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Un traitement expérimental contre le cancer surprend les chercheurs : leurs cheveux blancs ont retrouvé la couleur de leur jeunesse

En Espagne, des patients traités pour un cancer du poumon ont vu leurs cheveux gris foncer de nouveau, au grand étonnement des médecins.

Un essai clinique mené en Espagne sur de nouveaux médicaments d’immunothérapie contre le cancer du poumon a réservé une surprise inattendue aux chercheurs, rapporte le service en espagnol de la BBC, BBC Mundo : chez une partie des malades, les cheveux blancs ont repris la teinte sombre de leurs jeunes années.

Un essai d’immunothérapie qui ne se passe pas comme prévu

Dans cette étude, 52 patients atteints d’un cancer du poumon ont reçu des traitements d’immunothérapie de dernière génération. Ces médicaments – vendus sous les noms Keytruda, Opdivo et Tecentriq – sont déjà connus en oncologie : ils n’attaquent pas directement la tumeur, mais « réveillent » le système immunitaire pour qu’il reconnaisse et combatte les cellules cancéreuses.

Les médecins s’attendaient donc à observer des effets indésirables classiques de ce type de traitement, notamment des réactions inflammatoires, de la fatigue ou des problèmes cutanés. En revanche, ils se préparaient plutôt à voir tomber les cheveux, comme avec la chimiothérapie traditionnelle, qu’à les voir… se repigmenter.

Sur 52 patients atteints d’un cancer du poumon, 14 ont vu leurs cheveux se colorer de nouveau pendant l’immunothérapie.

C’est ce phénomène rarissime qui a attiré l’attention de l’équipe. Interrogée par BBC Mundo, Noelia Rivera, dermatologue à l’Université autonome de Barcelone et coautrice de l’étude, raconte : « C’était un effet secondaire totalement inattendu ».

Des cheveux gris qui redeviennent bruns ou noirs

Tout commence lorsqu’un premier patient signale à l’équipe un changement net de couleur de cheveux. Sur le moment, les chercheurs pensent à un cas isolé, possiblement lié à un autre médicament ou à un facteur personnel.

Ils décident tout de même de vérifier. En discutant avec les autres participants, puis en comparant des photos prises avant et après le début du traitement, une tendance nette se dessine :

  • 13 patients ont vu leurs cheveux devenir marron foncé ou noirs ;
  • chez un patient, seules certaines zones de la chevelure se sont recolorées ;
  • chez les autres, soit ils n’avaient pas de cheveux blancs au départ, soit aucune modification n’a été constatée.

L’effet ne touche donc pas tout le monde, mais un quart environ du groupe suivi. Cette proportion est déjà jugée suffisamment inhabituelle pour intriguer les chercheurs.

Reste une question délicate à trancher : s’agit-il exactement de la couleur d’origine de la chevelure, ou d’un simple foncement général, sans rapport précis avec le ton naturel du patient ?

« Les patients nous expliquent que c’est la couleur qu’ils avaient jeunes », précise Noelia Rivera à BBC Mundo. Elle ajoute toutefois une réserve : en Espagne, où a été menée l’étude, la majorité des personnes ont les cheveux marron foncé ou noirs, et le groupe ne comptait pas de participants blonds. Difficile donc d’affirmer « avec une certitude absolue » qu’il ne s’agit pas d’un « simple assombrissement non spécifique » de la chevelure.

Un mécanisme encore totalement mystérieux

Comment ces médicaments, destinés à stimuler les défenses immunitaires contre le cancer, parviennent-ils à recolorer des cheveux devenus blancs ? À ce stade, les scientifiques n’ont pas la réponse.

Les photos publiées dans la revue médicale qui a relayé l’étude montrent pourtant des changements nets : des cheveux largement grisonnants qui, au fil des mois, prennent une teinte uniforme plus sombre.

Les chercheurs n’ont, pour l’instant, pas réussi à identifier précisément le mécanisme biologique qui inverse le processus de grisonnement.

Les cheveux deviennent blancs lorsque les cellules responsables de la production de mélanine dans le follicule pileux – les mélanocytes – cessent de fonctionner ou disparaissent. En théorie, une recoloration suppose que ces cellules soient réactivées ou remplacées. Mais le lien exact entre ce phénomène et le blocage de certains freins du système immunitaire par les immunothérapies reste à démontrer.

Un signe possible de bonne réponse au traitement ?

Un autre aspect intrigue les médecins : l’évolution du cancer chez ces patients aux cheveux « rajeunis ». D’après l’étude, 13 des 14 personnes qui ont vu leur chevelure se repigmenter ont bien répondu au traitement anticancéreux. Leur tumeur a reculé ou s’est stabilisée, ce qui suggère une efficacité réelle des médicaments.

Pour les chercheurs, cette concomitance est loin d’être anodine. Elle laisse penser que le changement de couleur pourrait être un indicateur indirect de la bonne marche du traitement : un organisme dont le système immunitaire est fortement stimulé réagirait à la fois sur la tumeur et sur certains tissus comme les follicules pileux.

