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Une île parfaitement ronde de 120 mètres flotte et tourne sur elle-même en Argentine : voici ce que les scientifiques ont découvert sur El Ojo

Vue aérienne d'une île circulaire végétalisée entourée par un lac rond aux eaux sombres, ressemblant à une pupille dans l'iris, au cœur du delta du Paraná en Argentine

Au nord de Buenos Aires, au cœur du delta du Paraná en Argentine, une île circulaire intrigue chercheurs et habitants depuis des années.

Posée sur les marais du delta du Paraná, cette formation baptisée El Ojo fascine autant les scientifiques que les riverains. Le média britannique BBC Science Focus, qui s’est intéressé à ce curieux phénomène naturel, décrit une île presque parfaitement ronde, flottante et en rotation lente, observable sur des images satellites depuis le début des années 2000.

Une île flottante parfaitement ronde qui tourne sur elle-même

El Ojo se trouve dans une zone humide à quelques dizaines de kilomètres seulement de Buenos Aires, en Argentine. Depuis le ciel, l’ensemble ressemble à une gigantesque pupille. Une île claire, circulaire, entourée par un plan d’eau lui-même presque rond, comme un iris foncé.

El Ojo est une île flottante d’environ 120 mètres de diamètre, qui tourne lentement dans un petit lac circulaire du delta du Paraná.

Les premières traces précises d’El Ojo remontent à 2003, lorsque des images de Google Earth montrent déjà cette forme étonnante. Sur ces vues aériennes, la structure est nette : un disque végétalisé détaché des berges, posé sur l’eau.

En 2016, le cinéaste argentin Sergio Neuspiller repère l’île depuis les airs alors qu’il prépare un projet dans la région. Il en parle dans le journal El Observador la même année, contribuant à populariser l’affaire. Il explique que les habitants connaissaient déjà El Ojo depuis longtemps et que certains y voyaient le refuge d’une divinité ancienne.

Une vidéo en accéléré, compilant des images entre 2003 et 2022, montre clairement le déplacement progressif de l’île à l’intérieur de son lac. Elle pivote, glisse légèrement, puis revient, comme poussée par une main invisible.

Ce que les scientifiques ont réellement découvert sur El Ojo

Une immense « natte végétale » qui flotte sur l’eau

Contrairement aux théories surnaturelles circulant localement, les premières analyses décrivent El Ojo comme une formation naturelle, composée essentiellement de végétation et de matière organique en décomposition.

Les scientifiques cités par BBC Science Focus indiquent que l’île est formée de :

  • herbes entremêlées et compactées ;
  • roseaux et joncs typiques des marais ;
  • couches de plantes mortes en décomposition ;
  • autres débris organiques saturés d’eau, mais encore suffisamment légers pour flotter.

Ce type de structure s’apparente à ce que les écologues appellent un « radeau de végétation » : un tapis végétal épais, détaché des berges, qui reste en surface grâce à la présence d’air et à la faible densité de certains tissus végétaux.

Pourquoi El Ojo est presque parfaitement circulaire

La forme d’El Ojo intrigue particulièrement : l’île et le lac qui l’entoure tendent tous deux vers un cercle presque parfait. Les scientifiques avancent une explication fondée sur la dynamique de l’eau.

El Ojo reposerait sur un courant qui tourne en rond dans le petit lac, entraînant l’île dans une rotation continue, dans le sens horaire.

Au fil des années, cette rotation aurait plusieurs effets :

  • Le bord de l’île vient frotter les berges végétalisées du lac.
  • Ce frottement érode progressivement les bords, rogne les irrégularités.
  • La matière arrachée s’accumule ailleurs, mais la zone de contact se régularise.
  • Peu à peu, l’île et le lac prennent une forme de plus en plus circulaire.
  • Ce travail lent, comparable à celui d’une pierre tournant dans un tambour, façonne le paysage. Les forces en jeu restent modestes, mais l’effet cumulé sur des années suffit à « arrondir » le système.

