PRÉPA BAC – Sujets corrigés, Composition d’Histoire, “L’ONU, une organisation plus efficace que la SDN ?”

PRÉPA BAC – HORIZON ÉTUDES SUPÉRIEURES

Sujets corrigés

COMPOSITION

L’ONU, une organisation plus efficace que la SDN ? 

                Sur la Société des Nations (SDN) créée en 1919 à l’initiative du président des États-Unis, le démocrate Woodrow Wilson (1917), plane l’ombre de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945) qu’elle ne sut pas, dit-on, empêcher. Tandis que l’Organisation des Nations Unies (ONU) semble avoir interdit tout grand conflit et ce alors que le monde vivait au rythme de la « Guerre Froide » (1947-1991). On en a souvent déduit que l’ONU était une organisation plus efficace que ne l’avait été la SDN. Qu’en est-il si l’on s’intéresse de près à ces deux institutions ? Comme il serait vain d’opposer le bilan supposé mauvais de la SDN (I.) à celui supposé bon de l’ONU (II.) il faudra ici s’attacher à montrer comment ces deux institutions sont le prolongement en l’émergence d’une même idée (III.). L’idée, pour reprendre les termes de Kant (1795), d’une « paix perpétuelle ».

                Quand les États-Unis d’Amérique entrent en guerre contre les puissances centrales (1917) à l’instigation du président Woodrow Wilson (démocrate) leurs buts de guerre, très universalistes, sont publiés (8 janvier 1918) dans un texte que la postérité a appelé « les 14 points du président Wilson ». L’un d’eux (Point n°14) concerne la création d’une Société des Nations, lieu d’arbitrage des conflits (Article 12 du Pacte de la SDN) dans un monde débarrassé de la « diplomatie secrète » (Point n°1 des « 14 points »). La signature du Traité de Versailles (1919), premier d’une longue série, instaure la SDN (11 avril 1919, Pacte de la SDN). Celle-ci doit garantir la paix (Article 11) et l’intégrité des États membres (Article 10), œuvrer au respect des traités et des accords internationaux et assurer un contrôle sur les traités signés au sortir de la Première Guerre mondiale (1914-1919). C’est peu dire qu’elle semble avoir échoué. Pourtant la SDN a reçu les moyens organisationnels pour peser sur les relations internationales. Ses 48 membres forment l’Assemblée Générale, réunis à Genève (Pays neutre et non-belligérant qui accueille déjà la Croix Rouge internationale) en une session annuelle délègue son pouvoir d’action à un « Conseil » formé lui de cinq membres permanents (France, Royaume-Uni, Chine, Italie et Japon c’est-à-dire les principaux vainqueurs de la Première Guerre mondiale). Ce Conseil s’adjoint quatre pays élus pour 3 ans. C’est ce conseil qui organise l’action des Commissions, de la Cour de Justice Internationale, du Bureau International du Travail (BIT) et du Service des Mandats (chargés d’administrer les colonies des États vaincus en 1919 comme le Togo retiré à l’Allemagne…). Le Secrétariat permanent assure le suivi administratif de l’organisation. On le voit la Société Des Nations semble avoir orchestré un équilibre savant entre les principes démocratiques (Chaque États membre a le droit de vote) et l’efficacité (Un Conseil restreint permet l’analyse rapide des questions cruciales), entre l’amateurisme relatif des ambassadeurs de chaque pays et la compétence technicienne des membres des Commissions et des services. Aucun angélisme dans ses statut : en vas d’agression un État membre peut recevoir une aide militaire et son agresseur recevoir lui des sanctions économiques et diplomatiques (Article 16). Les débuts sont prometteurs et le BIT par exemple s’intéresse aux pratiques quasi esclavagistes en vigueur dans les colonies (Travail forcé) et la SDN soutien les droits des minorités (Plébiscite à Vilnius, 1922) et des réfugiés (« Passeport » Nansen, 1er document de voyage pour les réfugiés et apatrides). Mais le départ des États-Unis (1920) consécutif au refus du Sénat des États-Unis de ratifier le Traité de Versailles prive la SDN d’un acteur majeur. Après l’entrée de l’Allemagne (1926) sous l’action des Ministres des Affaires étrangères Briand (France) et Streseman (Allemagne), brillant signe de réconciliation, la crise de 1929 ravive les nationalismes. La suite semble être une longue descente aux enfers : la Chine est envahie par le Japon (1931-1937) qui inaugure en Asie une longue suite de crimes de guerre (Nankin, 1937), l’Italie s’empare de l’Éthiopie (1935-1936) après une guerre dans laquelle elle a utilisé des gaz de combat pourtant prohibés, l’Espagne franquiste reçoit des armes des États fascistes (Italie, Légion Condor allemande) qui y commettent des crimes de guerre (Guernica, 1937), les nazis remilitarisent la Rhénanie, annexent l’Autriche (1938) et la Tchécoslovaquie (1938-1939). A chaque fois la SDN sert de miroirs à l’impuissance réelle ou feinte des grandes puissances qui refusent de s’engager dans des opérations de rétorsion économique aussi coûteuses que longues à faire sentir leurs effets. Après la Seconde Guerre mondiale la SDN disparaît, diluée dans les nouvelles institutions onusiennes (16 janvier 1946).

