dépressions circulaires près de la limite de la zone étudiée.

En suivant des dépressions circulaires suspectes sur le fond, les chercheurs ont fini par faire passer leur navire directement au-dessus d’un cargo disparu depuis la Seconde Guerre mondiale.

Intrigué, un technicien spécialiste de l’acoustique a demandé d’élargir la zone de balayage. L’Investigator a corrigé sa route et a fini par passer au-dessus des restes du SS Macumba. Pour le CSIRO, cette histoire illustre à quel point les signaux biologiques et les marques dans le sédiment peuvent servir d’indices pour identifier des structures humaines immergées, parfois introuvables par une recherche directe classique.

Dans un texte rappelant le contexte historique, l’organisme australien souligne que l’attaque du SS Macumba est intervenue en plein cœur de l’avancée japonaise dans le Pacifique. Trois membres d’équipage ont été tués lors du bombardement, dont l’ingénieur en chef, dont le corps n’a jamais été retrouvé.

Un outil précieux pour la protection du patrimoine et de l’environnement

Au-delà de l’énigme des « trous de poissons », ces travaux montrent que l’étude fine du fond marin peut aider les spécialistes du patrimoine maritime à mieux suivre l’état des épaves. En observant comment les sédiments sont déplacés, où ils s’accumulent ou au contraire où ils sont érodés, les chercheurs peuvent repérer des zones fragilisées et des risques potentiels.

Un enjeu concerne notamment les fuites de carburant ou d’autres substances polluantes à partir de réservoirs encore intacts. Une variation locale du sédiment ou de la faune peut signaler une corrosion avancée ou une fuite en cours autour d’un ancien navire de guerre ou d’un tanker.

Les anomalies comme celles observées près d’Althea II deviennent ainsi des indicateurs combinés : elles renseignent à la fois sur le comportement des animaux et sur l’état des structures humaines qui jalonnent le fond des océans.

Ce que fait la France pour surveiller ses épaves

Un lecteur français est concerné par ces travaux, car la France possède aussi de nombreuses épaves côtières, en Manche, en Atlantique et en Méditerranée. Elles relèvent notamment de la compétence du ministère de la Culture pour l’archéologie sous-marine et des autorités maritimes pour la gestion des risques environnementaux.

En France, plusieurs organismes se partagent ce type de suivi :

  • Le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM), qui recense et étudie les épaves historiques.
  • L’Ifremer, qui mène des campagnes océanographiques et développe des outils de cartographie du fond marin.
  • Les préfectures maritimes, qui évaluent les risques pour la navigation et l’environnement.

Les méthodes utilisées rejoignent celles décrites par le CSIRO : sonar multifaisceaux pour cartographier les reliefs, caméras sous-marines, parfois robots téléguidés (ROV) pour approcher les structures fragiles. Les scientifiques français s’intéressent eux aussi aux traces laissées par la faune benthique, qui fournissent des indices sur l’état des habitats et sur la circulation des sédiments autour des épaves.

Ce type d’approche intégrée, combinant biologie, géologie et histoire maritime, permet par exemple de prioriser les interventions sur les épaves potentiellement polluantes, ou au contraire de protéger certains navires devenus refuges pour des espèces protégées.

Poissons « ingénieurs » et vocabulaire de la bioturbation

Le cas de l’Althea II donne un exemple concret de bioturbation à grande échelle. Ce mot désigne toutes les modifications du sol ou du sédiment dues à l’activité d’êtres vivants : creusement, rejet de sédiments, construction de galeries, déplacements de particules.

Dans les fonds marins, quelques catégories d’animaux jouent un rôle central :

  • Les vers fouisseurs et les crustacés creuseurs, qui labourent le sédiment.
  • Les poissons benthiques, qui fouillent ou ventilent le sol à la recherche de proies.
  • Les organismes constructeurs, comme certains coraux ou éponges, qui stabilisent ou durcissent le fond.
  • Ces activités influencent la circulation de l’oxygène, la décomposition de la matière organique et la répartition des nutriments. Elles modifient aussi la façon dont les structures humaines, comme les épaves, s’enfouissent, se découvrent ou se fragmentent avec le temps.

    Les grands trous observés près d’Althea II illustrent la capacité de simples poissons à générer, sur la durée, des reliefs suffisamment marqués pour être visibles sur les cartes et servir d’indices dans la recherche de navires disparus. Pour les scientifiques, ces marques deviennent autant de signaux à interpréter pour mieux lire l’histoire cachée au fond des océans.

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