    Une île mystérieuse pour les habitants du delta

    Pour les communautés proches du site, El Ojo ne s’est pas contentée d’être une curiosité géographique. Selon le récit rapporté par El Observador en 2016, certains habitants estiment depuis longtemps que l’endroit a une dimension sacrée.

    Le fait que l’île flotte, tourne et soit presque parfaitement ronde, dans une région de marais souvent difficiles d’accès, nourrit les légendes locales. Elle est parfois décrite comme la demeure d’un être surnaturel ou le signe d’une présence ancienne.

    Ce contraste entre imaginaire local et analyse scientifique rappelle comment des phénomènes naturels complexes finissent souvent par être enveloppés de croyances, surtout lorsqu’ils restent longtemps inaccessibles ou mal expliqués.

    Quels animaux peuvent vivre sur El Ojo ?

    Un milieu encore peu étudié, mais propice à la vie

    Les études spécifiques sur El Ojo restent limitées. Les chercheurs ne disposent pas, pour l’instant, d’un inventaire détaillé de la faune présente sur l’île elle-même. BBC Science Focus indique néanmoins qu’au vu de sa taille – environ 120 mètres de diamètre – et de son environnement, il serait étonnant qu’elle soit totalement dépourvue de vie animale.

    El Ojo est au cœur d’un écosystème très riche : le delta du Paraná, l’une des grandes zones humides d’Amérique du Sud.

    Les marais alentours abritent une faune variée :

    • la loutre de rivière, qui utilise les berges et chenaux pour chasser ;
    • le caïman à museau large, un reptile proche du crocodile, fréquent dans les eaux calmes du delta ;
    • le capybara, le plus grand rongeur du monde, qui vit près de l’eau ;
    • le cerf des marais, adapté aux zones inondées.

    Autour d’El Ojo, les eaux sont décrites comme riches en poissons et en amphibiens. Les insectes, notamment les libellules et demoiselles (ou zygoptères), profitent des herbes et roseaux pour se reproduire et se percher.

    Sur l’île elle-même, des insectes, de petits rongeurs ou des oiseaux de marais pourraient trouver refuge. L’absence d’ancrage fixe ne constitue pas un obstacle pour certaines espèces qui utilisent déjà des végétations flottantes comme support.

    Un phénomène naturel qui existe aussi ailleurs sur la planète

    El Ojo intrigue par sa forme spectaculaire, mais l’idée d’une « île flottante » n’est pas totalement unique à l’échelle mondiale. Dans différents marais ou lacs, des radeaux de végétation se détachent parfois des berges et dérivent, poussés par le vent ou les courants.

    Ce qui rend El Ojo particulier, c’est la combinaison de plusieurs éléments :

    • une taille importante, avec environ 120 mètres de diamètre ;
    • une forme très régulière ;
    • un mouvement de rotation net et régulier dans le temps ;
    • un lac circulaire façonné par cette rotation.

    Dans d’autres régions du monde, des marais flottants se rencontrent aussi, par exemple dans certains lacs d’Asie ou d’Europe, mais rarement avec cette géométrie si marquée, très visible sur les images satellites et vidéos aériennes.

    Les équivalents et comparaisons possibles avec la France

    La France ne possède pas d’exemple connu d’île tournant de manière aussi nette au centre d’un lac circulaire, comme c’est le cas pour El Ojo dans le delta du Paraná. L’ingénierie côtière ou fluviale française est davantage confrontée à des phénomènes comme l’érosion littorale, les crues de fleuves ou la formation de bancs de sable.

    En revanche, des zones humides métropolitaines, telles que la Camargue, la Brenne ou certains marais atlantiques, présentent aussi des végétations flottantes, des roselières et des milieux très dynamiques. Des radeaux végétaux peuvent y apparaître, même s’ils ne prennent pas la forme d’îles parfaitement circulaires en rotation.

    Pour les scientifiques français, El Ojo constitue un cas d’étude intéressant sur :

    • la manière dont les courants façonnent les berges sur le long terme ;
    • la stabilité des îles flottantes végétales ;
    • les interactions entre végétation, sédiments et hydrodynamique.

