COMPOSITION Histoire Terminale “La Gauche en France, de 1958 à 1995.”

COMPOSITION corrigée de sessions passées du Baccalauréat

 « La gauche en France, de 1958 à 1995. »

                         La vie politique française est depuis 1944 fortement polarisée par l’affrontement droite-gauche. Et ce alors que le système politique n’a jamais été celui du bipartisme !

            La gauche en France occupe une grande place dans l’histoire politique. Elle est rarement au pouvoir : en 50 ans de 1958 à 2008 elle a eu 1 président sur 6 (soit 16%), exercée 2 magistratures sur 9 (soit 11%) et trois législatures sur 10 (soit 30%). Mais elle marque la vie institutionnelle et sociale les rares fois où elle dirige le pays. Le Front populaire (1936-1937) par exemple occupe encore une grande place dans la mémoire nationale. La Ve République marque pour la vie politique des formations de gauche une importante rupture : régulièrement au pouvoir au moins dans des coalitions parlementaires depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale (1945) la gauche en 1958 semble incapable de s’opposer à la mise en place de la nouvelle république. Le quart de siècle qui suit (1958-1981) semble même caractérisé par une longue traversée du désert. Mais si la gauche a pu pendant cette période renaître et s’affermir elle paraît désorganisée et en proie à un doute idéologique fort au moment où François Mitterrand, fondateur du Parti Socialiste (1969, PS) et deux fois président de la République (1981-1995) quitte le pouvoir. Mais la gauche en France a toujours été constituée d’un grand nombre de formations politiques parlementaires ou non : c’est donc à la fois une étude de la vie politique et une étude des idéologies de la gauche que le sujet nous propose.

            Il faudra donc se demander dans quelles mesures après avoir été relativement organisée et unifiée dans l’opposition la gauche en France est redevenue plurielle dans l’exercice du pouvoir ?

            Après avoir vu la gauche désarmée par la république gaullienne (Ière partie, 1958-1974) elle entame un processus d’unification politique et programmatique (mais pas idéologique) lors du septennat de Valéry Giscard d’Estaing (IIe partie, 1974-1981) avant d’affronter l’exercice du pouvoir et de s’y diluer (IIIe partie, 1981-1995).

 *          *          *

             La gauche est défaite en 1958 comme en 1974. Cette période est celle des rendez-vous historiques manquées, des coalitions ratées et des défaites électorales accumulées. Mais derrière ce tableau sombre s’opère une profonde mutation de la gauche notamment manifestée par la création entre 1969 et 1971 du Parti Socialiste qui annonce déjà la réorganisation de la gauche en France.

             La gauche en France entre 1958 et 1974 est d’abord caractérisée par un éclatement idéologique, résultat de divisions anciennes mais aussi de nouvelles dynamiques idéologiques mondiales. Même si elle paraît a priori en décalage par rapport aux dynamiques économiques et sociales française, la gauche en France est le reflet des mutations idéologiques du Reste Du Monde (RDM). En France le paysage politique de gauche est dominé par la rivalité née en 1921 au Congrès de Tours entre la vieille Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) fondée par Jaurès (Assassiné en 1914) et le Parti Communiste Français (PCF). La première formation dite socialiste est réformiste : elle a abandonnée la croyance dans le « grand soir » et l’idée selon laquelle c’est la prise du pouvoir par l’avant-garde éclairée que constitue le prolétariat ouvrier qui permettra l’instauration d’une société sans classe donc du communisme. En ce sens la SFIO est marxiste mais n’est pas léniniste. Au contraire du PCF qui depuis 1921 accepte la tutelle idéologique du Parti Communiste de l’Union Soviétique (PCUS) et obéit à ses instructions afin de coordonner une révolution mondiale impulsée par Moscou. Depuis 1947 (Début de la « Guerre froide ») le PCF a donc la caractéristique curieuse d’être le premier parti de France en termes d’électeurs mais refusant les alliances parlementaires et n’étant pas majoritaire à la chambre n’est jamais au pouvoir. A partir de 1958, l’incapacité de ces deux formations à trouver des accommodements idéologiques, programmatiques ou électoraux font des partis de gauche des partis d’opposition. Mais plus grave elle détourne une partie de l’électorat de ces formations : car entre 1958 et 1974 de nouvelles formations proposent d’autres axes d’actions et d’autres variantes idéologiques. Le Parti Socialiste Unifié (PSU) animé entre autres par Michel Rocard et Pierre Mendès France valorise la cogestion des entreprises par les salariés et s’adresse aux couches nouvelles de la société (cadres et employés). A la gauche du PCF les formations trotskystes (favorables à une révolution mondiale immédiate déconnectée des directives de Moscou) et maoïstes (favorables à des actions spontanées des forces révolutionnaires même si elles sont désordonnées) attirent la jeunesse avide d’action et de contestation. Les formations trotskystes et maoïstes véhiculent un discours violent favorable à des actions directes contre le régime en place : un discours inacceptable pour la SFIO comme pour le PCF. Ainsi alors qu’en France le mécontentement grandi à l’égard du régime gaulliste la gauche semble incapable de capitaliser sur le plan électoral le produit de ces désillusions économiques et sociales.

