Dans cet article
Le lycée de votre enfant est peut-être concerné : selon le syndicat Union étudiante, 640 lycées sont touchés par des blocages. Pour le sociologue Vincent Tiberj, cette colère ne se résume pas aux débordements. Elle parle d'inégalités, de professeurs non remplacés et d'une jeunesse qui s'interroge sur la manière dont on l'écoute.
En bref
- Selon Union étudiante, 640 lycées sont concernés par des blocages, trois à quatre semaines seulement après la reprise des cours.
- Le sociologue Vincent Tiberj cite les inégalités sociales, les différences entre lycées, les professeurs non remplacés et le réchauffement climatique.
- Né en banlieue parisienne et relayé par les réseaux sociaux, le mouvement n'a pas d'organisation unique : négocier devient plus difficile.
Le chiffre clé : 640, lycées touchés par des blocages, selon le syndicat Union étudiante.
Un mouvement d'ampleur, déclenché trois à quatre semaines après la rentrée
Le chiffre vient du syndicat Union étudiante : 640 lycées sont concernés par des blocages. Autre repère, côté autorités : vendredi, 400 établissements ont été fermés, et les préfets ont interdit de manifester autour d'eux.
Pour Vincent Tiberj, sociologue, professeur à Sciences Po Bordeaux et chercheur au centre Émile Durkheim, c'est « un mouvement d'ampleur ». Son premier argument tient au calendrier : la mobilisation arrive seulement « 3-4 semaines après la reprise des cours », et elle s'est développée vite.
Que retenir pour les familles ? Que le malaise ne date pas d'hier. D'après le sociologue, cette mobilisation traduit des préoccupations anciennes chez les jeunes. Elle fait ressortir des griefs qui existaient déjà bien avant les premiers blocages.
Inégalités, professeurs non remplacés, climat : ce qui nourrit la colère
Vincent Tiberj ne parle pas d'un seul motif. Il décrit un faisceau de préoccupations, certaines très concrètes, d'autres plus larges. Voici comment il les formule.
| Sujet | Les mots du sociologue |
|---|---|
| Inégalités | « la question des inégalités sociales » |
| Écarts entre établissements | « des différences de traitement entre lycées » |
| Conditions d'études | « des conditions d'études qui restent fortement dégradées » |
| Enseignants absents | « des professeurs qui ne sont pas remplacés » |
| Environnement | le réchauffement climatique |
| Place des jeunes | leur place dans la société et « la manière dont la société les écoute » |
Selon lui, le mouvement exprime « une jeunesse déconsidérée ». Le mot est fort. Il résume le sentiment de lycéens qui jugent leurs conditions de travail dégradées et leur parole peu prise en compte.
Pour un parent, deux de ces griefs parlent tout de suite : l'absence de remplaçant devant la classe et l'écart de traitement entre lycées. Les autres, le climat, la place dans la société, l'écoute, rappellent que la colère dépasse les murs de l'établissement.
Les débordements existent, mais ne résument pas le mouvement
Jeudi 1er octobre, des violences ont émaillé la journée. À Toulouse, des riverains ont assisté, impuissants, à la casse engendrée par le blocage de lycées. Le Défenseur des droits s'est par ailleurs saisi de la blessure d'un jeune lors du blocage.
Vincent Tiberj ne nie rien de tout cela. Il rappelle simplement que, sur les plus de 600 établissements concernés, « dans beaucoup d'entre eux, les choses se passent de manière relativement calme ».
« Bien sûr qu'il y a des débordements, mais ces débordements ne sont qu'une partie de l'histoire, et peut-être une petite partie de l'histoire. »
Vincent Tiberj, sociologue, propos recueillis par franceinfo
Le message vaut aussi pour les parents. Les images de casse ne disent pas tout de ce qui se passe dans chaque établissement. Avant de juger, mieux vaut savoir ce qu'il en est dans celui de votre enfant.
Né en banlieue parisienne, porté par les réseaux sociaux, sans leader
Selon le sociologue, la mobilisation est partie de la banlieue parisienne, notamment de lycées qui « habituellement ne se mobilisaient pas ». Elle s'est ensuite étendue à des établissements d'autres villes.
Autre trait marquant : le mouvement s'est développé « de manière très horizontale, très fluide à travers les réseaux sociaux ». Aucune organisation unique ne le porte. Conséquence directe, d'après Vincent Tiberj : les négociations deviennent plus difficiles, faute d'un interlocuteur clairement identifié.
La question d'un rôle de La France insoumise dans la mobilisation fait aussi débat : Jean-Luc Mélenchon et plusieurs élus LFI contestent les affirmations du gouvernement.
Même si le mouvement s'essouffle, les raisons de la colère restent
Vincent Tiberj prévient : le mouvement pourrait « s'effilocher ». Cela ne changerait pas le fond. « Ça ne veut pas dire que les raisons de la colère lycéenne ont disparu : elles couvent et elles restent. »
Côté décisions, le ministre de l'Éducation a annoncé que le gouvernement renonçait à faire payer des frais d'inscription dans les BTS et les classes préparatoires. Cette mesure concerne l'après-bac, pas les conditions d'études au lycée que décrit le sociologue.
Pour les familles, la suite se jouera donc sur la durée. Le plus utile, à court terme : parler avec votre lycéen de ce qu'il vit en classe, des cours non assurés, de ce qu'il pense du mouvement. C'est précisément le terrain sur lequel les jeunes s'interrogent sur la manière dont on les écoute.
Vos questions
Combien de lycées sont concernés par les blocages ?
Selon le syndicat Union étudiante, 640 lycées sont concernés. Le sociologue Vincent Tiberj évoque, pour la journée du jeudi 1er octobre, plus de 600 établissements. Vendredi, 400 établissements ont été fermés, et les préfets ont interdit de manifester autour d'eux.
Pourquoi les lycéens se mobilisent-ils ?
Selon Vincent Tiberj, ils évoquent les inégalités sociales, les différences de traitement entre les lycées, le réchauffement climatique et leur place dans la société. Il y ajoute des conditions d'études fortement dégradées et des professeurs non remplacés. Les jeunes s'interrogent aussi sur la manière dont la société les écoute.
Le mouvement va-t-il durer ?
Le sociologue ne fait pas de pronostic. Il prévient que le mouvement peut « s'effilocher », mais que les raisons de la colère « couvent » et « restent ». Sans organisation unique à la manœuvre, les négociations sont en outre plus difficiles.
Sources : franceinfo.
À propos de Capucine Mercier
Voir tous ses articles