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À quelques mètres sous la mer, une ville romaine intacte : on nage entre mosaïques, thermes et colonnes à Baïes

Dans le golfe de Naples, une ancienne station balnéaire romaine repose aujourd’hui sous quelques mètres d’eau, accessible masque sur le nez.

À Baïes, près de Naples en Italie, une partie de la ville romaine s’étend désormais au fond de la mer, transformée en site archéologique submergé où l’on avance à la nage au milieu de villas, mosaïques et colonnes, rapporte la rédaction du média italien ayant publié l’article le 29 septembre 2026.

Une « petite Pompéi sous-marine » à quelques mètres de profondeur

Située dans la zone des Champs Phlégréens, à une vingtaine de kilomètres de Naples, Baïes fut à l’époque romaine une station balnéaire très prisée de l’élite. La côte a progressivement été engloutie par un phénomène de subsidence, l’abaissement du sol lié à l’activité volcanique de la région. Une partie de la ville antique se retrouve ainsi aujourd’hui sous l’eau, à une profondeur comprise entre 3 et 5 mètres.

Dans les eaux peu profondes de Baïes, on nage littéralement au-dessus des pavements en mosaïque, des thermes et des vestiges de villas romaines effondrées dans la mer.

Cette faible profondeur rend le site accessible à un large public muni d’un simple masque et d’un tuba, même si l’accès est encadré et se fait via des opérateurs autorisés. Les blocs de pierre, les colonnes couchées et les pans de murs dessinent encore clairement le plan de certaines constructions antiques.

Thermes, villas et colonnes : ce que l’on voit sous la surface

La zone marine de Baïes abrite ce qui reste d’un ancien quartier résidentiel et thermal. Sur le fond sablonneux apparaissent :

  • des pavements en mosaïque en noir et blanc ornementés de motifs géométriques ;
  • des bases de colonnes et des tronçons de fûts renversés ;
  • des structures de murs en opus reticulatum, typiques de l’architecture romaine ;
  • des bassins liés aux installations thermales antiques ;
  • des restes de quais et d’aménagements côtiers.

Les thermes étaient au cœur de la sociabilité romaine, et Baïes en comptait plusieurs, alimentés par les sources chaudes naturelles des Champs Phlégréens. Sous l’eau, certains bassins et couloirs restent lisibles, même si la mer a émoussé les angles et colonisé les surfaces.

Les mosaïques, elles, figurent parmi les éléments les plus spectaculaires : des décors géométriques se devinent encore sur le fond, parfois recouverts d’une fine couche de sable. Les guides autorisés ont pris l’habitude de dégager délicatement quelques zones avec la main pour montrer les motifs aux visiteurs, avant de les laisser à nouveau se couvrir pour limiter l’érosion.

Un parc archéologique submergé encadré par les autorités italiennes

L’État italien a classé le site en parc archéologique sous-marin afin de limiter les dégradations et de contrôler l’affluence. L’accès se fait obligatoirement avec des opérateurs habilités, souvent des clubs de plongée de la région de Naples, qui suivent des itinéraires balisés.

Baïes est conçue comme un musée sous-marin à ciel ouvert, où l’on observe les ruines sans les toucher et où les circuits évitent les zones fragiles.

Cette gestion permet :

  • de protéger les mosaïques contre les coups de palmes et le piétinement ;
  • de surveiller les éventuelles tentatives de pillage ;
  • d’encadrer la fréquentation en haute saison ;
  • d’associer la visite à un discours historique et scientifique.

Le statut de site protégé implique aussi des campagnes régulières de documentation sous-marine menées par les autorités archéologiques italiennes, avec des relevés topographiques, des photographies et parfois des restaurations ponctuelles in situ.

Les Champs Phlégréens, un paysage marqué par le volcanisme

La particularité de Baïes tient autant à son histoire romaine qu’au contexte géologique des Champs Phlégréens, une vaste caldeira volcanique active qui englobe entre autres Pozzuoli, Baïes et une partie du golfe. Depuis l’Antiquité, le sol de cette région connaît des mouvements lents, à la hausse ou à la baisse, appelés bradysisme.

Ce phénomène a provoqué, sur plusieurs siècles, l’abaissement d’anciennes zones habitées. Des structures construites au ras de l’eau se retrouvent dorénavant sous la surface, sans avoir été anéanties par une éruption violente. Baïes offre ainsi une photographie figée d’un paysage côtier romain, déplacé de quelques mètres vers le bas.

