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Filmés pour la première fois par drone : des cachalots se donnent des coups de tête, et ce ne sont pas les mâles géants que les scientifiques attendaient

Vue aérienne au drone de cachalots en surface près des Açores se heurtant violemment tête contre tête lors d'un comportement de coup de bélier

Au large des Açores et des Baléares, des chercheurs ont filmé un comportement déroutant chez les cachalots, longtemps cantonné aux récits de marins.

Des scientifiques de l’université de St Andrews, en Écosse, viennent de documenter pour la première fois en vidéo des cachalots qui se percutent violemment avec la tête, rapporte un communiqué scientifique anglophone. Une scène observée au large du Portugal et de l’Espagne qui confirme des témoignages du XIXᵉ siècle… mais révèle que les principaux protagonistes ne sont pas les gigantesques mâles adultes.

Des coups de tête entre cachalots enfin observés depuis le ciel

Entre 2020 et 2022, l’équipe dirigée par le biologiste marin Alec Burslem a mené plusieurs campagnes d’observation dans l’archipel portugais des Açores et autour des îles Baléares, en Espagne. Objectif : mieux comprendre le comportement social des cachalots à proximité de la surface.

Les chercheurs ont utilisé des drones pour filmer les groupes vus depuis le dessus, un angle quasiment impossible à obtenir depuis un bateau. Ces images montrent des cachalots fonçant l’un vers l’autre et se heurtant de face, museau contre museau, dans ce qui ressemble à de véritables « coups de bélier ».

Pour la première fois, des vidéos confirment que les cachalots s’affrontent tête contre tête, comme le racontaient déjà les marins du XIXᵉ siècle.

Leur étude vient d’être publiée dans la revue scientifique spécialisée Marine Mammal Science, une référence dans le domaine des mammifères marins. Jusqu’ici, ce type de scène restait supposé à partir de cicatrices sur les animaux, de rares observations partielles et d’anciens témoignages de marins.

Pas les mâles géants, mais des jeunes subadultes au centre des chocs

Les scientifiques s’attendaient à observer des mâles adultes de très grande taille en train de se percuter, dans un contexte de rivalité sexuelle, comme chez d’autres espèces où les mâles s’affrontent pour l’accès aux femelles.

La surprise vient justement de là : les animaux qui se livrent à ces coups de tête sont des individus plus jeunes, qualifiés de « subadultes » par les chercheurs. Autrement dit, des cachalots qui n’ont pas encore atteint la taille maximale ni le statut de grands mâles dominants.

Pour Alec Burslem et ses collègues, cette découverte bouleverse les hypothèses formulées jusque-là sur la fonction de ce comportement. Elle ouvre plusieurs pistes :

  • un entraînement à des futurs combats entre mâles adultes ;
  • un moyen de tester la force ou le rang social dans le groupe ;
  • un jeu physique qui renforce les liens sociaux, malgré la violence apparente.

Les chercheurs soulignent qu’il manque encore des données pour trancher entre ces scénarios. Ils insistent sur la nécessité d’accumuler davantage de séquences filmées afin de relier ces chocs à d’autres éléments observables : position des animaux dans le groupe, sexe, âge, contexte (présence de femelles, d’ennemis potentiels, etc.).

Un risque pour les baleines… et un écho aux récits de navires coulés

Les cachalots possèdent à l’avant de la tête une structure interne très spécialisée, impliquée dans la production des puissants clics utilisés pour l’écholocation et la communication. Certains biologistes marins s’interrogent donc : utiliser cette tête comme arme ne constitue-t-il pas un danger pour l’animal lui-même ?

Une hypothèse consiste à penser que ces coups de tête dérivent de véritables combats physiques, par exemple lors de rivalités entre mâles. Mais si les structures internes sont endommagées, le cachalot risque de perdre une partie de ses capacités à se repérer ou à communiquer dans les profondeurs.

Transformer un organe clé de l’écholocation en bélier peut rapporter un avantage lors d’un combat, au prix d’un risque sérieux pour l’animal.

Au XIXᵉ siècle, plusieurs récits faisaient déjà état de cachalots lançant leur tête contre des bateaux de chasse. Le cas le plus célèbre reste celui du navire Essex, un trois-mâts de près de 27 mètres, coulé en 1820 près des Galápagos après deux percussions violentes d’un grand cachalot mâle. Cet épisode tragique a inspiré Herman Melville pour son roman Moby Dick.

Le premier lieutenant de l’Essex, Owen Chase, a décrit en détail la trajectoire de l’animal et l’impact ressenti à bord. D’autres navires baleiniers de la même époque, comme l’Ann Alexander ou le Kathleen, ont eux aussi été coulés après des collisions avec des cachalots, selon les archives de la marine de l’époque.

Les drones bousculent les méthodes de recherche sur les cétacés

L’un des enseignements majeurs de ce travail tient au rôle des drones dans la compréhension des mammifères marins. En volant à basse altitude au-dessus des animaux, ces appareils offrent un point de vue global sur le groupe, sans l’angle limité d’un observateur au niveau de l’eau.

Les vues aériennes montrent clairement les trajectoires des animaux, leurs interactions et le moment exact où ils se heurtent, ce qui restait presque impossible à documenter depuis un bateau.