                La Charte des Nations Unies (Signée à San Francisco le 26 juin 1945) met en place une nouvelle institution : l’Organisation des Nations Unies (ONU). Cette nouvelle institution présente bien des parentés avec la SDN, et d’abord le contexte de sa naissance. C’est encore une fois dans un contexte de guerre mondiale (1er janvier 1941 Déclaration des Nations Unies) et à la veille de l’entrée en guerre des États-Unis (7 décembre 1941) que l’idée d’une institution chargée de maintenir la paix est à nouveau proposée. Les grandes conférences interalliées (Dumbarton Oaks, 8 octobre 1944) en définissent les grandes lignes. Naît une organisation qui reprend les idéaux et les enjeux de la SDN (Préambule de la Charte des Nations Unies « […] préserver les générations futures du fléau de la guerre […] proclamer […] notre foi dans les droits fondamentaux de l’homme […] ainsi que des nations, grandes et petites […] ») mais aussi ses formes et ses logiques de fonctionnement (Cf., Schéma « Le fonctionnement simplifié de l’ONU ») en les améliorant. Ainsi l’article 42 stipule qu’au cas où les États membres auraient décidé de sanctions et que celles-ci se seraient révélées inefficaces l’usage de la force militaire (« Casques bleus ») est légitime de la part du Conseil. C’est l’une des grandes différences avec la SDN. D’emblée, les missions de l’ONU sont plus vastes que celles confiées à la SDN. Aux côtés de l’aide aux réfugiés (15 millions d’Allemands en Europe par exemple) et aux minorités (Nombreuses dans les recoupages d’après Yalta ou les Palestiniens au Moyen orient, pris en charge par l’UNSCOP), l’ONU reçoit des missions culturelles (UNICEF, UNESCO), des missions économiques (OMC, OIT) et financières (FMI, Groupe Banque Mondiale), témoignage de l’esprit du temps qui veut bâtir un « nouvel ordre mondial » avec l’ONU comme architecte. Les débuts sont piteux. Le plan de partage de la Palestine (Mandat ottoman confié aux Britanniques à la SDN et qui échoit naturellement à l’ONU qui en reprend les missions) est rejeté par les Arabes comme par les Juifs. L’ONU ne peut empêcher la première (1947-1948) israélo-arabe (mais elle ne pourra pas éviter les autres). En revanche elle accompagne les processus d’indépendance et elle sera une tribune pour les peuples du Sud à la recherche d’une troisième voie (CNUCED des années 70’). Le ton nouveau est d’ailleurs donné par ses interventions armées (Guerre de Corée, 1950-1953) et ses opérations de maintien de la paix (Congo-Léopoldville 1960-1964, Liban dans les années 1980’) qu’elle poursuivra durant toute la durée du deuxième vingtième siècle (Guerre du Golfe, 1990-1991, opération Restore Hope en Somalie, 1992-1993, opération en Afghanistan, 2001-2012). Elle a su comme organisation faire évoluer ses doctrines : le « droit d’ingérence » (qui n’a de droit que le nom) est devenu un principe d’action (Libye, 2011) et les principaux États de la planète, même quand ils agissent dans leur zone d’influence traditionnelle, ne le font qu’avec l’onction onusienne (Opération licorne en Côte d’Ivoire, 2012). Ses préoccupations se sont aussi adaptées aux grands changements sociétaux (Sommet de Kyoto sur le réchauffement climatiques en 1992, Sommet Kyoto+20 à Rio en 2012, Objectifs du Millénaire pour lutter contre l’extrême pauvreté…). Les ambitions et ses réussites, mêmes relatives, couvrent maintenant l’ensemble des droits humains. Ce bilan plutôt positif est-il à mettre au seul crédit d’une « institution efficace » ?

