Travailleurs invisibles de l'IA : pourquoi ce professeur documentaliste juge son enquête avec des 5e indispensable

Mains d'adulte disposant des cartes illustrées sur un plateau en bois au CDI
Des élèves de 5e ont conçu un jeu pour donner un visage aux travailleurs invisibles de l'intelligence artificielle. Voici le projet et ses objectifs.

Derrière chaque réponse de ChatGPT se cachent des travailleurs qu'on ne voit jamais. Au collège Les 1000 étangs, à Mélisey, des élèves de 5e ont mené l'enquête avec leur professeur documentaliste Raphaël Heredia. Leur mission : concevoir un jeu de société pour donner un visage à ces invisibles de l'intelligence artificielle.

En bref

  • Le professeur documentaliste Raphaël Heredia a guidé ce projet TraAM avec ses élèves de 5e au collège
  • Les élèves ont créé un jeu façon Qui est-ce, avec des fiches sur les métiers cachés de l'IA
  • Le plateau, pensé plus écologique en bois, a été fabriqué au FabLab du collège Charles Péguy à Vauvillers

Le chiffre clé : 7, métiers invisibles de l'IA recensés par les élèves pour leur jeu, liste non exhaustive.

Un jeu de société pour dévoiler les travailleurs cachés de l'intelligence artificielle

Comment expliquer à un élève de collège que ses recherches sur ChatGPT ou Midjourney reposent sur le travail, souvent invisible, de millions de personnes ? C'est la question que s'est posée Raphaël Heredia, professeur documentaliste au collège Les 1000 étangs, à Mélisey. Avec ses élèves de 5e, il a lancé un projet TraAM pour développer chez eux la conscience du système d'exploitation, sociale et environnementale, sur lequel repose le développement de l'intelligence artificielle.

L'objectif final : concevoir un jeu de société de type « Qui est-ce ? », mais consacré aux travailleurs et travailleuses invisibles de l'IA. Un moyen concret de sortir ces métiers de l'ombre, pour des collégiens qui utilisent déjà des outils d'intelligence artificielle sans toujours savoir qui, ou quoi, se cache derrière.

Vérification, extraction de minerais, refroidissement des data centers : sept métiers passés au crible

Pour construire leur jeu, les élèves ont d'abord dû identifier qui travaille, concrètement, à faire tourner l'IA. Leurs recherches ont fait émerger des métiers rarement évoqués en classe.

  • Vérification des contenus générés par l'IA
  • Modération des contenus générés par l'IA
  • Collection de données servant à l'entraînement des modèles
  • Création d'images ou de musiques d'entraînement
  • Extraction de minerais nécessaires aux composants électroniques
  • Fabrication de puces et de semi-conducteurs
  • Surveillance des systèmes de refroidissement des centres de données

Cette liste, non exhaustive selon le projet, montre déjà l'ampleur de la chaîne humaine derrière chaque réponse générée par une IA : de la mine jusqu'à la modération d'un contenu, en passant par la fabrication des puces.

De la recherche documentaire à Picrew : comment les élèves ont construit leurs personnages

Une fois les métiers identifiés, place au travail de rédaction. Les élèves ont mené une recherche et un traitement de l'information, avant de structurer et rédiger des fiches consacrées à chaque personnage du jeu.

Pour donner un visage à ces travailleurs restés anonymes, ils ont utilisé l'outil en ligne Picrew, qui permet de créer des portraits illustrés. Le jeu a ensuite été testé, puis ajusté par les élèves eux-mêmes, comme n'importe quel prototype avant sa version finale.

Un plateau en bois fabriqué dans un autre collège, par choix écologique

Le plateau du jeu n'est pas resté à l'état de maquette en carton. Il a pris la forme d'un plateau en bois, un choix assumé « car plus écologique », selon le projet. Sa fabrication a été confiée à d'autres collégiens : les élèves de Stéphane Battaglia, professeur de technologie, l'ont réalisé dans le FabLab du collège Charles Péguy, à Vauvillers.

Deux établissements, deux classes, un seul jeu de société : la fabrication du plateau devient elle-même une illustration du travail collectif et souvent dispersé géographiquement, un peu à l'image de ce que le jeu raconte sur l'intelligence artificielle.

Pour ce professeur documentaliste, rendre visible la boîte noire de l'IA change le débat en classe

Pour Raphaël Heredia, ce plateau n'est qu'un support. Le vrai objectif est ailleurs : ouvrir la discussion en classe sur ce que cache l'intelligence artificielle pour les devoirs scolaires.

« Nous espérons que le support final pourra ainsi favoriser des débats avec l'enseignant sur les diverses thématiques abordées sur l'ensemble des personnages (extractions, micro-travail, modération, répartition géographique du travail entre centres économiques et périphéries de production, enjeux environnementaux, etc.). Les élèves pourraient ainsi prendre conscience que derrière la « boîte noire » désincarnée que représente l'écosystème des IA et IA génératives (IAg), on peut mettre des visages, afin de rendre cette intelligence… moins artificielle. »

Raphaël Heredia, professeur documentaliste

Pour ce professeur documentaliste, ce jeu de société permet donc de traiter en une seule séance des sujets aussi divers que l'extraction des minerais, le micro-travail, la modération de contenus ou la répartition géographique du travail entre centres économiques et périphéries de production. Autant de thématiques qui restent, pour la plupart des collégiens, complètement invisibles derrière l'écran, ce qui invite à consulter des ressources pour s'y retrouver.

Vos questions

Quel est l'objectif du projet TraAM mené au collège Les 1000 étangs ?

Le professeur documentaliste Raphaël Heredia a guidé ses élèves de 5e pour développer leur conscience du système d'exploitation social et environnemental de l'intelligence artificielle. Le projet a abouti à un jeu de société qui donne un visage aux travailleurs invisibles de l'IA.

Quels métiers de l'IA les élèves ont-ils découverts ?

Leurs recherches ont fait émerger sept métiers : vérification, modération, collecte de données, création de contenus d'entraînement, extraction de minerais, fabrication de puces et de semi-conducteurs, et surveillance des systèmes de refroidissement. Cette liste n'est pas exhaustive.

Pourquoi le plateau du jeu a-t-il été fabriqué dans un autre collège ?

Le plateau en bois, choisi pour des raisons écologiques, a été réalisé par les élèves de Stéphane Battaglia, professeur de technologie, dans le FabLab du collège Charles Péguy, à Vauvillers. Une collaboration entre deux établissements pour donner vie au projet.

Sources : Le Café pédagogique.

Par Capucine Mercier
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