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Des dinosaures retrouvés « momifiés » aux États-Unis : ce ne sont ni les hommes ni le désert qui les ont conservés 66 millions d’années

Des dinosaures retrouvés « momifiés » aux États-Unis : ce ne sont ni les hommes ni le désert qui les ont conservés 66 millions d'années

Dans le Wyoming, aux États-Unis, des fossiles étonnamment détaillés éclairent un mécanisme naturel de conservation longtemps resté difficile à comprendre.

Dans l’est du Wyoming, des paléontologues ont étudié des restes d’Edmontosaures dont la peau, les écailles et même des traces de sabots ont laissé une empreinte saisissante. Le média numérique brésilien Olhar Digital rapporte qu’une étude publiée dans la revue scientifique Science attribue cette conservation hors norme à l’action inattendue de micro-organismes.

Une zone connue depuis le début du XXe siècle

L’histoire débute en 1908. Cette année-là, le chasseur de fossiles Charles H. Sternberg trouve dans cette région un premier squelette de dinosaure présentant une peau écailleuse conservée. Le spécimen rejoint ensuite le Musée américain d’histoire naturelle, à New York.

Un second fossile, issu de la même zone, est mis au jour l’année suivante puis envoyé dans un musée allemand. Ces découvertes ont donné à cette portion du Wyoming le surnom de « zone des momies », tant les détails visibles sur certains squelettes paraissaient inhabituels.

Plus d’un siècle après les premières trouvailles, une équipe de paléontologues est retournée sur place. Elle y a trouvé deux autres fossiles d’Edmontosaure, un grand dinosaure herbivore qui vivait à la fin du Crétacé. Les nouveaux spécimens montrent eux aussi des contours de peau et des reliefs très précis.

Les fossiles ne conservent pas la chair ni la peau d’origine : ils gardent une sorte de moulage minéral de leur surface.

Le rôle inattendu des micro-organismes

À l’époque des dinosaures, l’est du Wyoming ne ressemblait pas au paysage actuel. La zone formait une vallée fluviale proche du littoral, soumise à des inondations saisonnières. Les animaux seraient morts dans cet environnement avant que leurs corps ne restent un temps à l’air libre.

Cette exposition aurait permis aux carcasses de se dessécher sous le soleil. Puis des crues auraient recouvert les corps de boue et de sable. Cette succession d’étapes a créé des conditions favorables à une conservation exceptionnelle des reliefs extérieurs.

Les chercheurs ont examiné les fossiles grâce à la tomographie par ordinateur et à la microscopie électronique. Ils n’y ont pas relevé de matière organique. La chair et la peau des animaux se sont donc bien décomposées avant la fossilisation.

La clé se situe dans ce qui a suivi. Des micro-organismes se sont nourris des tissus en décomposition et ont formé un biofilm, c’est-à-dire une fine pellicule constituée de micro-organismes. Cette couche a ensuite été recouverte d’argile et de minéraux. Elle a ainsi reproduit les textures présentes à la surface du corps, dont les écailles et les contours des pattes.

Une enveloppe devenue minérale

Ce processus ne correspond pas à une momification au sens où l’entend l’archéologie humaine. Aucun embaumement, aucune intervention humaine et aucun procédé artificiel ne sont en cause. Le terme de « momie » décrit ici l’aspect remarquable du fossile, dont la silhouette semble avoir traversé les millions d’années.

  • Le corps aurait d’abord séché à l’air libre.
  • Les tissus mous se seraient décomposés sous l’action de micro-organismes.
  • Un biofilm aurait enregistré la forme de la peau.
  • La boue, le sable et les minéraux auraient fixé durablement cette empreinte.

Les auteurs de l’étude estiment que cette enveloppe microbienne a joué le rôle d’une capsule temporelle naturelle. Elle explique pourquoi ces animaux terrestres livrent autant d’indices sur leur apparence extérieure.

Pourquoi ces fossiles surprennent les paléontologues

Les fossiles qui préservent des détails de peau sont rares. Dans de nombreux cas, seuls les os et les dents résistent assez longtemps pour être enfouis puis minéralisés. Les tissus mous disparaissent généralement très vite après la mort.

Les conditions les plus favorables à une conservation fine se rencontrent souvent dans des milieux aquatiques calmes et pauvres en oxygène. Dans ces contextes, les organismes responsables de la décomposition agissent moins rapidement. Or, les Edmontosaures du Wyoming ont été retrouvés dans un ancien environnement fluvial, un cadre beaucoup moins attendu pour des spécimens d’une telle qualité.

Selon les auteurs de l’étude cités par Olhar Digital, ces fossiles constituent « une fenêtre directe sur le passé ».

Cette expression prend tout son sens : les os renseignent sur la taille et l’anatomie interne d’un animal, tandis que les empreintes de peau peuvent aider à reconstituer son aspect général. Les traces de sabots signalées sur ces spécimens apportent aussi des éléments sur les extrémités des pattes de ces dinosaures herbivores.

Ce que ces trouvailles changent pour les recherches futures

La « zone des momies » pourrait encore abriter d’autres spécimens. Chaque découverte dans ce secteur permettrait de comparer les différentes étapes de conservation et de mieux déterminer les conditions nécessaires à la formation de ces enveloppes minérales.

Les paléontologues ne cherchent pas seulement des squelettes complets. Ils étudient aussi les roches qui entourent les fossiles, la taille des grains de sable, la présence d’argile et les marques laissées par les anciens cours d’eau. Ces indices permettent de restituer le paysage dans lequel les animaux ont vécu, puis sont morts.

Un biofilm est souvent associé, dans la vie quotidienne, à une fine couche qui se développe sur une surface humide. Dans le cas de ces dinosaures, son rôle a été tout autre : il a servi de matrice avant d’être remplacé par des minéraux. C’est cette transformation qui donne aujourd’hui l’illusion d’une peau encore présente.

La situation en France

En France, l’étude des fossiles mobilise notamment les collections du Muséum national d’Histoire naturelle et les travaux d’équipes universitaires ou associées au CNRS. Les fossiles constituent des archives du vivant ancien : leur intérêt ne se limite pas à l’animal lui-même, mais concerne aussi le terrain, les sédiments et l’environnement dans lequel ils se sont formés.

Les spécimens présentant des empreintes de tissus mous ou de peau intéressent particulièrement les scientifiques, car ils sont bien moins fréquents que les os fossilisés. Ils peuvent fournir des indications sur l’apparence externe d’espèces disparues, tout en rappelant une limite majeure : une texture minéralisée ne signifie pas que la matière organique originelle a survécu.

Le cas du Wyoming montre surtout que la fossilisation dépend d’une succession très précise d’événements. Un dessèchement initial, une activité microbienne, un enfouissement rapide et une minéralisation ont ici agi ensemble. Sans cet enchaînement, les Edmontosaures auraient probablement laissé des os, mais pas ces silhouettes de peau capables de traverser près de 66 millions d’années.

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