Pour les biologistes, cette nouvelle « fenêtre » sur le comportement de surface permet déjà :

  • d’identifier des postures et des interactions jamais décrites ;
  • de mesurer les tailles relatives sans capturer les animaux ;
  • d’évaluer l’état corporel (maigreur, blessures visibles) à distance ;
  • de limiter la perturbation par rapport aux approches très proches en navire.

Les chercheurs à l’origine de cette étude invitent même toute personne disposant d’images similaires de cachalots à se faire connaître, afin de constituer une base de données plus large sur ces comportements de collision.

Que sait-on des cachalots observés depuis la France ?

Les cachalots fréquentent aussi les eaux fréquentées par des navires français, notamment au large de l’Atlantique Nord et en Méditerranée. Des organismes comme l’Office français de la biodiversité ou des associations spécialisées suivent ces populations, mais les données restent encore limitées en comparaison des espèces plus côtières comme les dauphins.

En France, la surveillance se concentre surtout sur :

  • les risques de collision avec les grands navires marchands ;
  • l’impact du bruit sous-marin sur la communication des cétacés ;
  • la présence de filets ou de lignes de pêche qui peuvent les piéger.
  • Les campagnes menées en Méditerranée ou dans le golfe de Gascogne recourent de plus en plus aux drones et aux avions légers pour repérer et suivre les grands cétacés. Ces techniques restent toutefois strictement encadrées : en France comme ailleurs dans l’Union européenne, le survol rapproché de mammifères marins doit limiter au maximum le dérangement des animaux.

    Pour les équipes françaises, les observations aériennes constituent un outil précieux pour comprendre les déplacements des cachalots, repérer les zones à enjeu (routes maritimes, secteurs de pêche) et ajuster les mesures de protection, sans multiplier les approches en bateau.

    Pourquoi ces coups de tête intriguent tant les scientifiques

    Le comportement de « coup de tête » chez un cétacé aussi massif qu’un cachalot pose plusieurs questions clés de biologie animale. L’acte lui-même mobilise une quantité énorme d’énergie, et expose le crâne et les tissus internes à de fortes contraintes mécaniques.

    Pour qu’un tel comportement se maintienne dans une population, il doit donc apporter un bénéfice réel : accès accru à des partenaires, meilleure protection du groupe, affirmation de la hiérarchie ou renforcement des liens sociaux. Comprendre ce bilan bénéfice/risque aide les chercheurs à mieux cerner l’évolution des cachalots et leurs interactions avec leur environnement.

    Ce travail récent fournit aussi un exemple concret de la manière dont une technologie grand public adaptée à la recherche, en l’occurrence le drone, peut valider ou corriger des hypothèses anciennes. Des récits de marins du XIXᵉ siècle, parfois jugés exagérés, trouvent ici un écho direct dans des séquences filmées et analysées de manière systématique.

    Un terme technique clé : l’écholocation

    L’un des enjeux de ces coups de tête concerne l’écholocation, ce « sonar naturel » utilisé par les cachalots. L’animal émet des clics très puissants, réfléchis par les obstacles ou les proies, puis interprète l’écho reçu. Cette capacité lui permet de chasser dans l’obscurité totale, parfois à plus d’un kilomètre de profondeur.

    La partie antérieure de la tête des cachalots abrite des structures spécialisées pour produire et focaliser ces sons. Les percussions répétées contre un autre animal, voire contre un objet dur, pourraient altérer ce dispositif. Certains chercheurs estiment ainsi que ces coups de tête doivent rester rares ou très contrôlés pour ne pas compromettre la survie à long terme de l’animal.

    Pour les équipes qui travaillent sur ces questions en Europe et ailleurs, chaque nouvelle séquence vidéo apporte des informations précieuses : qui initie le contact, combien de temps dure l’interaction, à quelle fréquence elle se produit au sein d’un même groupe. Autant d’indices qui, mis bout à bout, dessinent peu à peu le sens de ces affrontements spectaculaires observés depuis le ciel.

    Questions fréquentes

    Qu'est-ce que les scientifiques ont observé chez les cachalots ?

    Des cachalots qui se heurtent violemment tête contre tête, museau contre museau, dans ce qui ressemble à des coups de bélier. Ce comportement avait été rapporté par des marins du XIXe siècle mais jamais filmé auparavant.

    Qui se livre à ces coups de tête ?

    Contrairement aux attentes des chercheurs, ce ne sont pas les mâles adultes géants, mais des jeunes cachalots appelés « subadultes », qui n'ont pas encore atteint leur taille maximale ni le statut de grands mâles dominants.

    Pourquoi les cachalots se donnent-ils des coups de tête ?

    Les scientifiques n'ont pas encore tranché. Plusieurs hypothèses existent : un entraînement pour de futurs combats entre mâles adultes, un test de force ou de rang social, ou un jeu physique renforçant les liens sociaux malgré sa violence apparente.

    Quel rôle jouent les drones dans cette découverte ?

    Les drones permettent de survoler les cachalots à basse altitude et d'obtenir une vue aérienne globale du groupe, montrant clairement les trajectoires et interactions, ce qui était presque impossible à documenter depuis un bateau.

    Quels navires ont été coulés par des cachalots ?

    Le plus célèbre cas est celui du navire Essex, un trois-mâts coulé en 1820 près des Galápagos après deux percussions violentes d'un grand cachalot mâle. D'autres bateaux baleiniers comme l'Ann Alexander et le Kathleen ont également été coulés selon les archives de l'époque.
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