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Il y a 63 ans, Dalí a peint cette Vespa avant un tour du monde : elle est aujourd’hui le scooter le plus cher de la planète

Vespa S 125 de 1962 avec peintures surréalistes de Salvador Dalí: croix, épée et couronne, signature de l'artiste visible sur le carénage blanc et bleu.

En 1962, en Espagne, deux étudiants ont confié leur Vespa à Salvador Dalí avant un tour du monde de 79 jours, transformant leur scooter en pièce unique.

Cette histoire, racontée par le site spécialisé espagnol Motorpasión Moto, relie l’univers de l’art surréaliste et celui du deux-roues à travers une simple Vespa S 125 devenue, avec le temps, le scooter le plus cher de la planète. Peinte par Salvador Dalí lui-même, rebaptisée « Dulcinea » et lancée dans un tour du monde audacieux par deux étudiants espagnols, elle repose aujourd’hui dans une vitrine du musée Piaggio, en Italie.

Une modeste Vespa S 125 devenue objet de culte

À l’origine, rien d’extraordinaire : une humble Vespa S 125 de 1962, produite sous licence par MotoVespa en Espagne. Ce petit scooter urbain, pensé pour les déplacements du quotidien, n’a rien d’une série spéciale ni d’un prototype futuriste.

Motorpasión Moto rappelle qu’en tenant compte de l’évolution des prix, son coût à l’époque équivaudrait aujourd’hui à environ 28 000 euros. Une somme déjà élevée pour un simple scooter, mais qui ne reflète plus du tout sa valeur réelle actuelle.

Ce qui fait la singularité de ce modèle, c’est qu’il s’agit de la seule Vespa au monde jamais peinte par Salvador Dalí.

Cette particularité suffit à la placer hors catégorie sur le marché des collectionneurs, où l’association d’un véhicule historique et d’un grand nom de l’art fait exploser les estimations.

Deux étudiants espagnols et un projet fou : faire le tour du monde en Vespa

L’histoire commence avec une idée qui paraissait insensée au début des années 1960 : deux étudiants espagnols, Santiago Guillén et Antonio Veciana, décident de faire le tour du monde en scooter. Ils baptisent leur Vespa du nom de « Dulcinea », clin d’œil à l’héroïne du Don Quichotte de Cervantès.

Pour rendre leur aventure possible, ils cherchent des soutiens. Selon Motorpasión Moto, ils obtiennent l’appui du gouvernement espagnol, du constructeur MotoVespa, de la chaîne hôtelière Hilton et de la compagnie aérienne British Overseas Airways, ancêtre de British Airways.

  • Un scooter Vespa S 125 de 1962
  • Deux étudiants espagnols, Santiago Guillén et Antonio Veciana
  • Un tour du monde bouclé en 79 jours
  • Un projet soutenu par des entreprises et les autorités espagnoles

Mais l’élément qui va tout changer naît d’un geste improvisé, presque absurde : passer un coup de fil à Salvador Dalí.

Un coup de téléphone improbable… décroché par Dalí en personne

Les deux étudiants racontent qu’ils ont simplement ouvert l’annuaire, cherché le nom « Dalí » et composé le numéro. Au bout du fil, ils s’attendent à tomber sur une secrétaire.

Au lieu de cela, c’est le peintre qui répond en personne. Ils commencent : « La secrétaire de monsieur Dalí ? Nous sommes deux étudiants universitaires… ». La voix coupe court : « Je suis Dalí, racontez-moi. »

Ils lui proposent alors de décorer la Vespa qui doit les emmener autour du globe. D’après Motorpasión Moto, Salvador Dalí accepte contre toute attente, et avec enthousiasme.

Le peintre leur explique qu’il n’a jamais peint de moto, et les invite à venir à Cadaqués, son refuge de la Costa Brava.

Transporter la Vespa jusqu’à la maison de l’artiste devient déjà une petite expédition. Mais la scène la plus marquante se déroule une fois à l’intérieur du salon.

