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Cinq nuits à récolter de la sueur : ce que sentir l’odeur de son partenaire fait vraiment au stress, et ce n’est pas ce qu’on croit

Homme et femme en couple s'embrassant tendrement, illustrant l'intimité et l'attirance physique étudiée dans la recherche sur l'odeur du partenaire

En Allemagne, des chercheurs ont demandé à des couples de garder leur sueur pendant plusieurs nuits pour tester l’effet de l’odeur du partenaire sur le stress.

Dans une étude insolite rapportée par le site italien commentimemorabili.it, des chercheurs de l’université de Fribourg, en Allemagne, ont voulu comprendre si l’odeur corporelle de la personne aimée pouvait réellement apaiser le stress. Leur protocole très encadré, mené auprès de couples hétérosexuels, révèle un résultat à contre-courant de l’imaginaire romantique.

Cinq nuits sous surveillance pour fabriquer de la « sueur scientifique »

L’étude, publiée dans la revue scientifique Scientific Reports, a porté sur 179 personnes issues de 108 couples hétérosexuels, âgées de 21 à 40 ans, en couple depuis un peu plus de trois ans en moyenne. Les données ont été recueillies entre 2016 et 2021 en Allemagne.

Objectif : obtenir ce que les chercheurs appellent un « odeur corporelle naturelle » du partenaire. Concrètement, chaque participant devait :

  • dormir seul pendant cinq nuits consécutives ;
  • porter un t-shirt en coton 100 % neutre, dans lequel des tampons de coton avaient été cousus sous chaque aisselle ;
  • respecter des règles strictes pour ne pas modifier son odeur.

Pendant ces cinq jours, les consignes étaient nombreuses : pas de sport, pas de parfum, pas de déodorant parfumé, pas de lotions odorantes, pas de cigarette, pas d’alcool. Certains aliments comme l’ail, les asperges, les plats très épicés ou la caféine étaient exclus, tout comme la sauna et la piscine.

Un point surprenant du protocole a été relevé par commentimemorabili.it : les participants ne devaient pas avoir de rapports sexuels pendant qu’ils portaient le t-shirt. Tout le linge en contact avec le haut du corps devait être lavé avec une lessive sans parfum, et les t-shirts étaient rangés dans des sachets hermétiques durant la journée.

Des tampons d’aisselle congelés à −80 °C puis envoyés dans le nez du partenaire

Une fois la « récolte » terminée, les deux tampons de chaque t-shirt ont été retirés, découpés en quatre morceaux chacun, puis placés dans des sachets hermétiques conservés à −80 °C. En parallèle, des tampons de coton neutres, sans odeur corporelle, servaient de contrôle.

Le jour de l’expérience, les échantillons étaient décongelés environ une heure avant le test et installés dans des récipients en verre. Toute la partie olfactive reposait sur un dispositif très précis : un olfactomètre Lundström informatisé à seize canaux, qui envoyait de l’air comprimé filtré à travers ces récipients.

L’air, chargé soit de l’odeur du partenaire, soit de l’odeur neutre, était ensuite acheminé vers les participants par deux petits tubes directement insérés dans les narines. Le débit total atteignait 3 litres par minute, 1,5 litre par narine.

Les volontaires respiraient en continu l’odeur de leur partenaire, sans s’en rendre compte, pendant qu’ils vivaient une situation de stress soigneusement mise en scène.

Le niveau d’odeur restait en dessous du seuil de perception consciente : les personnes ne devaient pas reconnaître, de façon claire, ce qu’elles respiraient.

Un faux entretien d’embauche pour déclencher un véritable stress

Une fois branchés à l’olfactomètre, les participants étaient soumis au « Trier Social Stress Test » (TSST), un protocole internationalement utilisé pour générer un stress psychosocial dans des conditions contrôlées.

Dans la condition stressante, le déroulé était le suivant :

  • dix minutes pour préparer un discours pour un faux entretien d’embauche ;
  • cinq minutes de présentation orale devant deux évaluateurs en blouse blanche, caméra à l’appui ;
  • cinq minutes d’exercices de calcul mental difficiles, toujours face au même comité, expressément neutre et peu rassurant.
  • Le dispositif expérimental adoptait un schéma randomisé en double aveugle, avec deux variables : situation de stress ou de contrôle, combinée à l’odeur du partenaire ou à l’odeur neutre. Les chercheurs mesuraient trois indicateurs : le stress ressenti subjectivement, la fréquence cardiaque et le taux de cortisol dans la salive, hormone clé de la réponse au stress.

