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L’éthanol des stations pourrait devenir vert et amer : la raison n’a rien à voir avec les moteurs, et la date est déjà avancée à 2027

Au Brésil, le gouvernement veut modifier l’éthanol vendu en station pour lutter contre des boissons clandestines, quitte à bousculer les automobilistes.

Au Brésil, l’Agence nationale du pétrole, du gaz naturel et des biocarburants (ANP) prépare une évolution majeure pour l’éthanol carburant. Comme le rapporte le site d’information brésilien g1, l’objectif n’a rien à voir avec les performances des moteurs, mais avec la lutte contre la fabrication illégale de boissons alcoolisées, parfois mortelles.

Pourquoi l’éthanol des stations inquiète les autorités brésiliennes

Au Brésil, l’éthanol hydraté carburant sert normalement uniquement à alimenter les voitures. Pourtant, une partie de ce produit est détournée vers la fabrication clandestine de boissons, ensuite vendues comme de l’alcool de consommation courante.

Cette inquiétude a pris une dimension particulière après un scandale survenu en 2025 dans le pays, avec des intoxications liées au méthanol. Cette substance, toxique pour l’être humain, avait été retrouvée dans des boissons alcoolisées trafiquées, entraînant des cas graves d’empoisonnement.

La Résolution du Conseil national de politique énergétique impose à l’ANP d’étudier des moyens de prévenir le détournement de l’éthanol carburant vers les boissons clandestines.

Dans ce contexte, l’ANP a approuvé en septembre 2026 un vaste travail technique. Ce document propose de modifier la composition de l’éthanol hydraté vendu en station pour rendre son utilisation illégale dans les boissons beaucoup plus compliquée, voire impossible sans détection par le consommateur.

Un éthanol au goût très amer pour dissuader les fraudeurs

La solution considérée comme définitive par l’ANP consiste à ajouter au carburant une substance bien particulière : le benzoate de denatonium. Il s’agit d’un agent extrêmement amer, déjà utilisé dans de nombreux produits de la vie courante.

On le retrouve par exemple dans certains articles d’hygiène ou de nettoyage, justement pour éviter qu’ils ne soient ingérés par confusion avec des boissons ou pour limiter les risques d’empoisonnement accidentel, notamment chez les enfants.

Selon l’ANP, le benzoate de denatonium rendrait immédiatement perceptible toute tentative d’utiliser l’éthanol carburant dans la fabrication de boissons alcoolisées.

L’idée est simple : si des fraudeurs utilisent l’éthanol de station pour fabriquer une cachaça ou un autre alcool de contrebande, le goût deviendrait si amer que le consommateur détecterait immédiatement l’anomalie. La fraude perdrait ainsi une grande partie de son intérêt économique.

Des tests indispensables avant toute généralisation

Pour autant, l’ANP ne peut pas modifier du jour au lendemain la composition d’un carburant utilisé par des millions de véhicules. L’agence prévoit donc une campagne de tests pour vérifier l’absence d’impact sérieux sur les moteurs.

Les ingénieurs devront vérifier plusieurs points :

  • compatibilité du benzoate de denatonium avec les matériaux des systèmes d’alimentation en carburant ;
  • absence de dégradation anormale des pièces (durites, injecteurs, joints, réservoirs) ;
  • effets éventuels sur les émissions polluantes des moteurs à combustion interne ;
  • interaction possible avec les systèmes de dépollution, en particulier le catalyseur.

La propre ANP reconnaît qu’il n’existe pas de précédent documenté d’utilisation de cette substance dans de l’éthanol destiné aux moteurs. L’agence a donc engagé des essais physico-chimiques dans son Centre de recherches et d’analyses technologiques (CPT), en complément de l’étude réglementaire.

Une première étape plus simple : un éthanol coloré en vert dès 2027

En attendant la validation complète de la solution « goût amer », l’ANP souhaite mettre en place une mesure plus rapide : teindre l’éthanol carburant en vert.

Concrètement, les usines qui produisent l’éthanol hydraté pour les stations-service devraient y ajouter un colorant vert avant la distribution. Cette simple coloration visuelle faciliterait le repérage des détournements, notamment dans les opérations de contrôle et les enquêtes sur les boissons suspectes.

L’ANP prévoit une révision de la réglementation afin de rendre obligatoire un colorant vert dans l’éthanol carburant, avec une mise en œuvre espérée dès 2027.

Pour y parvenir, l’agence doit mettre en marche tout un processus réglementaire, qui comprend plusieurs étapes formelles :

  • élaboration d’une analyse d’impact réglementaire ou d’une note technique de régulation ;
  • organisation d’une consultation et d’une audience publiques ;
  • vote final par la direction collégiale de l’ANP.
  • La réglementation révisée devrait prévoir une période de transition, afin que les producteurs d’éthanol puissent adapter leurs lignes de production et leur logistique. L’objectif affiché par l’ANP est une entrée en vigueur de l’obligation du colorant vert encore en 2027.

    Un dispositif construit avec l’industrie de l’automobile et des boissons

    Le rapport approuvé par l’ANP ne sort pas de nulle part. Il a été commandé par le Conseil national de politique énergétique (CNPE) et par le Tribunal des comptes de l’Union (TCU), qui ont tous deux demandé des mesures plus strictes contre la fraude.