    Les grands espaces protégés français, comme le parc naturel régional de Camargue ou les réserves de la Loire et de la Garonne, font déjà l’objet d’observations fines sur ces sujets. El Ojo fournit un exemple spectaculaire qui illustre, de manière très visuelle, des processus parfois plus discrets en France.

    Ce que les images satellites permettent d’apprendre

    Le suivi d’El Ojo depuis 2003 repose largement sur les images prises par des satellites et accessibles au grand public via des outils comme Google Earth. Ces séries d’images, une fois assemblées en accéléré, montrent la rotation progressive de l’île et le remodelage du lac.

    Pour les chercheurs, ce type de timelapse constitue un outil précieux :

    • il permet de mesurer la vitesse de rotation approximative ;
    • il met en évidence les modifications de forme ou de surface ;
    • il permet de repérer d’éventuelles phases d’accélération ou de ralentissement.

    En combinant ces données avec des relevés sur le terrain (profondeur de l’eau, nature des sédiments, densité de la végétation), des équipes de recherche peuvent affiner leurs modèles sur les îles flottantes et les marais dynamiques. Ces connaissances servent ensuite à la gestion des zones humides, en Argentine comme ailleurs.

    Pourquoi ce type d’île intéresse aussi les écologues

    Au-delà de l’aspect spectaculaire, ce genre de formation attire l’attention des écologues et gestionnaires d’espaces naturels. Une île flottante concentre en effet plusieurs enjeux :

    • elle offre des micro-habitats particuliers pour certaines espèces ;
    • elle peut servir de refuge lors des crues ou variations brusques du niveau d’eau ;
    • elle influence la circulation de l’eau et des nutriments dans le lac ;
    • elle modifie l’ensoleillement de la surface en fonction de sa position.

    Dans le cas d’El Ojo, l’étude détaillée de la faune et de la flore pourrait, à terme, apporter des informations sur la capacité des espèces à coloniser un support mobile, en permanence en mouvement dans son environnement immédiat.

    Les connaissances tirées de ce site argentin peuvent ensuite inspirer des projets de restauration de zones humides, y compris en France, où des radeaux végétalisés artificiels sont parfois installés pour favoriser la biodiversité ou filtrer certains polluants. Comprendre comment une île comme El Ojo se maintient, flotte et tourne naturellement fournit un modèle grandeur nature pour ce type d’aménagements.

    Questions fréquentes

    Comment El Ojo peut-elle flotter si elle est composée de matière organique ?

    El Ojo est une « natte végétale » formée d'herbes, de roseaux et de couches de plantes mortes en décomposition. Sa structure poreuse contient suffisamment d'air et de tissus végétaux de faible densité pour rester en surface de l'eau, comme un radeau naturel.

    Pourquoi El Ojo et son lac sont-ils si parfaitement ronds ?

    Un courant tourne en rond dans le petit lac, entraînant l'île en rotation continue. Cette rotation façonne progressivement la géométrie : les bords de l'île frottent les berges du lac, érodent les irrégularités et créent peu à peu une forme circulaire.

    Depuis quand El Ojo est-elle connue des scientifiques ?

    Les premières traces précises remontent à 2003 avec les images de Google Earth. Le phénomène a été popularisé en 2016 par le cinéaste argentin Sergio Neuspiller, bien que les habitants du delta la connaissaient depuis longtemps.

    Quels animaux peuvent vivre sur El Ojo ?

    Aucun inventaire détaillé n'existe actuellement, mais l'île pourrait accueillir des insectes, de petits rongeurs et des oiseaux de marais qui utilisent les végétations flottantes comme support. L'écosystème environnant du delta abrite loutre, caïman, capybara et cerf des marais.

    Existe-t-il d'autres îles flottantes similaires ailleurs dans le monde ?

    Des radeaux de végétation flottants existent dans d'autres marais et lacs d'Asie ou d'Europe, mais rarement avec la géométrie aussi régulière et marquée qu'El Ojo, visible sur images satellites et vidéos aériennes.
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