Une Vespa peinte face à un ours dissimulé dans le salon de Dalí

Devant les deux jeunes, Salvador Dalí lâche une phrase à son image, rapportée par Motorpasión Moto : « Mieux ici, parce que quand je peins des motos, je dois voir un ours. »

Dans la pièce se trouve en effet un ours naturalisé de deux mètres cinquante. C’est sous ce regard figé que le peintre se met au travail.

Sur les flancs de la Vespa, Dalí trace une croix, une épée et une couronne, motifs forts emprunts de symbolique. Il signe son nom sur le capot droit et inscrit celui de Gala, sa muse et compagne, sur le capot gauche.

En quelques gestes, le scooter utilitaire se transforme en œuvre d’art roulante, prête pourtant à supporter les contraintes extrêmes d’un tour du monde.

La petite S 125 est alors configurée pour encaisser jusqu’à 347 kilos de charge, incluant le pilote, le passager, les bagages, un appareil photo et 35 rouleaux de pellicule. Rien de très muséal a priori… sauf que son carénage porte désormais la patte d’un des artistes les plus célèbres du XXe siècle.

Pourquoi Dalí a-t-il accepté ce projet ?

Interrogés plus tard, Santiago Guillén et Antonio Veciana donnent toujours la même explication. Selon eux, Dalí a accepté simplement parce qu’il était fidèle à son tempérament.

Ils résument ainsi la motivation du peintre : « Parce que Dalí était comme ça. C’était un projet tellement étrange et original, aussi étrange que lui, et c’est ce qui l’a convaincu. »

Dalí trouvait dans cette Vespa un support inattendu, parfaitement en phase avec son goût pour les situations décalées, à la limite de la performance artistique.

Une Vespa vendue 100 000 pesetas à son retour de voyage

Après 79 jours sur les routes et les pistes, autour du globe, « Dulcinea » revient d’une aventure hors norme. Le scooter, déjà marqué par le génie de Dalí, porte désormais aussi les stigmates du voyage.

À leur retour, comme le rapporte Motorpasión Moto, les deux étudiants vendent la Vespa à MotoVespa pour 100 000 pesetas, la monnaie espagnole de l’époque.

Montant Monnaie d’époque Équivalent en euros (sans inflation)
100 000 pesetas environ 600 euros

La conversion en euros, sans tenir compte de l’inflation, donne un ordre de grandeur : 1 euro équivalait à 166,386 pesetas. Les 100 000 pesetas versées pour la Vespa peinte par Dalí représenteraient donc environ 600 euros d’aujourd’hui, sans correction du niveau de vie.

Ce chiffre symbolique fait de « Dulcinea » la Vespa la plus chère du monde, si l’on se place du point de vue de son prix de cession à l’époque.

Depuis cette vente, le scooter est passé par plusieurs institutions culturelles. Il a été exposé dans des musées prestigieux, dont le musée Guggenheim de Bilbao, avant de trouver sa place actuelle en Italie.

Une pièce phare du musée Piaggio, en Italie

La Vespa S 125 peinte par Salvador Dalí repose aujourd’hui dans le musée Piaggio, à Pontedera, en Toscane, là où est née la marque Vespa. Elle y est présentée sous vitrine, en suspension, comme un objet d’art et de mémoire industrielle.

Pour les visiteurs, « Dulcinea » rappelle à la fois :

  • l’essor du scooter comme véhicule populaire dans l’Europe des années 1960 ;
  • la créativité des jeunes qui cherchaient à se confronter au monde en partant à l’aventure ;
  • l’attrait durable de Salvador Dalí, dont l’univers déborde largement des musées d’art moderne.

Motorpasión Moto résume cette histoire en quelques éléments : « Un téléphone, un génie et une Vespa peinte face à un ours. » L’association improbable de ces trois ingrédients a suffi pour écrire l’une des pages les plus étonnantes de l’histoire du scooter.

Art et deux-roues : quand un véhicule devient œuvre de collection

Pour un lecteur français, cette anecdote illustre un phénomène bien connu dans le milieu des collectionneurs : la valeur d’un véhicule ne tient pas seulement à sa rareté mécanique ou à ses performances. Le contexte, l’histoire et les personnalités associées comptent tout autant.

