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La tombe de Toutankhamon contenait-elle des opiacés ? Une étude de Yale livre enfin la réponse

La tombe de Toutankhamon contenait-elle des opiacés ? Une étude de Yale livre enfin la réponse

En Égypte, l’analyse d’un vase antique conservé à Yale relance une question troublante sur le contenu des récipients funéraires de Toutankhamon.

Le journal scientifique en ligne SciTechDaily rapporte qu’une équipe du programme de pharmacologie antique de Yale a identifié des traces d’opiacés dans un vase égyptien en albâtre. Cette découverte ne prouve pas encore que les vases de la tombe de Toutankhamon en contenaient eux aussi, mais elle rend cette hypothèse beaucoup plus crédible.

Un vase inscrit au nom de Xerxès Ier

L’objet étudié est un vase en albâtre, ou plus précisément en calcite, conservé dans la collection babylonienne du musée Peabody de Yale, aux États-Unis. Haut de 22 centimètres, il pouvait contenir environ 1 200 millilitres.

Le récipient porte des inscriptions dans quatre langues anciennes : l’akkadien, l’élamite, le perse et l’égyptien. Elles sont dédiées à Xerxès Ier, souverain de l’Empire achéménide entre 486 et 465 avant notre ère. Une autre inscription, rédigée en démotique, une forme simplifiée de l’écriture égyptienne ancienne, indique sa capacité.

Le vase est conservé à Yale depuis peu après la création de la collection, en 1911. Les chercheurs soulignent que les exemplaires intacts de vases égyptiens en albâtre portant des inscriptions sont très rares dans les collections mondiales.

Les analyses ont identifié plusieurs molécules considérées comme des marqueurs chimiques caractéristiques de l’opium.

L’équipe a commencé ses travaux après avoir remarqué, à l’intérieur du vase, des résidus brun foncé, collants et odorants. Ces traces organiques, restées emprisonnées dans le récipient pendant des siècles, ont ensuite fait l’objet d’analyses spécialisées.

Des marqueurs chimiques qui ne laissent guère de doute

Les résultats ont révélé la présence de noscapine, d’hydrocotarnine, de morphine, de thébaïne et de papavérine. Ces composés sont associés à l’opium et constituent, selon les chercheurs, une signature chimique nette.

L’étude, publiée le 1er septembre 2025 dans la revue Journal of Eastern Mediterranean Archaeology and Heritage Studies, nourrit l’idée que l’usage de l’opium ne se limitait pas à des épisodes isolés dans l’Égypte ancienne.

Andrew J. Koh, chercheur au musée Peabody de Yale et responsable de l’étude, estime que les résultats, associés à des travaux antérieurs, montrent que l’opium pouvait faire partie des pratiques courantes dans l’Égypte ancienne et les régions voisines. Les usages pouvaient relever du soin, des pratiques sociales ou de rituels, sans que chaque fonction puisse être déterminée à partir d’un seul vase.

  • Le récipient analysé est lié à l’élite de l’Empire achéménide.
  • Il provient d’un ensemble de vases fabriqués dans de la calcite issue des mêmes carrières égyptiennes.
  • Des traces d’opiacés avaient déjà été observées dans d’autres vases égyptiens.
  • Ces indices couvrent des périodes et des milieux sociaux différents.

Pourquoi la tombe de Toutankhamon est au cœur des interrogations

La tombe de Toutankhamon, dans la vallée des Rois, a livré un très grand nombre de vases en albâtre. Ils comptaient parmi les objets les plus raffinés placés auprès du pharaon, qui a régné de 1333 à 1323 avant notre ère.

Ces vases sont bien antérieurs à celui étudié à Yale. Pourtant, les chercheurs y voient un lien possible : ils sont eux aussi taillés dans de l’albâtre égyptien et certains renfermaient encore des matières organiques sombres et aromatiques.

En 1933, le chimiste Alfred Lucas, membre de l’équipe ayant travaillé sur les objets mis au jour par Howard Carter, avait examiné rapidement le contenu de plusieurs récipients de la tombe. Il n’était pas parvenu à identifier les substances présentes. Il avait aussi conclu qu’une grande partie de ces matières ne correspondait pas à de simples parfums ou onguents.

Les vases de Toutankhamon n’ont pas encore livré de preuve directe d’opium, mais les données réunies rendent une telle présence possible, voire probable selon l’équipe de Yale.

Andrew J. Koh rappelle que plusieurs vases de la tombe semblaient avoir attiré l’attention de pillards dès l’Antiquité. Des marques de doigts relevées à l’intérieur indiqueraient que leur contenu a été raclé avec soin. Certains récipients n’auraient pas été pillés et conserveraient encore leur substance d’origine.