                Les succès de l’ONU restent des succès en demi-teinte. La « question palestinienne », en dépit d’un nombre incalculable de résolutions, n’est toujours pas réglée 60 ans après la création d’Israël. Les régimes dictatoriaux qui nient tous les jours les principes de la Charte sont encore nombreux (Soudan, Corée du Nord, Birmanie…). Certains États majeurs financent l’organisation a minima et ne ratifient pas certains traités fondamentaux (Comme les États-Unis qui ne ratifient pas les statuts de la Cour Pénale Internationale, CPI). Les génocides n’ont pas été efficacement combattus (Cambodge 1975-1979, Rwanda en 1994). Certains pays sont gravement déstabilisés par des puissances étrangères (République Démocratique du Congo) et les États les plus racistes (Afrique du Sud jusqu’aux années 1990’) n’ont été combattus que mollement. Les décisions peuvent prendre un tour arbitraire, soumis à la volonté des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité (Chine, États-Unis, France, Royaume Uni, Russie) qui disposent avec le droit de veto d’une possibilité de bloquer la machine onusienne (Comme la Chine et la Russie le font sur la question syrienne ou les États-Unis sur la question israélo-palestinienne). On ne mesure pas assez souvent comment il fut plus facile de maintenir la paix mondiale pour l’ONU avec deux interlocuteurs trop armés pour risquer une guerre que pour la SDN qui vivait à une époque ou trois États (Italie fasciste, Allemagne nazie et Japon impérial) bouillaient d’impatience de conquérir le monde, soumettre les peuples et expérimenter leurs nouvelles armées ! L’ONU reste d’ailleurs tributaire des grandes puissances car son budget est maigre (moins de 8 milliards de $), ses fonctionnaires peu nombreux (8,000 à comparer aux 15,000 de l’Union Européenne) et les opérations de maintien de la paix dépendent des États charitables en liquidité (France) ou en soldats (Pakistan, Ukraine…). L’absence de guerre durant la seconde moitié du XXe siècle est d’ailleurs une idée à nuancer : guerre d’Indochine (1946-1954), guerre d’Algérie (1954-1962), guerres israélo-arabes (1947-1949, 1956, 1973…), guerre du Vietnam (1962-1975), Guerre d’Afghanistan (1979-1986), guerre Iran-Irak (1980-1988), bref on sait que la « Guerre froide » (1947-1991) si elle n’opposa pas directement les deux supergrands (URSS et États-Unis) fut faite au Sud, véritable champs de bataille. Mais incontestablement l’idée de paix à progressé. Ce n’est pas le résultat seulement d’institutions plus efficaces mais d’une lente maturation des esprits. Une maturation des esprits entamée au « Siècle des Lumières » et qui s’accéléra avec les millions de morts du XXe siècle (10 pour la première, 60 pour la seconde et combien pour les guerres coloniales ?). Ces morts ont servi l’idée de paix aujourd’hui plus sûrement que les institutions qui la légifèrent.

                Que les institutions à travers lesquelles s’incarnent l’ONU soient plus efficaces en théorie que celles de la SDN c’est un fait. Mais le succès pratique de l’ONU tient plus au contexte qu’à ses institutions. La « Guerre froide » a gelé en quelque sorte les relations internationales, donnant à l’ONU le temps de s’imposer dans le paysage international, temps dont la SDN avait été privé. Les deux institutions sont le prolongement d’un même phénomène historique marqué par l’abandon de la guerre comme expression de la puissance des États. La multiplication des organisations régionales d’États (MERCOSUR, CEDEAO, ASEAN…) montre que le modèle onusien s’est dupliqué aux échelles continentales, et c’est sans doute là la plus belle réussite de l’ONU.

 © Erwan BERTHO (2013, révision 2017)

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