             Si le paysage idéologique de la gauche en France paraît éclatée le trait d’unité des années soixante et soixante dix est bien celui de l’échec. Échec en 1958 lors du référendum sur la constitution de la Ve République. La gauche hostile à un régime présidentiel est incapable de faire entendre sa voix. Échec en 1962 lors du référendum sur l’élection au suffrage universel du président de la République. Cette mesure rappelle trop aux formations de gauche la IIe République et l’élection puis la pratique du référendum de Louis Napoléon Bonaparte qui utilise le suffrage universel pour valider ses coups de force et finalement restaurer l’empire (1851 et 1852-1870). Échec en 1965 alors que François Mitterrand pourtant candidat unique de la gauche est battu à l’élection présidentielle. Mais son score honorable (45% au second tour) montre qu’il existe en France, derrière les gauches idéologiques, un électorat de gauche prêt à des compromis idéologiques pour prendre le pouvoir démocratiquement. Les élections législatives de 1968 sont encore plus sévères puisque jamais un gouvernement de droite n’aura eu autant de députés à l’Assemblée Nationale depuis 1919 et la « chambre bleue horizon ». Gaston Defferre candidat de la gauche réformiste est sèchement battu en 1969 (après la démission du général de Gaulle) face à George Pompidou. Aux élections présidentielles de 1969 il n’y a aucun candidat de gauche au second tour. François Mitterrand à nouveau candidat unique de la gauche en 1974 est à nouveau battu face à Valéry Giscard d’Estaing en 1974 lors des élections présidentielles anticipées consécutives au décès en fonction de George Pompidou, atteint d’un cancer. Mais ces défaites électorales successives cachent une défaite idéologique plus grave : la gauche en France a été incapable de capitaliser le formidable mécontentement qu’a été 1968. Cette vague de protestation mondiale (qui touche entre janvier 1968 en Pologne et fin 1969 aux Etats-Unis l’ensemble des pays du monde !) a eu en France une coloration singulière. Partie comme une protestation étudiante à Paris (Sorbonne et Nanterre) elle devient la protestation de toute la jeunesse suivie de grèves générales dans quasiment tous les secteurs industriels et la distribution des produits pétroliers (pénuries d’essence). Paris quadrillée de barricades dans le quartier latin n’est reconquis par les Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS) qu’au prix de violents affrontements. La gauche traditionnelle (SFIO, PCF) n’a pas su mobilier la jeunesse. Elle ne propose aucun programme qui parle aux forces nouvelles (jeunesse, femmes, cadres, employés…) et ne propose que des leaders anciens (Pierre Mendès France a été président du Conseil entre 1954 et 1957 soit dix ans auparavant et François Mitterrand est 11 fois ministre depuis 1944. Sa carrière a donc vingt ans déjà !).

