« Une très grande difficulté » : Geffray reconnaît que presque 10 % des cours ne sont pas assurés

Salle des professeurs d'un collège avec casiers débordant de papiers et une enseignante de dos au fond
Presque 10 % des heures de cours ne sont pas assurées. Le détail : 9,8 % selon la DEPP, 7,5 % pour les seules absences de profs.

Votre enfant a eu un trou dans son emploi du temps, ou un cours de maths qui saute ? Ce n'est pas qu'une impression. Le ministre Édouard Geffray reconnaît « une très grande difficulté » à remplacer les profs absents. Le chiffre de presque 10 % de cours non assurés est exact, mais il recouvre deux réalités.

En bref

  • En 2024-2025, 9,8 % des heures d'enseignement n'ont pas été assurées dans le public du second degré, selon la DEPP.
  • Sans la surveillance des examens ni les fermetures, les absences de profs pèsent 7,5 % des heures : 15,4 millions.
  • Environ neuf absences courtes sur dix ne sont pas remplacées, contre seulement 5 % des absences longues.

Le chiffre clé : 9,8 % des heures d'enseignement non assurées dans le secondaire public en 2024-2025.

Le ministre admet publiquement un trou dans les heures de cours

Mercredi 30 septembre, plus de 350 établissements ont été perturbés par la mobilisation des lycéens, d'après le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez. Leurs griefs : des classes trop remplies, des bâtiments parfois délabrés, Parcoursup et le manque de professeurs.

Le gouvernement annonce une « plateforme de concertation » où les lycéens pourront déposer leurs revendications. Les cours qui n'ont pas lieu en font partie. Le même jour, sur RTL, le ministre de l'Éducation Édouard Geffray a reconnu le problème sans détour :

« On a une très grande difficulté qui est qu'effectivement aujourd'hui on a presque 10 % des heures de cours, tout compris dans l'année, qui ne sont pas assurées pour une raison ou pour une autre »

Édouard Geffray, ministre de l'Éducation, sur RTL, mercredi 30 septembre

Ce « presque 10 % » ne sort pas de nulle part. Il s'appuie sur plusieurs rapports, dont une note de la DEPP, le service statistique du ministère.

La DEPP chiffre à 9,8 % les heures non assurées en 2024-2025

Pour l'année scolaire 2024-2025, le service statistique du ministère compte 9,8 % d'heures d'enseignement non assurées dans le public, du collège au lycée. Cela représente 20,2 millions d'heures sur l'ensemble du secondaire.

PérimètrePart des heures non assurées
Collège et lycées (moyenne)9,8 %
Lycées professionnels9,5 %
Lycées généraux10,4 %
Absences réelles de profs uniquement7,5 %

Les lycées généraux sont donc un peu plus touchés que les lycées professionnels. Quant à la dernière ligne, elle change la lecture du chiffre : la section suivante explique pourquoi.

Le chiffre tombe à 7,5 % quand on ne garde que les vraies absences de profs

Le total de 9,8 % contient des heures où aucun cours n'était possible. Les professeurs surveillent des examens, le bac en tête, ou les établissements sont fermés. Ce n'est pas un remplacement raté, c'est une question de calendrier.

Si l'on retire ces heures, il reste les absences réelles d'enseignants : 7,5 % des heures de cours du secondaire, soit 15,4 millions d'heures non remplacées.

Le verdict : le « presque 10 % » du ministre est exact comme total. Mais le chiffre de 7,5 % est celui qui décrit les professeurs absents sans remplaçant. Les deux sont vrais, ils ne mesurent simplement pas la même chose.

Neuf absences courtes sur dix ne sont pas remplacées, contre 5 % des longues

Un rapport parlementaire, examiné le 29 septembre en commission des Finances de l'Assemblée nationale, fait la distinction. Environ neuf absences courtes sur dix restent sans remplaçant. Seulement 5 % des absences longues sont dans ce cas.

Rater quelques heures ici et là pèse moins que passer trois ou quatre mois sans cours de maths. Les académies les plus touchées sont celles de Créteil et de Versailles, qui sont aussi celles où il y a le plus d'enseignants.

Le député RN Anthony Boulogne regrette, dans ce rapport, que le ministère n'ait mesuré aucun effet de ces cours manquants sur les résultats des élèves : savoirs fondamentaux, brevet, bac, orientation, climat scolaire. Le risque : creuser l'écart entre les élèves dont la famille peut compenser l'absence de cours et les autres.

Le problème vient du manque d'enseignants, pas d'un absentéisme record

Le rapport écarte l'idée de profs trop souvent absents. En 2024, ils ont été absents pour raisons de santé 8,2 jours en moyenne, contre 8,8 jours dans le reste de la fonction publique d'État et 10,6 jours dans le secteur privé.

La difficulté tient au manque de professeurs disponibles. Pour une absence de moins de 15 jours, c'est le chef d'établissement qui doit trouver un remplaçant, sans aucun personnel dédié. Il demande à d'autres enseignants de prendre le relais, rémunérés via le Pacte enseignant, mais ce n'est pas toujours possible.

Au-delà, les rectorats prennent la main avec des titulaires affectés sur des zones de remplacement et des contractuels. Ces derniers peuvent refuser : quelques heures d'espagnol au fond d'un département rural quand on n'a ni permis ni logement, ou un poste en éducation prioritaire.

Le budget consacré au remplacement dépasse désormais 4,5 milliards d'euros, « une somme conséquente pour des résultats qui laissent à désirer », juge le rapport parlementaire.

Vos questions

Est-il vrai que 10 % des cours ne sont pas assurés ?

Presque : la DEPP compte 9,8 % d'heures non assurées en 2024-2025 dans le public du second degré. Ce total inclut la surveillance des examens et les fermetures d'établissements. Les seules absences réelles de profs représentent 7,5 % des heures.

Qui doit remplacer un professeur absent ?

Pour moins de 15 jours, c'est le chef d'établissement, qui n'a pas de personnel dédié et sollicite d'autres profs via le Pacte enseignant. Au-delà, les rectorats mobilisent des titulaires de zones de remplacement et des contractuels, qui peuvent refuser un poste.

Les profs sont-ils plus absents que les autres salariés ?

Non, pour raisons de santé. En 2024, ils étaient absents 8,2 jours en moyenne, contre 8,8 jours dans le reste de la fonction publique d'État et 10,6 jours dans le privé, selon le rapport parlementaire.

Sources : franceinfo.

Par Adèle Brossard
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