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Une alternative à l’Ozempic cachée dans le sang des pythons : une molécule qui ferait maigrir sans les nausées

Vue macro d'un python birman enroulé, illustrant la découverte d'une molécule coupe-faim naturelle dans son sang.

Aux États-Unis, des chercheurs ont identifié dans le sang de pythons une molécule coupe-faim naturelle qui intrigue les spécialistes de l’obésité.

Alors que les médicaments type Ozempic s’imposent dans la lutte contre l’obésité mais restent redoutés pour leurs effets secondaires, une équipe américaine croit tenir une piste inattendue. Comme le raconte le média scientifique anglophone à l’origine de ces travaux, des chercheurs de Stanford et de l’université du Colorado ont isolé chez le python birman une molécule qui fait maigrir des souris obèses… sans provoquer les nausées caractéristiques des traitements actuels.

Des serpents capables d’engloutir un repas géant

Tout part d’un constat fascinant sur la biologie du python birman (Python bivittatus). Ce grand serpent, étudié aux États-Unis, alterne des périodes de jeûne extrême et des repas colossaux. Il peut rester entre 12 et 18 mois sans manger, puis avaler en une seule prise une proie pesant jusqu’à l’équivalent de son propre poids.

Après un tel festin, son organisme se transforme littéralement. Les chercheurs décrivent une dépense énergétique multipliée par plus de 40. Les organes augmentent de volume, de plus de 50 % pour la plupart, tandis que le cœur gonfle d’environ 25 % pour soutenir l’effort de digestion. Une fois le repas digéré, tout revient progressivement à la normale.

Pour décrypter le métabolisme, l’équipe a choisi un extrême de la nature : un serpent capable de jeûner des mois puis d’absorber un repas gigantesque.

Pour Jonathan Long, professeur associé de pathologie à l’université Stanford, ce type d’animal constitue un modèle idéal pour sortir du schéma classique « souris-humain » en métabolisme : les pythons repoussent les limites de ce que peut encaisser un organisme vivant après un repas.

Une molécule qui bondit d’un facteur mille dans le sang

Les chercheurs se sont concentrés sur les métabolites, ces petites molécules produites quand l’organisme transforme les aliments en énergie. Ils ont travaillé sur des pythons birmans de laboratoire de 1,5 à 2,5 kilos, d’abord soumis à 28 jours de jeûne contrôlé.

Au terme de cette période, chaque serpent a reçu un repas représentant 25 % de son poids. Trois jours plus tard, les scientifiques ont analysé leur sang. Résultat : 208 métabolites présentaient une augmentation significative. Mais un composé sortait très nettement du lot.

Il s’agit du para-tyramine-O-sulfate, abrégé en pTOS. Ce dernier a bondi de plus de 1 000 fois par rapport au niveau observé après jeûne. Une hausse si spectaculaire que l’équipe s’est demandé si cette molécule n’était pas au cœur des adaptations physiologiques du python après le repas.

« Nous nous sommes demandé si ce métabolite affectait certains changements physiologiques observés après l’alimentation chez le serpent », explique Jonathan Long dans l’article cité.

Testée sur des souris obèses, la molécule coupe l’appétit

Les chercheurs ont alors franchi une étape clé : injecter de fortes doses de pTOS à des souris de laboratoire rendues obèses par l’alimentation. Une question se posait immédiatement : le composé allait-il provoquer chez ces mammifères le même emballement des organes que chez le serpent ?

La réponse est non. Jonathan Long précise qu’en administrant aux souris des niveaux de pTOS comparables à ceux mesurés chez les pythons après un repas, l’équipe n’a observé ni hausse de la dépense énergétique, ni prolifération des cellules bêta, ni croissance inhabituelle des organes.

Chez la souris, la molécule du python n’a pas hypertrophié les organes : elle a agi sur une seule chose, l’envie de manger.

Le comportement alimentaire, lui, a été profondément modifié. Les rongeurs obèses ont vu leur appétit s’effondrer. En 28 jours d’injections quotidiennes de pTOS, ils ont perdu en moyenne 9 % de leur poids corporel. La perte de poids repose ici uniquement sur la réduction de l’apport alimentaire, sans manipulation brutale du métabolisme de base.