             Mais les échecs répétés ont produits une profonde mutation idéologique et programmatique. Car si les vieilles formations n’ont pas su capitaliser et comprendre le profond mécontentement des classes populaires laissées pour compte des « Trente glorieuses », les nouvelles formations trotskistes, maoïstes, castristes ont fait la preuve qu’elles n’ont aucun moyen de prendre le pouvoir ni légalement ni par un coup de force révolutionnaire. Il n’y a donc pas d’autre issue que celle de l’union et des compromis. La SFIO donne le « la » en se transformant en Parti Socialiste (1969), incorporant progressivement d’autres formations plus petites. Au Congrès du PS de 1971 dans la ville d’Epinay le PS se donne comme Secrétaire général un homme d’envergure mais contesté : François Mitterrand. Elu grâce aux voix des fédérations parisiennes, du Nord (Pierre Mauroy) et du Midi (Gaston Defferre), et à l’appui du CERES de Jean Pierre Chevènement. La gauche nouvelle naît donc sous la houlette d’un homme ancien. Les élections cantonales et législatives annoncent la lente progression du PS et surtout le déclin du PCF. En 1972 le PS totalise plus de voix que le PCF. Celui n’est plus le premier parti de gauche. Si les élections présidentielles de 1974 sont un échec elles marquent aussi la progression du PS. François Mitterrand qui avait rassemblé 45% des voix face au général de Gaulle en rassemble 49% face à Valéry Giscard d’Estaing. La décennie suivante va être consacrée à la transformation de cet essai en victoire.

                         Entre 1974 et 1981 (Victoire de François Mitterrand à l’élection présidentielle) la gauche en France connaît de profondes mutations. Sous l’action de François Mitterrand qui incarne le PS la gauche se rassemble, adopte un programme commun et réussit à convaincre les forces nouvelles.

             La présidence de Valéry Giscard d’Estaing (1974 – 1981) est marquée par une profonde modernisation de la législation française entendant enfin les protestations des années soixante, et par un échec flagrant dans le traitement des effets destructeurs de la crise (débutée en 1973-1974 avec le premier choc pétrolier). Valéry Giscard d’Estaing, leader d’une droite moderne mais ne disposant que de la chambre léguée par son prédécesseur gaulliste, fait adopter des mesures importantes : légalisation de l’avortement (1974), majorité à 18 ans (1974), collège unique (Loi Haby 1976), modernisation du Code civil. Mais ces réformes votées souvent après d’âpres batailles parlementaires menées par la droite présidentielle elle-même, et à contre cœur, ne rallient pas autour du président une majorité progressiste. Les effets de la crise (désindustrialisation, chômage multiplié par 10, précarisation des jeunes et des personnes âgées…) se font durement sentir. Les mesures de droite échouent : ni la question sociale ni la question économique ne sont réglées. Dans le même temps le PS rassemble autour de lui les forces vives nées des « Trente glorieuses » : militants féministes, jeunesse instruite séduite par un programme de gauche actualisé et répondant à leurs interrogations, militants de gauche écœurés par les combats doctrinaux sans fins entre communistes et trotskistes ou maoïstes, cadres et employés auxquels s’adressent spécifiquement les doctrines du PSU de Michel Rocard ou du CERES de Jean Pierre Chevènement. Le PS bénéficie aussi d’un nouveau contexte mondial. Les intellectuels français séduits par l’aventure chinoise ou le communisme soviétique ont déchanté : les interventions militaires soviétiques à Budapest (1956), à Prague (1968) et en Afghanistan (1979) ont entrainé les désertions de l’intelligentsia française. La mort du « Grand Timonier » Mao Zedong amène à Pékin une nomenklatura progressiste (Den Xiao Ping) favorable à une ouverture sur l’occident. Les crimes de Mao (Le « Grand bon en avant » et la « Révolution culturelle ») sont dénoncés en Chine même. Les partis socialistes européens abandonnent tous les uns après les autres le marxisme-léninisme et assument leur choix d’une troisième voie entre le libéralisme de la droite et la dictature du prolétariat de Moscou. Dès lors le choix d’un parti réformiste (le PS) et d’un candidat d’expérience (François Mitterrand) s’impose.