    Pour élaborer ses propositions, l’ANP a réuni autour de la table un large éventail d’acteurs :

    • producteurs d’éthanol ;
    • distributeurs de carburants liquides ;
    • fournisseurs de colorants ;
    • entreprises d’inspection de la qualité des carburants ;
    • Association nationale des constructeurs de véhicules automobiles (Anfavea), l’équivalent brésilien de la Plateforme automobile en France ;
    • Câmara Setorial da Cachaça, instance rattachée au ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de l’Approvisionnement.

    Des essais physico-chimiques ont été réalisés au Centre de recherches de l’ANP, en parallèle d’une analyse d’autres études existantes. Le rapport final a été transmis début septembre 2026 au ministère des Mines et de l’Énergie, qui préside le CNPE, ainsi qu’au Tribunal des comptes.

    Les réserves de l’industrie automobile brésilienne

    Contactée par g1, l’Anfavea s’est montrée prudente. L’association rappelle, dans une note, qu’« en l’absence d’un historique représentatif d’usage et d’application de la substance dénaturante “benzoate de denatonium” dans l’éthanol carburant, nous ne disposons pas d’une base technique permettant d’évaluer son impact sur les systèmes d’alimentation et d’échappement des moteurs à combustion interne ».

    L’organisation professionnelle considère qu’« il serait plus prudent de mettre en place un programme de validation incluant des essais de durabilité et d’émissions ». Elle insiste aussi sur un point : « L’idéal serait que, aussi bien pour la finalité dénaturante que pour l’application de colorants, soient retenues des substances exemptes de métaux, afin d’éviter tout type de contamination ou d’empoisonnement du catalyseur ».

    Ces réserves montrent que la transition vers un éthanol amer ne se fera pas sans une batterie d’essais approfondis, destinés à rassurer les constructeurs comme les conducteurs.

    Ce que cela changerait pour les automobilistes brésiliens

    Si les deux mesures envisagées par l’ANP aboutissent, l’éthanol distribué dans les stations brésiliennes pourrait présenter deux caractéristiques nouvelles :

    Caractéristique Effet attendu
    Colorant vert Repérage visuel de l’éthanol carburant et détection plus facile des détournements vers les boissons
    Benzoate de denatonium Goût extrêmement amer rendant toute boisson issue de cet éthanol immédiatement suspecte pour le consommateur

    Pour l’automobiliste, l’objectif est que ces ajouts restent neutres sur la conduite du véhicule : pas de changement de consommation, pas d’impact sur la fiabilité, ni sur la durée de vie des systèmes de dépollution. Les tests annoncés par l’ANP devront justement confirmer ce point.

    En revanche, pour les filières de fraude et de contrebande, l’intérêt de détourner l’éthanol des stations vers la fabrication de boissons serait fortement réduit, ce qui pourrait contribuer à limiter les intoxications liées à des alcools trafiqués.

    Que se passe-t-il en France avec l’éthanol carburant ?

    La situation française diffère nettement de celle décrite au Brésil. En France, l’éthanol utilisé comme carburant se retrouve principalement dans :

    • le SP95-E10, qui contient une proportion d’éthanol d’origine agricole ;
    • le superéthanol-E85, destiné aux véhicules dits « flexfuel » ou équipés de boîtiers homologués.

    Ces carburants sont strictement encadrés par la réglementation européenne et française, notamment en matière de composition, de traçabilité et de sécurité. Les modifications de formulation suivent un processus normatif européen et sont évaluées avec les constructeurs automobiles, via les instances professionnelles.

    En France, l’enjeu central lié à l’éthanol reste plutôt la réduction des émissions de gaz à effet de serre et la dépendance aux carburants fossiles. L’éthanol issu de la biomasse est présenté comme un biocarburant permettant de diminuer une partie des émissions sur l’ensemble du cycle de vie, à condition que la filière agricole associée reste maîtrisée.

    La problématique du détournement de carburant pour fabriquer des boissons alcoolisées reste marginale dans l’espace public français. Les contrôles sur la production de spiritueux, la distribution d’alcool et la lutte contre la contrefaçon relèvent notamment de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), en lien avec les douanes et la police judiciaire.

    Benzoate de denatonium, corants : ce que les consommateurs doivent savoir

    Le benzoate de denatonium est souvent présenté comme l’une des substances les plus amères connues. On en ajoute en très petites quantités dans des produits variés : liquides de lave-glace, certains détergents ou produits ménagers, voire des préparations pour décourager l’ingestion accidentelle par les enfants ou les animaux.

    Le principe repose sur un réflexe simple : la sensation d’amertume intense pousse immédiatement à recracher le produit, limitant les risques d’empoisonnement. C’est ce mécanisme que l’ANP souhaite transposer au carburant éthanol pour réduire l’attrait de ce produit pour les faussaires de boissons.

    Les colorants utilisés dans les carburants répondent eux aussi à des cahiers des charges stricts. Ils doivent être stables, facilement identifiables et ne pas interférer avec le fonctionnement normal des moteurs ni avec les systèmes de dépollution. C’est la raison pour laquelle l’Anfavea insiste sur la nécessité de retenir des substances exemptes de métaux, afin d’éviter toute atteinte au catalyseur.

    Pour les consommateurs brésiliens, ces évolutions pourraient se traduire par un carburant visuellement différent, mais théoriquement sans effet sur le quotidien à la pompe. L’impact se situerait surtout sur la sécurité sanitaire, en rendant plus risqué et moins attractif le recours à l’éthanol de station comme base d’alcools de contrebande.

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