Une alternative aux médicaments type Ozempic sans nausées

Les résultats deviennent particulièrement intéressants lorsqu’on les compare aux traitements actuels les plus médiatisés, comme l’Ozempic ou le Wegovy. Ces médicaments appartiennent à la famille des agonistes du GLP-1, utilisés contre le diabète de type 2 et l’obésité.

Ces traitements réduisent l’appétit, mais agissent en partie en ralentissant la vidange de l’estomac. Ce mécanisme, efficace pour couper la faim, provoque fréquemment des nausées, une sensation de ballonnement et des troubles digestifs qui conduisent des patients à interrompre le traitement.

Dans les expériences menées sur souris, le pTOS ne modifie pas la vidange gastrique. La molécule se dirige vers le cerveau et active un groupe précis de neurones dans l’hypothalamus ventromédian, une zone clé de la régulation de la faim et de la satiété.

Les chercheurs décrivent le pTOS comme un coupe-faim agissant directement sur le centre de la faim dans le cerveau, sans ralentir l’estomac.

La biologiste Leslie Leinwand, professeure à l’université du Colorado à Boulder, résume : l’équipe a mis au jour un « coupe-faim qui fonctionne chez la souris sans certains effets secondaires associés aux médicaments GLP-1 ».

Une molécule déjà présente naturellement chez l’être humain

Autre point clé : le pTOS n’est pas une molécule étrangère à l’espèce humaine. Les chercheurs rappellent que ce composé est aussi détectable dans notre organisme.

Chez le python, des bactéries intestinales spécifiques produisent le pTOS à partir de la tyrosine, un acide aminé courant présent dans les protéines. Les souris de laboratoire, elles, ne présentent pas naturellement ce métabolite dans leur sang. En revanche, des analyses humaines montrent qu’après un repas copieux, le taux de pTOS dans notre organisme augmente, en moyenne, de deux à cinq fois.

Ce décalage entre l’humain et la souris contribue à expliquer pourquoi la molécule était passée sous les radars : la recherche biomédicale s’appuie très largement sur la souris comme modèle, ce qui a occulté l’existence de ce signal métabolique jusqu’à ce que des chercheurs se penchent sur un reptile.

Les reptiles, déjà à l’origine des traitements modernes

Cette découverte s’inscrit dans une tradition de « biomimétisme » médical. Les médicaments du type GLP-1, justement, ont été inspirés par une hormone isolée dans le venin du monstre de Gila, un autre reptile. Les scientifiques parlent dans cette étude de « biologie inspirée de la nature » : observer des animaux aux capacités extrêmes pour en tirer de nouvelles approches thérapeutiques.

Parce que le pTOS est déjà produit par l’organisme humain, les chercheurs s’attendent à un profil de sécurité plus favorable qu’une substance totalement étrangère. Ils restent prudents mais estiment que cette origine naturelle est un atout pour un futur développement clinique.

Une start-up pour transformer la découverte en traitement

Pour passer du laboratoire à la médecine, les scientifiques ont créé une start-up, Arkana Therapeutics. L’objectif : développer des médicaments à partir du pTOS et d’autres métabolites de python. Leslie Leinwand souligne qu’il existe encore, selon elle, un « potentiel de croissance thérapeutique » dans ce marché des traitements de l’obésité, malgré le succès fulgurant des agonistes GLP-1.

La perte de poids n’est d’ailleurs pas le seul horizon évoqué. L’équipe s’intéresse aussi à la sarcopénie, cette fonte musculaire liée au vieillissement, pour laquelle il n’existe pas actuellement de cure médicamenteuse reconnue. Les métabolites de serpents pourraient, à terme, contribuer à imaginer de nouvelles pistes contre cette perte de masse et de force musculaires.

Les chercheurs ont identifié des centaines d’autres molécules qui s’emballent dans le sang des pythons après un repas. Le pTOS n’est qu’un début.

Les résultats complets de ces travaux ont été publiés dans la revue scientifique Nature Metabolism, ce qui marque une première validation par la communauté scientifique. L’équipe insiste cependant sur le fait que la recherche ne s’arrête pas à ce seul composé : des centaines d’autres métabolites en forte hausse chez le python restent à analyser.