             Mais les divergences à gauche ne sont pas mortes. D’une part les échéances électorales ne sont pas toutes des victoires. Certes aux élections cantonales de 1976 et municipales de 1977 les partis de gauche renforcent leurs assises mais la droite reste majoritaire. Surtout en 1977 le PCF de George Marchais rompt « l’Union de la Gauche ». Depuis 1972 les formations de gauche se sont rassemblées autour d’un « programme commun », socle minimal de convergences électorales. Mais depuis le PS conquiert le terrain électoral communiste. A partir de 1976 le PS devance systématiquement le PCF. George Marchais espère que la rupture de l’Union de la Gauche permettra au PCF d’exister électoralement d’une manière plus lisible. Mais la première conséquence de la rupture de l’Union de la Gauche c’est la victoire de la droite aux législatives de 1978. La gauche victorieuse au premier tour du fait de l’opposition entre les deux partis de droite (L’Union pour la Démocratie Française, UDF, qui soutien Valéry Giscard d’Estaing et le Rassemblement Pour la République, RPR, de Jacques Chirac) est battue au second tour. Les partis de droite se sont coalisés pour vaincre ce que la gauche n’a pas su faire. Le PS reste un rassemblement fragile de diverses tendances de gauche : l’antique SFIO cohabite avec des formations plus radicales et plus marxisantes (CERES) ou plus intellectuelles et progressistes (PSU). Les luttes d’appareil sont violentes. Un duel oppose François Mitterrand qui reçoit le soutien des vieilles fédérations socialistes de l’antique SFIO du Nord (Pierre Mauroy maire de Lille qui sera Premier Ministre en 1981), du Midi (de Gaston Defferre maire de Marseille depuis 1944 qui sera le premier ministre de l’Intérieur) de la Charente radicale( fief électoral et berceau de la famille de François Mitterrand) et Michel Rocard qui a le soutien des sympathisants plus que des militants. La défaite de 1978 pourtant imputable aux communistes sert de prétexte aux dirigeants du PSU pour tenter un coup de force et évincer François Mitterrand de la tête du PS. En 1979 (Congrès de Metz) François Mitterrand ne garde la tête du PS qu’avec l’appui du CERES de Jean Pierre Chevènement. La haine entre Michel Rocard et François Mitterrand durera jusqu’à la mort du second en 1996. C’est donc seulement un an et demi avant l’échéance présidentielle de 1981 que François Mitterrand s’assure de l’appareil socialiste et s’impose comme le candidat unique de la gauche.