En France, plusieurs motos ou voitures de série ont vu leur cote grimper dès lors qu’elles étaient liées à une star, à un film ou à un artiste. Une Citroën associée à un grand chanteur, une moto ayant appartenu à un pilote célèbre, ou une voiture utilisée dans un tournage mondialement connu, peuvent atteindre des prix très supérieurs à leur valeur « normale » sur le marché de l’occasion.

La Vespa peinte par Dalí illustre ce mécanisme : un simple scooter devient une pièce d’art et d’histoire, unique et donc pratiquement inestimable.

En France, les amateurs de Vespa et de deux-roues anciens peuvent retrouver un écho de cette histoire dans les concentrations de scooters classiques, les ventes aux enchères spécialisées et les salons de véhicules de collection. Les modèles marqués par une histoire forte, même sans lien avec un artiste de la stature de Dalí, y sont toujours très recherchés.

Ce que cette Vespa dit de la rencontre entre art et mobilité

Cette Vespa met en lumière la façon dont certains objets du quotidien peuvent franchir la frontière entre utilitaire et œuvre d’art. Dans ce cas précis, trois éléments se combinent :

  • La signature d’un artiste majeur, Salvador Dalí.
  • Une aventure marquante, un tour du monde en 79 jours.
  • Un symbole industriel fort, la Vespa, icône de la mobilité populaire.
  • Pour un collectionneur ou un musée, cette combinaison crée une valeur patrimoniale bien supérieure à la somme des parties. Le scooter ne représente plus seulement une technologie d’époque, mais une histoire, un récit complet mêlant audace, culture et imaginaire.

    Cette histoire permet aussi de rappeler que des collaborations entre marques de véhicules et artistes existent encore aujourd’hui, que ce soit dans l’automobile ou la moto. Des carrossiers, des designers ou des peintres interviennent parfois sur des séries limitées ou des pièces uniques. Dans la plupart des cas, ces créations restent destinées à l’exposition, là où « Dulcinea » a réellement roulé, chargé à bloc, sur plusieurs continents.

    Pour les passionnés de Vespa comme pour les amateurs d’art, cette S 125 peinte en Espagne au début des années 1960 et exposée en Italie illustre la capacité d’un simple deux-roues à raconter beaucoup plus que des kilomètres parcourus : elle incarne un moment précis de l’histoire, où un coup de fil osé, le caractère imprévisible d’un artiste et le courage de deux étudiants ont suffi à faire naître le scooter le plus cher de la planète.

    Questions fréquentes

    Comment deux étudiants ont-ils réussi à convaincre Dalí de peindre leur Vespa ?

    Ils ont simplement composé un numéro trouvé dans l'annuaire, et Dalí en personne a répondu. Attiré par le caractère étrange et original du projet, il a accepté avec enthousiasme et les a invités à sa maison de Cadaqués sur la Costa Brava.

    Quels motifs Dalí a-t-il peints sur la Vespa ?

    Le peintre a tracé une croix, une épée et une couronne, symboles forts de sa vision surréaliste. Il a signé son nom sur le capot droit et inscrit celui de Gala, sa compagne, sur le capot gauche.

    Où se trouve aujourd'hui la Vespa peinte par Dalí ?

    Elle repose dans le musée Piaggio à Pontedera en Toscane, en Italie, exposée sous vitrine en suspension comme une pièce d'art et de mémoire industrielle.

    À quel prix la Vespa a-t-elle été vendue après le voyage ?

    Les deux étudiants l'ont vendue à MotoVespa pour 100 000 pesetas, l'équivalent d'environ 600 euros actuels sans correction d'inflation, ce qui fait de « Dulcinea » symboliquement le scooter le plus cher du monde.

    Pourquoi Dalí a-t-il accepté ce projet aussi étrange ?

    Selon les deux étudiants, Dalí a trouvé le projet tellement étrange et original qu'il lui correspondait parfaitement, en phase avec son goût pour les situations décalées et les performances artistiques.
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