Pour les auteurs de l’étude, cet acharnement suggère que ce qui se trouvait dans les vases possédait une valeur particulière. L’hypothèse d’une simple réserve de parfum ne leur paraît pas suffisante pour expliquer l’intérêt des voleurs.

Un usage qui dépasserait la médecine

L’opium est obtenu à partir du pavot somnifère. Ses composants peuvent produire des effets sur la douleur, la vigilance et l’état de conscience. Dans les sociétés anciennes, ces propriétés pouvaient aussi lui donner une dimension symbolique ou cérémonielle.

Les chercheurs évoquent des indices d’usages rituels dans l’espace allant de la Mésopotamie à l’Égypte, ainsi que dans le monde égéen. En Crète, à l’époque de Toutankhamon, certaines représentations associées à une « déesse du pavot » apparaissent dans des contextes rituels.

Le pavot est aussi mentionné dans plusieurs textes antiques, dont le papyrus Ebers, Hippocrate, Dioscoride et Galien. Ces références ne permettent pas d’identifier avec certitude le contenu de chaque vase, mais elles attestent que la plante et ses effets étaient connus dans l’Antiquité.

Ce que cette affaire change en France

La question concerne des collections et des sites égyptiens, non une règle française sur les substances opiacées. Pour le public français, l’intérêt de cette recherche réside surtout dans la méthode : l’archéologie ne s’appuie plus seulement sur la forme, les inscriptions ou le décor d’un objet.

L’analyse de résidus organiques permet d’étudier ce que des récipients ont réellement contenu. Elle peut renseigner sur l’alimentation, les remèdes, les parfums, les boissons ou les pratiques funéraires. Ces traces sont fragiles et peuvent être contaminées au fil du temps, ce qui impose des protocoles prudents et des résultats recoupés par plusieurs marqueurs chimiques.

Les vases de Toutankhamon sont aujourd’hui conservés au Grand Musée égyptien, à Gizeh. Une nouvelle étude de leurs contenus pourrait apporter un élément décisif, à condition que les récipients puissent être examinés sans compromettre leur conservation.

Des objets longtemps regardés sans être vraiment interrogés

Le programme de Yale étudie les résidus présents sur ou dans les objets anciens afin de mieux comprendre les gestes du quotidien. Une jarre admirée pour son esthétique peut ainsi devenir une source sur les habitudes alimentaires, les traitements employés ou les pratiques de loisirs d’une population ancienne.

Dans ce dossier, le détail le plus marquant tient au contraste entre les époques. Les recherches rapprochent un vase lié aux élites de l’Empire achéménide et des récipients retrouvés dans une tombe plus modeste de Sedment, au sud du Caire, datant du Nouvel Empire égyptien. Cela ouvre la possibilité d’un usage de l’opium partagé par des groupes sociaux très différents.

La réponse définitive sur la tombe de Toutankhamon dépendra donc d’analyses directes. Les résidus bruns observés il y a près d’un siècle pourraient encore contenir les molécules capables d’éclairer l’une des zones d’ombre les plus fascinantes du mobilier funéraire du jeune pharaon.

Questions fréquentes

Qu'a-t-on trouvé exactement dans le vase étudié à Yale ?

Les analyses ont révélé la présence de noscapine, d'hydrocotarnine, de morphine, de thébaïne et de papavérine, des composés qui constituent une signature chimique caractéristique de l'opium.

Cela prouve-t-il que les vases de Toutankhamon contenaient de l'opium ?

Non directement. Cette découverte rend l'hypothèse plus crédible, mais les vases de Toutankhamon n'ont pas encore livré de preuve directe d'opium. Les récipients de Toutankhamon, conservés au Grand Musée égyptien, devraient faire l'objet d'une nouvelle étude.

À quoi aurait servi l'opium dans l'Égypte ancienne ?

L'opium pouvait être utilisé à des fins médicales (pour traiter la douleur), sociales ou rituelles. Les chercheurs évoquent aussi des usages cérémoniels et symboliques, notamment chez les élites.

Pourquoi cette découverte intéresse-t-elle aussi la France ?

Elle illustre l'évolution des méthodes archéologiques : l'analyse de résidus organiques permet de découvrir ce que les récipients ont réellement contenu, au-delà de leur forme et de leur décor.

Comment les chercheurs ont-ils identifié l'opium dans le vase ?

Ils ont d'abord remarqué des résidus brun foncé, collants et odorants à l'intérieur du vase, puis ont procédé à des analyses chimiques spécialisées pour identifier les marqueurs caractéristiques.
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