             En 1981 la gauche a enfin une plateforme idéologique commune (les « 110 propositions pour la France »), un candidat commun, un appui territorial solide, des militants nombreux et motivés qui attendent beaucoup de l’alternance, et surtout le soutien d’une partie croissante de l’électorat. Conjonction supplémentaire le bilan économique de la droite (traditionnellement jugée plus compétente en matière économique) est désastreux et elle est profondément clivée. La haine de François Mitterrand pour Michel Rocard n’a d’égale que le mépris de Valéry Giscard d’Estaing pour Jacques Chirac. Mépris réciproque puisque le gaulliste Chirac n’oublie bien sûr pas la trahison de Giscard en 1969 appelant à voter « non » au référendum organisé et perdu par de Gaulle, ce qui entraîna la démission du général. Mais la victoire de 1981 est aussi celle d’un homme, brillant et roué. La popularité de Mitterrand est tardive : né en 1916 dans la Nièvre c’est d’abord un blessé de guerre (1940), prisonnier dans les stalags allemands (1940-1942) et évadé (1942), un résistant (1943-1944), animateur d’un réseau de résistance d’anciens prisonniers de guerre. Et c’est plus que tout un brillant politique. 11 fois ministre et député de la Nièvre de 1944 à 1958. Il garde longtemps la marque d’un homme pressé et arriviste, voire d’un intrigant (On le surnomme « le Florentin » ou « Rastignac »). Son passé vichyste (largement exagéré) et d’extrême droite (tout à fait avéré avant 1939 plus jamais après) colle à la peau de cet homme qu’on dit fini en 1965. Lors d’une manifestation de gauche sur le plateau du Larzac en 1974 il est conspué puis molesté ! Mais il sait persévérer et s’entoure de collaborateurs dévoués. Sa campagne de 1981 (« Vivre autrement ») est orchestrée par de jeunes publicitaires convaincus. Il a su aussi devenir un homme de télévision. Son face à face avec Valéry Giscard d’Estaing en 1981 le montre calme, humble et très mordant. Sa réponse sur la peine de mort qu’il annonce vouloir abolir une fois arrivé au pouvoir alors que tous les sondages montrent les Français hostiles à cette mesure montre aussi le militant de gauche sincère. Talonnant Giscard d’Estaing au premier tour il le bat d’une courte tête (51,7%) au second tour, essentiellement grâce à un excellent report de toutes les voix de gauche, fruit de près de 25 ans d’action, et d’un soutien plus que mou de Chirac à Giscard qui par conséquent ne fait pas le plein des voix de droite. L’alternance commence : pour la première fois depuis 1944 un homme de gauche dirige l’Etat. Le moment est historique.

                         Le bilan des deux septennats (1981-1995) de François Mitterrand est difficile à établir. D’abord parce que sur les 14 ans de magistrature socialistes il n’y a que 10 années de législature de gauche (1981-1986 et 1988-1993). Ensuite parce que la gauche a du acquérir ce qu’elle n’avait pas : la culture du pouvoir. Enfin parce que la France a été prise comme l’ensemble des pays du monde dans des dynamiques globales qui dépassent la capacité de dirigeants nationaux : mutations économiques mondiales, mondialisation, fin de la guerre froide, émergence d’un nouvel ordre mondial. Pour autant on peut s’accorder à dire que le bilan de 14 années de présence de la gauche au pouvoir sinon d’exercice du pouvoir se caractérise par d’indéniables progrès sociaux, un échec économique relatif et une profonde crise d’identité idéologique de la gauche.

             Les deux septennats socialistes se caractérisent d’abord par une indéniable réussite dans le domaine de la libéralisation de la société. L’essentiel des réformes sociales sont effectuées pendant la période 1981-1983, période que l’on nomme « l’état de grâce ». Abolition de la peine de mort, dépénalisation de l’homosexualité, 5e semaine de congés payés, semaine de travail à 39 heures, retraite à 60 ans, loi sur l’égalité salariale entre hommes et femmes dans les entreprises, lois sur les droits et devoirs des bailleurs et des locataires, loi renforçant les droits des employés dans leur entreprise, création des Zones d’Education Prioritaire (ZEP), augmentation du SMIC (Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance) de 10% et des allocations de 25%, décentralisation (transferts de compétences aux régions et aux départements), création d’un Impôt sur les Grandes Fortunes (ISF), loi d’indemnisation des victimes des crimes et délits, abolition de la cour de Sûreté de l’Etat, abolition de la responsabilité pénale collective… On le voit la législation rattrape enfin les évolutions de la société de consommation et de communication nées des « Trente glorieuses ». La culture reçoit un appui fort du chef de l’Etat. Son ministre de la culture, Jack Lang, organise dès 1981 ce qui est devenue une institution en France : la fête de la musique. L’Etat bâtisseur est d’abord bâtisseur de culture : pyramide du Louvre, réaménagement du « Grand Louvre », grande Arche de la défense, opéra de la Bastille, Très Grande Bibliothèque, Institut du Monde Arabe (IMA), inauguration du Musée d’Orsay… En libéralisant les mœurs, en améliorant la protection juridique et sociale des classes fragiles du monde du travail (Immigrés, sans qualification, jeunes et femmes) et en promouvant la culture et l’éducation les socialistes ont été à la hauteur de leur programme. Mais le bilan économique est mauvais. La politique de relance de l’économie par la relance de la consommation des ménages (Lecture naïve des théories keynésiennes) est un fiasco : l’endettement public explose (Multiplié par 6 en 14 ans en partie il est vrai sous l’action d’Edouard Balladur en 1986-1988 et 1993-1995), la croissance stagne (pas plus de 2,5%), le chômage augmente (Plus de 3 millions de chômeurs en 1986 soit 50% de plus qu’en 1974 !), le travail se précarise avec la généralisation du Contrat à Durée Déterminée (CDD) et du travail à « Temps partiel » (Moins de 3ç heures par semaine), l’inflation pénalise les entreprises et les ménages et fragilise le Franc Français (FRF) dévalué quatre fois entre 1981 et 1986. Dès 1983 c’est le « tournant de la rigueur ». A partir de 1984 (Laurent Fabius devient Premier Ministre en remplacement de Pierre Mauroy) la politique de la gauche en matière économique est tout à fait libérale.