    Contre toute attente, l’odeur du partenaire a augmenté le stress perçu

    Les auteurs partaient d’une hypothèse simple : si la présence physique de la personne aimée apporte du réconfort dans les moments difficiles, son odeur, même perçue sans en avoir conscience, pourrait jouer un rôle similaire et atténuer la réponse au stress.

    D’anciennes recherches suggéraient en effet un effet apaisant potentiel du parfum corporel du partenaire. Un travail précédent publié dans la revue Physiology & Behavior faisait état d’une réduction du malaise subjectif dans certaines conditions expérimentales.

    Dans l’expérience menée à Fribourg, les résultats ont pris une direction opposée.

    Pendant la situation de stress, respirer inconsciemment l’odeur de son partenaire a été associé à une augmentation du stress ressenti et à une accélération du rythme cardiaque, sans modification du cortisol.

    L’effet sur la fréquence cardiaque se révélait particulièrement net pendant la phase la plus exigeante du test de stress. En revanche, les taux de cortisol salivaire ne semblaient pas influencés par le type d’odeur respirée.

    Quand l’odeur est jugée « sexy », le cœur s’emballe encore plus

    Les chercheurs ont aussi demandé aux participants d’évaluer à quel point ils trouvaient l’odeur corporelle de leur partenaire sexuellement attirante. Autrement dit, à quel point ils la trouvaient « sexy ».

    Des analyses exploratoires montrent que l’augmentation de la fréquence cardiaque était plus marquée chez celles et ceux qui jugeaient l’odeur de leur partenaire particulièrement attirante. Seuls ces participants présentaient des intervalles de confiance non chevauchants entre la condition « odeur du partenaire » et la condition « odeur neutre ».

    Les auteurs évoquent donc une autre piste : l’augmentation du rythme cardiaque pourrait refléter, au moins en partie, une forme d’activation liée à l’attirance sexuelle, ensuite interprétée par l’organisme dans un contexte de stress social. L’absence de variation du cortisol est cohérente avec une activation plus proche de l’excitation que d’un stress hormonal massif, sans suffire à trancher définitivement.

    Et si l’odeur du partenaire servait à mobiliser l’organisme face au danger ?

    Les chercheurs avancent une seconde interprétation possible, d’ordre évolutif. L’odeur de la personne aimée pourrait jouer un rôle de signal dans les situations perçues comme menaçantes. En présence d’un danger potentiel, ce signal mobiliserait davantage l’organisme pour réagir, surtout si le partenaire risque d’être concerné.

    L’odeur de l’être aimé n’apaiserait pas toujours le corps : elle pourrait, dans certaines circonstances, renforcer la vigilance et la réactivité.

    Les auteurs rappellent aussi une différence majeure avec certaines études antérieures. Dans ces travaux plus anciens, les volontaires savaient qu’ils reniflaient une chemise portée par leur partenaire. Dans l’étude publiée dans Scientific Reports, l’odeur était administrée de manière continue par olfactomètre, en dessous du seuil de perception consciente.

    Selon eux, la conscience d’identifier clairement « l’odeur de la personne que j’aime » pourrait jouer un rôle dans le ressenti de sécurité observé dans d’autres expériences. Sans ce repère conscient, le corps réagit, mais le cerveau ne rattache pas forcément ce signal à une image rassurante.

    Quelle place pour ces résultats face à ce que l’on vit en couple ?

    Cette étude ne dit pas que l’odeur de son ou sa partenaire est objectivement « stressante » dans la vie de tous les jours. Le contexte compte : ici, les participants subissaient un test social potentiellement humiliant, dans un laboratoire contrôlé, tout en respirant sans le savoir une odeur associée à l’attirance ou au lien affectif.

    Pour un couple, ces résultats suggèrent plutôt que le corps ne traite pas tous les signaux de la même manière selon la situation. Une odeur familière peut parfois apaiser, parfois accompagner une montée en pression, notamment lorsque l’organisme se prépare à affronter un défi.

    Les auteurs eux-mêmes se gardent de tirer des conclusions définitives. Ils présentent leurs hypothèses comme des pistes d’interprétation, pas comme des mécanismes prouvés une fois pour toutes.

    Ce que l’on sait en France sur odeurs, stress et lien affectif

    En France, plusieurs équipes de recherche en psychologie et en neurosciences se penchent sur les signaux olfactifs dans les relations humaines, même si peu d’expériences vont aussi loin dans la collecte d’odeurs de partenaires. Les travaux convergent sur un point : l’odeur joue un rôle, souvent inconscient, dans l’attirance, la mémoire et la perception de sécurité.