Noelia Rivera appelle toutefois à la prudence : cette association reste « du domaine de la spéculation ». L’essai clinique n’est pas terminé, l’échantillon reste limité et de nombreux facteurs peuvent influencer l’état du cancer et des cheveux en parallèle. Impossible, pour le moment, d’utiliser ce phénomène comme un indicateur fiable en pratique clinique.

Un futur remède contre les cheveux blancs ? Les scientifiques se méfient

La médiatisation de ces résultats a immédiatement alimenté une autre question, très éloignée du cancer : peut-on, un jour, transformer cette observation en traitement cosmétique contre les cheveux blancs ?

Les médicaments testés ne peuvent pas être utilisés chez des personnes en bonne santé pour des raisons esthétiques : leurs effets secondaires sont jugés trop graves.

Noelia Rivera l’explique clairement à BBC Mundo : ces immunothérapies bloquent certains mécanismes qui protègent normalement l’organisme des maladies auto-immunes. En les désactivant, on renforce l’attaque contre la tumeur, mais on augmente aussi le risque de dérégler le système immunitaire.

La dermatologue détaille les risques potentiels : ces médicaments « peuvent provoquer toutes sortes de maladies auto-immunes du système endocrinien », perturber la thyroïde, les glandes surrénales ou l’hypophyse, et « affecter le foie de façon auto-immune ». À ces complications s’ajoutent d’autres atteintes possibles, déjà bien documentées avec ce type de traitement (peau, intestin, poumons).

L’idée de prescrire ces molécules à des personnes en bonne santé pour faire disparaître les cheveux blancs est donc écartée d’emblée par les spécialistes. En revanche, ce phénomène ouvre une piste de recherche fondamentale.

Si les scientifiques parviennent à comprendre par quel chemin biologique précis ces médicaments inversent la dépigmentation, il serait envisageable de cibler cette « voie » avec d’autres molécules, beaucoup plus sûres, ou sous des formes d’administration locales (comme des lotions ou des injections limitées à la peau) with un objectif purement esthétique. Pour l’heure, les tentatives d’identifier ce mécanisme n’ont pas abouti.

Immunothérapie et cheveux : ce que l’on sait en France

En France, l’immunothérapie fait désormais partie des traitements standards de certains cancers, dont le cancer du poumon non à petites cellules dans certaines formes avancées. Des médicaments comme le pembrolizumab (Keytruda), le nivolumab (Opdivo) ou l’atézolizumab (Tecentriq) sont déjà prescrits dans les hôpitaux, sous la surveillance des oncologues.

L’Assurance maladie encadre strictement leur utilisation : ces traitements très coûteux sont réservés à des indications précises, validées par les autorités sanitaires après évaluation de leur efficacité et de leurs risques. Les patients sont suivis de près pour détecter rapidement les effets indésirables liés à l’activation du système immunitaire.

Jusqu’ici, la recoloration de cheveux blancs n’apparaît pas comme un effet secondaire fréquent ou systématiquement rapporté en France. Les notices officielles insistent plutôt sur les risques inflammatoires (peau, intestin, poumon, foie, glandes hormonales) et sur la nécessité d’un suivi spécialisé.

  • En France, ces médicaments sont utilisés avant tout pour traiter certains cancers graves.
  • Leur prescription est réservée aux spécialistes, dans le cadre hospitalier.
  • Aucun usage cosmétique – comme la lutte contre les cheveux blancs – n’est autorisé ni envisagé à ce stade.
  • Pour un patient français suivi en oncologie, l’observation d’un changement de couleur de cheveux pendant une immunothérapie doit donc être signalée à l’équipe médicale, à titre d’information. Cela ne remplace pas les examens d’imagerie, les prises de sang ou les consultations spécialisées qui permettent d’évaluer réellement l’efficacité du traitement.

    Ce que ce phénomène nous apprend sur les cheveux blancs

    Au-delà de l’anecdote, cette étude espagnole apporte un éclairage intéressant sur le fonctionnement des cheveux blancs. Le grisonnement est lié au vieillissement et à la génétique : les cellules pigmentaires des follicules pileux produisent progressivement moins de mélanine, jusqu’à cesser toute activité.

    On pensait, longtemps, que ce processus était largement irréversible. Ces cas de repigmentation associés aux immunothérapies suggèrent que, dans certains contextes, le follicule peut retrouver sa capacité à produire un pigment, ou être « relancé » par une modification de l’environnement immunitaire local.

    Pour les chercheurs qui travaillent sur le vieillissement, la peau ou les annexes cutanées, ce type d’observation sert de point de départ à de nouvelles hypothèses : rôle de l’inflammation chronique, interactions entre cellules immunitaires et cellules pigmentaires, influence de certains signaux moléculaires communs au cancer et au vieillissement.

    Si, un jour, des traitements ciblés apparaissent pour retarder l’arrivée des cheveux blancs ou en inverser une partie, ils viendront probablement de cette compréhension fine des mécanismes biologiques, et non de la simple réutilisation des puissantes immunothérapies réservées aux cancers les plus graves.

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