             En matière de politique étrangère la France socialiste a été à la hauteur des enjeux et des attentes même si des nuances sont à apporter bien sûr. Bien que socialiste et intégrant dans ses gouvernements des ministres communistes François Mitterrand a solidement ancré la France dans le bloc occidental. Lors de la crise des « euromissiles » la France soutien sans réserve la position allemande et américaine d’installer des missiles Pershing II en Allemagne pour rééquilibrer les forces face à l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS). Il soutien également les Etats-Unis lors de l’invasion du Koweït par Saddam Hussein (1990-1991) pourtant traditionnel allié de la France au sein du monde arabe. Dès 1985 la France apporte son soutien au réformateur soviétique Mikhaïl Gorbatchev et appui l’Allemagne de l’Ouest (RFA) dans sa volonté de procéder à une réunification rapide avec l’Allemagne de l’Est (RDA). François Mitterrand est un européaniste convaincu : 1986 signature de l’Acte unique européen (prélude entre autres à l’Euro), référendum sur le Traité de Maastricht (1992) et création de l’Union Européenne (UE) en remplacement de la Communauté Economique Européenne (CEE), renforcement de l’amitié franco-allemande… Mais la France peine à rompre avec les habitudes du passé en dépit des promesses du discours de Cancún (1981). En Afrique notamment les réseaux socialistes remplacent les réseaux de droite sans changement d’habitude : trafic d’influence et d’armes, connivence avec les potentats locaux, facilités accordés aux milieux affairistes, rétro commissions destinées au financement des partis politiques… Le génocide anti Tutsi au Rwanda déclenché par les extrémistes Hutus après l’assassinat par le Front Patriotique Rwandais (FPR) du président Juvénal Habyarimana trouve la France très impliquée dans la formation militaire et judiciaire d’un appareil d’Etat impliqué dans des massacres de masse. Même s’il paraît aujourd’hui totalement faux que la France ait armé les « génocidaires » comme la presse marxiste l’a laissé sous entendre, la France de Mitterrand n’a pas changé les habitudes de la « Françafrique ». En revanche cette continuité diplomatique permet de garantir l’intégrité territoriale des Etats africains menacés (Opérations militaires au Nord du Tchad). La France s’engage aussi dans des opérations humanitaires (Interventions militaires sous couvert de l’Organisation des Nations Unies au Liban, sauvetage de l’Etat Major de l’Organisation de Libération de la Palestine de Beyrouth et évacuation sur Tunis du leader du Fatah révolutionnaire Yasser Arafat). La France est en outre porteuse en matière de relations internationales d’un projet humaniste de solidarité Nord Sud : le discours de Cancún avait posé les bases idéologiques du projet français qui se concrétise en Afrique par le lien imposé entre coopération technique et démocratie (Sommet de la Baule, 1990) qui amène les conférences nationales au Sahel. La France milite pour la création des Tribunaux Pénaux Internationaux (TPI pour la Yougoslavie, TPI pour le Rwanda) dont la multiplication conduit à la création de la Cour Pénale Internationale (CPI) ratifiée depuis par bon nombre de pays.

