Dans cet article
Arriver à 8 heures, repartir à 18 heures, et attendre jusqu'à cinq heures entre deux cours : pour de nombreux lycéens, c'est le quotidien. Cette organisation morcelée vient de la réforme du lycée de 2019 et de ses spécialités, qui ont compliqué les emplois du temps. Voici pourquoi, chiffres à l'appui, et pourquoi cela nourrit la colère.
En bref
- Un rapport de 2023 décrit des lycéens présents de 8 heures à 18 heures, avec jusqu'à cinq heures de trou.
- La réforme de 2019 a supprimé les filières L, ES et S et les a remplacées par des spécialités.
- Une classe de première générale voyait 30 professeurs différents en 2020, contre 18 juste avant la réforme.
Le chiffre clé : 30 professeurs par classe de première générale en 2020, contre 18 avant la réforme.
Jusqu'à cinq heures de trou dans une même journée, selon un rapport de 2023
Le constat n'est pas nouveau. Un rapport de 2023 décrivait des lycéens avec trois, quatre, voire cinq heures de « trou » dans la même journée. Un trou, c'est un créneau vide entre deux cours. On ne rentre pas chez soi, on attend.
Conséquence : de nombreux élèves se retrouvent dans l'établissement de l'ouverture à la fermeture, en général de 8 heures à 18 heures. Sur le papier, les cours ne durent pas dix heures. Dans les faits, la présence au lycée, elle, les dure.
Plusieurs rapports de l'Éducation nationale décrivent cette situation. C'est elle qui déclenche aujourd'hui la colère des lycéens et la mobilisation autour des emplois du temps.
La réforme de 2019 a supprimé les filières L, ES et S, et tout s'est compliqué
Avant 2019, les élèves étaient répartis dans trois filières : L, ES et S. La réforme Blanquer les a supprimées. À la place, chaque élève doit choisir des spécialités.
Le changement paraît technique, il est pourtant décisif. Quand chacun compose son propre parcours, le lycée doit faire coïncider des choix très différents dans une seule grille horaire. L'organisation des classes est devenue beaucoup plus complexe, et ce sont souvent les élèves qui absorbent ce casse-tête, sous forme d'heures d'attente.
Ce n'est donc pas un défaut local ou la faute d'un seul établissement. Les emplois du temps morcelés sont décrits comme une conséquence directe de la réforme elle-même.
Le nombre de professeurs par classe est passé de 18 à 30
Un indicateur résume cette complexité. En 2020, un an après la réforme, les élèves d'une même classe de première générale croisaient en moyenne 30 professeurs différents sur l'année. Juste avant, ils en voyaient 18. Le chiffre a presque doublé.
Les enseignants sont touchés aussi. Ils interviennent dans près de huit classes différentes en 2020, contre six en 2018. Plus de classes, plus de groupes, plus de contraintes à caser dans une même semaine.
| Indicateur | Avant la réforme | Après la réforme |
|---|---|---|
| Professeurs différents par classe de première générale, sur l'année | 18 | 30 (2020) |
| Classes différentes suivies par un professeur | 6 (2018) | Près de 8 (2020) |
Plus il y a d'intervenants et de groupes, plus il devient difficile de resserrer les journées. Les trous s'installent là où les contraintes se croisent.
Mercredi après-midi, cantine : une consultation parisienne montre des pauses rognées
Les trous ne sont pas le seul irritant. Les temps de pause et les activités extrascolaires sont eux aussi grignotés. Les lycéens ont moins de temps pour déjeuner et des cours le mercredi après-midi.
La FCPE, principale fédération de parents d'élèves, l'a mesuré en 2019 avec une consultation menée auprès de près de 800 familles parisiennes. Voici ce qui en ressort :
- près d'un lycéen parisien sur trois avait cours le mercredi après-midi ;
- 15 % d'entre eux n'avaient que quarante-cinq minutes ou moins pour aller à la cantine ;
- plus d'un lycéen sur deux se déclarait insatisfait de son emploi du temps.
Précision utile : l'échantillon est parisien et date de 2019. Il ne dit pas tout de la situation dans le pays. Mais il donne une idée de l'ampleur du malaise, dès la première année de la réforme.
Se lever à 6 heures, rentrer à 19 heures : ce que racontent les lycéens
Interrogés par France 2 un dimanche, des lycéens ont décrit leur quotidien. L'un d'eux résume la mécanique en une phrase :
« Commencer à 8 heures, faire quatre heures de permanence et finir à 18 heures, tu rentres à 19 heures, tu n'as pas le temps de dormir et de faire tes devoirs »
Un lycéen interrogé par France 2
Un second raconte qu'il se réveille à 6 heures, parce qu'il habite plutôt loin du lycée. Il met une heure pour rentrer chez lui et il a « une tonne de devoirs ». Il dit ne presque plus passer de temps avec sa famille, et en passer davantage à essayer de se reposer.
Ces témoignages expliquent la colère. Le trou ne libère pas du temps : il l'avale. Pour les parents, l'enjeu se lit surtout dans le sommeil et les devoirs, qui sont les deux premières choses que ces lycéens disent ne plus avoir le temps de faire.
Vos questions
Combien d'heures de trou un lycéen peut-il avoir dans une journée ?
Un rapport de 2023 évoque trois, quatre, voire cinq heures de trou dans une même journée pour certains lycéens. De nombreux élèves sont ainsi présents de l'ouverture à la fermeture de l'établissement, en général de 8 heures à 18 heures.
Pourquoi la réforme de 2019 a-t-elle compliqué les emplois du temps ?
Elle a supprimé les filières L, ES et S pour les remplacer par des spécialités que chaque élève choisit. L'organisation des classes est devenue beaucoup plus complexe : en 2020, une classe de première générale voyait 30 professeurs différents en moyenne, contre 18 juste avant.
Les lycéens ont-ils moins de temps pour déjeuner ?
Une consultation de la FCPE menée en 2019 auprès de près de 800 familles parisiennes montre que 15 % des lycéens avaient quarante-cinq minutes ou moins pour aller à la cantine. Près d'un sur trois avait aussi cours le mercredi après-midi.
Sources : franceinfo.
À propos de Adèle Brossard
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