    Les soignants en psychiatrie ou en gériatrie constatent parfois que certaines odeurs familières – linge, parfum habituel, draps – peuvent calmer ou rassurer certains patients, par exemple des personnes atteintes de troubles cognitifs. Ce sont toutefois des observations de terrain, qui ne reproduisent pas le degré de contrôle et de standardisation d’un protocole comme celui mené à Fribourg.

    Pour un lecteur français, l’intérêt de cette étude allemande tient surtout à la mise en lumière de la complexité du corps face aux signaux affectifs. Une présence physique, une voix, un parfum ou un simple vêtement imprégné d’odeur ne produisent pas toujours le même effet, et le contexte social – entretien, examen, conflit, moment intime – pèse lourd dans la balance.

    Stress, fréquence cardiaque, cortisol : ce que ces indicateurs disent vraiment

    Trois mesures ont servi de base aux analyses des chercheurs allemands :

    • le stress subjectif : il s’agit de ce que les participants déclarent ressentir, souvent via des questionnaires standardisés ;
    • la fréquence cardiaque : elle reflète l’activation du système cardiovasculaire, sensible autant au stress qu’à l’excitation positive ;
    • le cortisol salivaire : hormone fréquemment utilisée comme marqueur biologique du stress, sécrétée par les glandes surrénales.

    Voir le rythme cardiaque grimper sans variation notable du cortisol rappelle qu’« être activé » ne signifie pas toujours « être en détresse ». Une personne peut ressentir une montée de tension avant un rendez-vous amoureux ou un entretien d’embauche, avec un cœur qui s’emballe, sans pour autant présenter la même empreinte hormonale qu’en cas de stress chronique.

    Dans ce cadre, l’odeur du partenaire pourrait contribuer à cette activation, en renforçant certains signaux déjà présents. L’organisme réagit alors à un mélange de contexte social menaçant (entretien évalué) et de stimulation liée à l’attirance ou au lien de couple.

    Ce que cette étude change, ou pas, dans la vie quotidienne

    Pour un couple, ces résultats n’invitent ni à bannir les t-shirts du partenaire ni à craindre son odeur. Ils rappellent plutôt que le corps humain réagit de manière nuancée aux signaux affectifs, et que les mêmes stimuli peuvent être perçus comme rassurants sur un canapé, et stimulant, voire perturbants, sous la pression d’un jury en blouse blanche.

    Un point très concret ressort de ces travaux : l’odeur de la personne aimée n’agit pas comme un « calmant universel ». Elle peut participer à une montée en énergie, à une plus grande vigilance, voire à une forme de confusion entre excitation et nervosité lorsqu’un enjeu social fort est en jeu.

    Cette étude allemande montre enfin à quel point le lien affectif passe aussi par le nez, parfois à notre insu. Entre sueur collectée pendant cinq nuits, tampons d’aisselle découpés et stockage à −80 °C, l’expérience menée et relayée par commentimemorabili.it illustre jusqu’où la recherche peut aller pour mieux comprendre comment le corps réagit à l’amour… surtout quand celui-ci se mesure en battements de cœur.

    Questions fréquentes

    Comment les chercheurs ont-ils collecté l'odeur corporelle des participants ?

    Chaque participant a porté un t-shirt en coton 100 % neutre avec des tampons de coton cousus sous les aisselles pendant cinq nuits consécutives, en respectant des règles strictes : pas de parfum, pas de sport, pas d'alcool, ni certains aliments comme l'ail ou les asperges. Les tampons ont ensuite été congelés à moins 80 degrés Celsius.

    Quel est le principal résultat de cette expérience ?

    L'odeur inconsciente du partenaire a augmenté le stress ressenti et l'accélération cardiaque lors d'une situation stressante, contredisant l'hypothèse initiale selon laquelle elle devrait apaisante, comme le serait la présence physique du partenaire.

    Pourquoi l'effet était-il plus important chez certaines personnes ?

    L'augmentation du rythme cardiaque était plus marquée chez ceux jugeant l'odeur sexuellement attirante, ce qui pourrait refléter une activation liée à l'attirance sexuelle plutôt qu'un véritable apaisement du stress.

    Comment les chercheurs ont-ils créé une situation stressante contrôlée ?

    Ils ont utilisé le « Trier Social Stress Test », un protocole reconnu internationalement, où les participants devaient préparer un discours pour un faux entretien d'embauche, le présenter face à des évaluateurs, puis effectuer des calculs mentaux difficiles.

    Quelle hormone du stress a été mesurée dans cette étude ?

    Les chercheurs ont mesuré le taux de cortisol dans la salive, une hormone clé de la réponse au stress, qui n'a montré aucune variation significative selon le type d'odeur respirée.
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