Dans cet article
Des blocages et tentatives de blocages se multiplient dans des lycées de banlieue francilienne depuis la semaine dernière. Les élèves dénoncent classes surchargées, manque de profs, locaux vétustes et emplois du temps à rallonge. L'historien Claude Lelièvre rappelle qu'un scénario très proche s'est déjà produit, avec des résultats concrets.
En bref
- Des lycées de banlieue francilienne connaissent blocages et mobilisations contre la surcharge des classes et le manque de personnels.
- En 1990, un mouvement lycéen parti lui aussi de la périphérie avait gagné la province puis Paris en novembre.
- Ce mouvement de 1990 avait poussé le gouvernement de l'époque à débloquer un plan d'urgence pour les lycées.
Le chiffre clé : 1990, l'année du dernier grand mouvement lycéen parti de la banlieue.
Un mouvement de banlieue jugé inédit, mais qui a un précédent
Depuis la fin de semaine dernière, la mobilisation prend de l'ampleur dans des lycées de banlieue francilienne. Blocages et tentatives de blocages se multiplient. En cause : des classes surchargées, un manque manifeste de professeurs et de personnels d'encadrement, des locaux vétustes et des emplois du temps jugés impraticables, avec des journées calées sur un rythme de 8 heures à 18 heures.
Certains observateurs ont souligné la rareté de ce type de mobilisation, et le fait qu'elle démarre en banlieue plutôt que dans les grands lycées parisiens. Pour l'historien de l'éducation Claude Lelièvre, qui publie une chronique hebdomadaire dans le Café pédagogique, ce n'est pourtant pas une première historique. Il existe un précédent direct, remontant à l'automne 1990.
En 1990, la périphérie a pris l'initiative pour la première fois
Selon Claude Lelièvre, les mouvements étudiants ou lycéens s'étaient jusque là développés à partir des centres villes et des établissements les plus prestigieux, comme la Sorbonne, l'ENS d'Ulm ou les grands lycées parisiens. Dans les années post soixante huitardes, leurs mots d'ordre visaient le plus souvent différentes figures de la répression.
En octobre 1990, le schéma s'inverse. Des lycéens de banlieue, le plus souvent scolarisés en lycée professionnel, manifestent contre l'insécurité de leurs établissements. Ils ne contestent pas une loi ou une réforme, mais des difficultés concrètes : vétusté des locaux, classes surchargées, insécurité au sein et autour des établissements. Claude Lelièvre décrit cette inversion, la périphérie à l'initiative sur un thème inédit, comme un événement qui a fait sensation, en particulier dans les médias.
Le mouvement s'est étendu à toute la France avant d'obtenir gain de cause
Le mouvement de 1990 ne reste pas cantonné à la banlieue parisienne. Il gagne rapidement la province, puis débouche sur de vastes manifestations nationales à Paris en novembre 1990. Face à cette ampleur, le gouvernement de l'époque finit par débloquer un plan d'urgence d'ampleur pour les lycées.
| Étape | Ce qui se passe |
|---|---|
| Fin octobre 1990 | Mouvement lycéen parti de la banlieue, contre l'insécurité des établissements |
| Semaines suivantes | Extension du mouvement à la province |
| Novembre 1990 | Vastes manifestations nationales à Paris |
| Issue | Déblocage d'un plan d'urgence pour les lycées par le gouvernement |
Claude Lelièvre note aussi un effet durable sur le débat public : la thématique des violences à l'école, développée dans la sphère politico médiatique à partir de cet épisode, restera marquée par une équivalence entre violence scolaire et établissements de banlieue, une association qui s'enkystera ensuite dans la problématique publique.
Ce précédent nourrit l'hypothèse d'un nouveau déblocage de moyens
En rappelant cet épisode de 1990, Claude Lelièvre met en perspective la mobilisation actuelle. Le déroulé se ressemble : un point de départ en banlieue, des revendications sur les conditions concrètes de travail plutôt que sur un texte de loi, une dynamique susceptible de s'étendre au delà de l'Île de France.
Le titre même de sa chronique pose la question qui agite désormais observateurs et acteurs du monde éducatif : le mouvement actuel peut il, comme en 1990, aboutir à un déblocage d'urgence de moyens pour les lycées.
- Surcharge des classes et manque de professeurs et de personnels encadrants
- Locaux vétustes et plus ou moins dégradés
- Emplois du temps jugés impraticables, avec un rythme 8h-18h
Vos questions
Pourquoi le mouvement lycéen actuel est il comparé à celui de 1990 ?
Parce qu'il présente les mêmes traits : un point de départ en banlieue plutôt qu'en centre ville, et des revendications sur les conditions concrètes de travail plutôt que sur une réforme ou une loi. Claude Lelièvre établit ce parallèle dans sa chronique du Café pédagogique.
Qu'avait obtenu le mouvement lycéen de 1990 ?
Après s'être étendu de la banlieue francilienne à la province puis avoir donné lieu à de vastes manifestations nationales à Paris en novembre 1990, il avait amené le gouvernement de l'époque à débloquer un plan d'urgence d'ampleur pour les lycées.
Que réclament les lycéens mobilisés aujourd'hui ?
Ils dénoncent la surcharge des classes, le manque de professeurs et de personnels encadrants, des locaux vétustes et des emplois du temps jugés impraticables, notamment un rythme journalier de 8 heures à 18 heures.
Sources : Le Café pédagogique.
À propos de Adèle Brossard
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