La mer a recouvert Baïes sans la détruire entièrement, laissant un décor où l’architecture romaine se mêle aux herbiers et aux bancs de poissons.

Les visiteurs qui nagent au-dessus des ruines perçoivent ce double visage : un site antique identifiable et un écosystème marin méditerranéen, avec ses algues, ses oursins et sa faune côtière. Cette cohabitation impose des règles : ne pas prélever d’objets, limiter les contacts avec le fond, éviter de troubler excessivement les sédiments.

Ce que représente Baïes pour l’archéologie

Pour les archéologues, Baïes est un laboratoire à ciel ouvert. Les ruines conservent des indices sur l’urbanisme des stations balnéaires romaines : organisation des villas, articulation entre espaces privés et thermes, proximité avec les aménagements maritimes.

Les vestiges permettent aussi d’étudier la manière dont les matériaux se comportent en milieu submergé sur la longue durée. Le mortier romain, par exemple, a parfois mieux résisté que certaines pierres, ce qui aide à comprendre le savoir-faire constructif antique.

Élément observé Intérêt pour les chercheurs
Mosaïques submergées Techniques de pose et motifs décoratifs des résidences de villégiature
Thermes effondrés Organisation des circuits d’eau chaude et froide dans un contexte balnéaire
Colonnes et quais Relation entre l’architecture monumentale et le rivage antique

Les données recueillies à Baïes peuvent être comparées avec celles d’autres sites antiques du golfe de Naples, notamment Pompéi et Herculanum, ensevelies cette fois-ci sous les cendres du Vésuve et non sous la mer.

Quelles différences avec les sites subaquatiques en France ?

La France compte elle aussi des vestiges antiques dans ses eaux littorales, mais peu de sites visitables en masque et tuba ressemblent à Baïes. La plupart des découvertes immergées, en Provence ou en Corse, concerneront plutôt des épaves, des amphores ou des structures portuaires enfouies, accessibles uniquement dans le cadre de plongées encadrées par des clubs agréés ou des chantiers de fouilles.

La gestion de ces vestiges relève principalement du département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM), service du ministère de la Culture. Ce service encadre les opérations scientifiques et contrôle l’impact des activités nautiques sur le patrimoine submergé.

En France, la logique est similaire à celle de Baïes : accès réglementé, priorité à la préservation et interdiction du pillage ou de la collecte d’objets.

Certains sites proches de la côte, comme les zones de mouillage historiques, peuvent être intégrés à des circuits de randonnée subaquatique, mais ils n’offrent généralement pas la même continuité architecturale que Baïes, où villas et thermes restent lisibles sous l’eau.

Comment se prépare une visite de site archéologique submergé

Une sortie sur un site comme Baïes suppose quelques précautions pour limiter l’impact sur les ruines. Les opérateurs italiens insistent notamment sur :

  • le choix d’un masque et d’un tuba bien ajustés pour éviter d’avoir à se redresser trop souvent ;
  • l’utilisation de palmes souples et contrôlées, afin de ne pas toucher les mosaïques ni soulever trop de sable ;
  • le respect scrupuleux du trajet indiqué par le guide ;
  • l’interdiction de s’asseoir ou de s’appuyer sur les structures antiques ;
  • l’obligation de ne rien ramasser, même un simple galet jugé ordinaire.
  • Les autorités rappellent aussi les règles classiques de sécurité nautique : signalisation des groupes, respect des consignes du bateau accompagnateur, prise en compte des conditions météo et de la visibilité sous-marine.

    Mosaïque, thermes, subsidence : quelques repères utiles

    Une mosaïque correspond à un décor de sol composé de petits éléments appelés tesselles, en pierre ou en pâte de verre, assemblés pour former un motif. À Baïes, ces mosaïques recouvrent les sols de pièces de réception ou de galeries de villas, ce qui renseigne sur le niveau de confort recherché par les élites romaines en villégiature.

    Les thermes désignent des établissements de bains publics comprenant plusieurs salles aux températures différentes, souvent associés à des espaces de repos et d’exercice. La présence de thermes privés dans les villas de Baïes témoigne du statut social élevé de leurs occupants.

    La subsidence, enfin, correspond à l’enfoncement progressif d’une zone de terrain. Dans la région des Champs Phlégréens, ce mouvement est lié à l’activité volcanique profonde. C’est ce processus, lent mais constant, qui a fait basculer une partie de la ville antique sous le niveau de la mer, créant ce paysage sous-marin singulier où l’on nage aujourd’hui au milieu des traces matérielles de la vie romaine.

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