HGlycee.fr

Plus de 230 000 enfants aux urgences en 24 ans : les médecins réclament l’interdiction des trotteurs pour bébés

Aux États-Unis, les blessures liées aux trotteurs pour bébés continuent d’inquiéter les pédiatres malgré un net recul observé depuis les années 1990.

Publié le 17 septembre 2018, le reportage de la radio publique américaine NPR revient sur une étude consacrée aux accidents de trotteurs. Ses auteurs demandent l’interdiction de ces équipements, estimant que les normes renforcées ont réduit les risques sans les faire disparaître.

Des milliers de jeunes enfants blessés aux États-Unis

Les trotteurs sont conçus pour permettre à des bébés qui ne marchent pas encore de se déplacer assis dans une structure montée sur roulettes. Leur mobilité rapide peut pourtant devenir dangereuse, notamment à proximité d’un escalier, d’une cuisine ou d’une salle de bains.

Entre 1990 et 2014, plus de 230 000 enfants américains âgés de moins de 15 mois ont été pris en charge aux urgences pour des blessures associées à l’usage d’un trotteur.

L’étude, publiée dans une revue médicale américaine, recense notamment des fractures du crâne, des commotions cérébrales, des fractures osseuses et d’autres traumatismes. Les chutes dans les escaliers figurent parmi les scénarios les plus graves.

Le docteur Benjamin Hoffman, pédiatre et président du comité sur les blessures, la violence et la prévention des intoxications de l’Académie américaine de pédiatrie, ne cache pas sa position. « Je considère les trotteurs comme des objets intrinsèquement dangereux, qui n’apportent absolument aucun bénéfice et ne devraient pas être vendus aux États-Unis », affirme-t-il.

Une baisse des accidents, mais un risque qui demeure

Les campagnes de prévention et le renforcement progressif des règles de fabrication ont eu un effet mesurable. Selon l’étude, le nombre de blessures liées aux trotteurs est passé de près de 21 000 en 1990 à 3 200 en 2003.

En 2010, la Commission américaine de sécurité des produits de consommation a durci les exigences applicables à ces équipements. Les fabricants ont notamment dû intégrer des dispositifs destinés à limiter les chutes dans les escaliers, comme des freins. Durant les quatre années ayant suivi l’entrée en vigueur de ces règles fédérales obligatoires, les blessures ont encore reculé de 23 % par rapport aux quatre années précédentes.

Pour les auteurs, cette amélioration ne suffit pas. Le docteur Gary Smith, auteur principal de l’étude et directeur d’un centre de recherche sur les blessures infantiles à l’hôpital pour enfants Nationwide, situé à Columbus dans l’Ohio, rappelle que les urgences accueillent toujours environ 2 000 enfants par an pour ce type d’accident.

« Malgré ce grand succès, 2 000 enfants sont encore soignés chaque année aux urgences pour des blessures, dont beaucoup sont graves », déclare le docteur Gary Smith.

Le médecin soutient donc la position de l’Académie américaine de pédiatrie : les trotteurs ne devraient plus être vendus ni utilisés. Selon lui, ces produits n’ont plus de raison de rester disponibles sur le marché.

Les accidents surviennent en quelques secondes

Le danger tient en partie à la vitesse. D’après l’estimation du docteur Gary Smith, un bébé placé dans un trotteur peut parcourir environ 1,20 mètre en une seconde. Il peut ainsi atteindre une zone risquée avant qu’un adulte ait le temps d’intervenir.

Le docteur Jerri Rose, médecin urgentiste pédiatrique et professeure de médecine à Cleveland, explique continuer à recevoir des nourrissons blessés dans ces équipements. Elle dit avoir constaté une légère diminution des cas, sans voir les accidents disparaître.

« Ils ne sont vraiment pas sûrs », affirme-t-elle, soulignant que certains parents peuvent les utiliser comme une solution de garde temporaire afin de réaliser une autre tâche.

  • Un enfant peut dévaler un escalier sans pouvoir se retenir.
  • Il peut accéder à une baignoire, une piscine ou une cuisine jusque-là hors de portée.
  • Il peut tirer un récipient chaud posé sur une cuisinière et subir des brûlures.
  • Les chocs à la tête peuvent être particulièrement sévères lors d’une chute sur un sol dur.

Le reportage évoque aussi des noyades et des brûlures rapportées par les professionnels de santé. Une enquête antérieure avait identifié huit décès de nourrissons entre 2004 et 2008 à la suite de blessures liées à des trotteurs.

Au Canada, une interdiction depuis 2004

Les médecins américains cités par NPR souhaitent que les États-Unis suivent l’exemple du Canada. Le pays a interdit en 2004 la fabrication, la vente et l’importation des trotteurs pour bébés.

La Commission américaine de sécurité des produits de consommation met, elle, en avant la diminution marquée des blessures depuis le renforcement des normes de 2010. Dans une déclaration transmise à NPR, l’agence indique continuer à surveiller la sécurité de ces produits.

Les défenseurs d’une interdiction estiment que l’existence de règles techniques ne suffit pas face à des accidents susceptibles de causer des traumatismes graves. Ils pointent aussi le fait que de nombreux trotteurs continuent à circuler, notamment lorsqu’ils sont transmis d’une famille à une autre.

Quelle situation en France ?

En France, le trotteur pour bébé est aussi couramment appelé « youpala ». Les recommandations de prévention destinées aux parents déconseillent son usage, en raison du risque de chute et de l’accès facilité à des zones dangereuses du logement.

Un trotteur ne constitue pas une aide nécessaire à l’apprentissage de la marche. Le docteur Jerri Rose indique que des études ont même montré qu’il pouvait ralentir le développement moteur. L’enfant apprend habituellement à se déplacer en explorant le sol, en se retournant, en rampant, puis en se mettant progressivement debout avec un appui adapté.

Une alternative sans roulettes

Pour limiter les dangers décrits dans l’étude, le docteur Jerri Rose recommande les centres d’activités fixes. Ces équipements permettent au bébé de manipuler des jouets et de rester occupé, sans pouvoir traverser rapidement une pièce ou s’approcher d’un escalier.

La vigilance reste nécessaire avec l’ensemble du matériel de puériculture. Le reportage rappelle qu’aux États-Unis, une mauvaise utilisation des trotteurs, porte-bébés, poussettes, tables à langer et sièges de bain conduit régulièrement de jeunes enfants à l’hôpital. Un équipement présenté comme pratique ne remplace donc jamais la surveillance directe d’un adulte.

Défiler vers le haut