Que changerait une telle molécule pour les patients français ?

En France, les médicaments type Ozempic sont avant tout prescrits pour le diabète de type 2, et l’accès pour la seule perte de poids reste encadré. Les autorités sanitaires surveillent de près les effets indésirables et rappellent que ces traitements ne remplacent pas l’accompagnement nutritionnel et la prise en charge globale de l’obésité.

Si une molécule comme le pTOS se révélait efficace et sûre chez l’humain, elle pourrait, à terme, représenter une option de plus pour les patients obèses pour qui les agonistes du GLP-1 provoquent trop d’effets digestifs. L’agence du médicament française (ANSM) et la Haute Autorité de santé devraient alors évaluer son efficacité, son profil de tolérance et ses conditions de remboursement, comme pour tout nouveau traitement.

Pour l’heure, le pTOS n’en est qu’au stade des expériences animales. Aucune autorisation de mise sur le marché ni protocole clinique chez l’humain n’est mentionné dans la publication. Les personnes en France concernées par l’obésité ou un surpoids important doivent donc continuer à s’appuyer sur les traitements validés, en lien avec leur médecin ou un spécialiste.

Comprendre les enjeux et les risques potentiels

Un coupe-faim agissant directement sur l’hypothalamus pose des questions spécifiques. Cette région du cerveau ne se limite pas à la gestion de la faim : elle intervient aussi dans la régulation de la température, du stress, de certaines hormones. Tout futur médicament inspiré du pTOS devrait donc être testé à long terme pour vérifier l’absence d’impact indésirable sur ces fonctions.

  • Une action centrale sur le cerveau nécessite un suivi neurologique et psychiatrique rigoureux en essais cliniques.
  • La modulation durable de la faim peut modifier les comportements alimentaires de façon profonde.
  • Le risque de reprise de poids à l’arrêt du traitement devra être étudié systématiquement.

Les chercheurs évoquent aussi l’intérêt de comprendre comment le microbiote intestinal humain contribue à la production de pTOS. Si certaines bactéries jouent un rôle clé, cela pourrait ouvrir la voie à des approches combinant médicament, alimentation et modulation du microbiote pour optimiser l’efficacité tout en limitant les doses.

Cette piste python illustre enfin un point central de la recherche biomédicale moderne : de nombreux signaux métaboliques restent à identifier chez l’humain, faute d’avoir observé assez largement ce qui se passe dans d’autres espèces. Pour l’équipe américaine, les serpents constituent un réservoir d’indices encore largement inexploité pour mieux comprendre et, peut-être, mieux traiter les maladies métaboliques humaines.

Questions fréquentes

Comment les chercheurs ont-ils découvert cette molécule dans le python ?

L'équipe a étudié le métabolisme unique du python birman, qui jeûne entre 12 et 18 mois puis avale une proie pesant jusqu'à son propre poids. En analysant le sang des pythons après un tel repas, ils ont identifié 208 métabolites en augmentation, dont le pTOS qui a bondi de plus de 1 000 fois.

Pourquoi le pTOS est-il préférable à l'Ozempic ?

Le pTOS réduit uniquement l'appétit en agissant sur le cerveau, tandis que l'Ozempic ralentit aussi la digestion, ce qui provoque fréquemment des nausées, des ballonnements et des troubles digestifs qui conduisent les patients à abandonner le traitement.

Le pTOS existe-t-il naturellement chez l'humain ?

Oui, le pTOS est détectable dans le sang humain et augmente de deux à cinq fois après un repas copieux. Cette origine naturelle pourrait garantir un profil de sécurité plus favorable qu'une substance étrangère à l'organisme.

Quels ont été les résultats des tests sur les souris ?

Les souris obèses ayant reçu des injections quotidiennes de pTOS pendant 28 jours ont perdu en moyenne 9 % de leur poids corporel, uniquement grâce à la réduction de leur appétit, sans modification de leur métabolisme de base.

Quand pourrons-nous accéder à ce traitement ?

Les chercheurs ont créé une start-up nommée Arkana Therape pour transformer la découverte en traitement clinique, mais le développement reste au stade initial.
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