             Le bilan idéologique et moral est lui assez mauvais, sans que la gestion socialiste en soit toujours la cause. Les deux septennats (1981-1995) sont émaillés de scandales. Affaire Urba sur le financement occulte du parti socialiste, affaire du sang contaminé, train de vie des élites socialiste, proximité du président avec des milieux affairistes (Affaire « Péchiney et Ugine Kuhlmann » dans le rachat de American Can entaché de délits d’initiés), révélation par le journaliste Péan du passé vichyste de Mitterrand, révélations des écoutes téléphoniques illégales effectuées sur ordre du président de la République par la cellule antiterroriste de l’Elysée (écoutes illégales ayant permis la surveillance de personnalités du monde des médias et du spectacle), montages policiers (Affaire des Irlandais de Vincennes). La gauche a perdu son innocence dans l’exercice du pouvoir dont elle a usé et abusé comme l’avait fait avant elle les dirigeants RPR et UDF. Il n’y a pas eu en la matière d’exception culturelle de gauche… Plus grave, peut-être, François Mitterrand en politicien retord à favorisé l’émergence électorale du Front National (FN) de Jean Marie Le Pen. Créé en 1972, mais sans réelle existence avant les relatives percées aux cantonales et aux municipales du début des années 1980, le FN d’extrême droite bénéficie du passage en 1986 du scrutin à la proportionnelle pour envoyer 35 députés à l’Assemblée Nationale. En gênant la droite dite traditionnelle obligée de s’allier au FN (et donc de perdre son âme) ou bien de refuser l’alliance (et donc de perdre tout court) Mitterrand donne une audience inouïe à cette formation politique. Dès lors la « question immigrée » s’impose dans le débat politique national et ce jusqu’à aujourd’hui. Les immigrés sont présentés comme responsables du chômage, de la faillite du système éducatif, de la paupérisation des banlieues des grandes métropoles et de l’insécurité des personnes et des biens. On observe alors un durcissement du discours de la droite faisant de la sécurité un thème de campagne récurrent et elle décrédibilise la gauche soupçonnée depuis les régularisations de 1982 de favoriser l’immigration donc le chômage et l’insécurité ! Enfin la gauche en 1995 n’est plus rassemblée : devant les dérives et les abandons socialistes d’autres formations émergent. Les « Verts », mouvement écologique ancré à gauche mais aussi la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) et Lutte Ouvrière (LO, devenue depuis le Nouveau Parti Anticapitaliste, NPA) qui en accentuant l’érosion communiste rognent aussi le PS et en entraînent le renforcement des clivages internes. En 1995 Lionel Jospin et son « droit d’inventaire » réussit de justesse à conserver l’unité du PS mais celui-ci paraît bien isolé sur l’échiquier politique national. Le programme commun de 1972 est à reconstruire.

 *          *          *

                         En 1995 François Mitterrand détruit par un cancer généralisé quitte pourtant le pouvoir au terme normal de son mandat, après l’élection à la présidence de Jacques Chirac le candidat de la droite. Il laisse l’image d’un homme politique d’exception par son envergure intellectuelle, son adresse politicienne, sa stature internationale, son habileté à saisir le sens de l’histoire dans les relations internationales. Mais son bilan moral, économique et idéologique est mauvais. En somme les deux septennats socialistes laissent une France agrandie mais une gauche affaiblie. Paradoxe de l’exercice du pouvoir. Si la gauche a existé entre 1972 et 1995 sous la forte stature de son « commandeur » elle est a nouveau divisée en 1995. C’est d’ailleurs sous le slogan de « Gauche plurielle » que Lionel Jospin mènera ses campagnes de 1997.

© Erwan BERTHO (Révision 2017, révision 2019)

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