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Ce n’est ni l’intelligence ni le talent : selon la psychologue Angela Duckworth, les grands gagnants partagent deux qualités que tout le monde peut apprendre

Une personne assise à un bureau, determinée, continuant à travailler malgré la fatigue et les doutes, symbolisant la persévérance et la passion durables.

Aux États-Unis, la psychologue Angela Duckworth bouscule une idée tenace : les plus grands réussites ne reposent pas d’abord sur le talent ou le QI.

Invitée dans une émission américaine, la chercheuse Angela Duckworth, professeure de psychologie, affirme que les personnes qui réussissent le mieux partagent surtout deux qualités accessibles à tous. Le média en ligne américain qui relaie ses propos rappelle que ses travaux, menés aux États-Unis auprès de profils très variés, remettent en cause notre obsession pour le « don » et l’intelligence.

Deux qualités clés, loin du mythe du génie né surdoué

Angela Duckworth est connue pour son livre devenu best-seller, « Grit: The Power of Passion and Perseverance ». Elle y défend une thèse simple : ce qui distingue vraiment les personnes à très haut niveau de réussite, ce n’est ni leur QI ni un talent « tombé du ciel », mais une combinaison de passion durable et de persévérance.

Pour Angela Duckworth, le point commun des grands gagnants tient dans une « combinaison spéciale de passion et de persévérance pour des objectifs de très long terme ».

Sur le podcast de l’animatrice américaine Mel Robbins, elle résume cette idée en un mot : le « grit », souvent traduit par « ténacité » ou « cran ». Selon ses recherches, on retrouve ce trait chez des profils très différents : élèves des grandes écoles militaires américaines, participants à des concours d’orthographe, sportifs de haut niveau ou artistes.

Son constat vient contester une vision très répandue : celle d’un succès réservé aux plus brillants dès l’enfance. Pour elle, l’histoire s’écrit surtout dans la durée, au fil d’un engagement soutenu, parfois discret, rarement spectaculaire.

Ce qu’Angela Duckworth appelle précisément le « grit »

La psychologue détaille ce concept en deux volets complémentaires.

Une passion qui dure vraiment dans le temps

Premier pilier : aimer ce que l’on fait, et continuer à l’aimer longtemps. Angela Duckworth insiste sur la stabilité de cette passion, bien différente d’un simple enthousiasme passager.

Elle décrit le « grit » comme « une passion pour les objectifs de long terme, aimer quelque chose et rester amoureux de cette chose, sans partir dans une autre direction tous les quatre matins ».

Cette « étoile polaire », comme elle la décrit, sert de repère. Elle évite de passer d’un projet à l’autre sans jamais aller au bout. Ce n’est pas une obsession rigide, mais un fil rouge qui oriente les choix, les efforts, la manière d’organiser son temps.

Une persévérance active, surtout les jours difficiles

Deuxième pilier : la persévérance, loin d’un simple « il faut tenir bon » un peu abstrait. Angela Duckworth la découpe en gestes très concrets :

  • travailler dur sur ce que l’on ne sait pas encore faire ;
  • accepter de pratiquer ce qui nous résiste, et pas seulement ce qui nous réussit déjà ;
  • se relever les jours où tout semble aller de travers.

Sur le podcast, elle insiste sur ces moments où l’envie de tout arrêter se fait sentir. C’est précisément là que se joue la différence entre un parcours qui s’arrête et un parcours qui décolle.

« Lors des très mauvaises journées, la question devient : est-ce que tu te relèves encore ? », explique-t‑elle. C’est cette capacité à repartir qui façonne, selon elle, les réussites d’exception.

Pourquoi cette ténacité pèse autant sur la réussite

Angela Duckworth évoque ce qu’elle appelle une traversée incontournable : la « zone sombre du désespoir », ce passage où un projet enthousiasmant au départ devient lourd, incertain, parfois décourageant. Toute création ambitieuse passerait par cette phase : doute, fatigue, absence de résultats visibles.

Elle donne plusieurs images très parlantes :

  • l’adolescent qui répète chaque soir dans sa chambre, pendant des années, avant de devenir un vrai guitariste ;
  • la basketteuse qui arrive la première au gymnase et repart la dernière, jusqu’à intégrer le cinq majeur ;
  • le commercial qui frappe à une treizième porte après douze refus nets.

Dans tous ces cas, la différence ne tient ni au milieu social, ni à l’école fréquentée. Elle se joue dans la routine quotidienne : pratiquer, corriger, continuer. Ceux qui traversent la « zone sombre » finissent par récolter les fruits de ce travail long, souvent invisible.

Un trait qui ne dépend pas uniquement des gènes

Angela Duckworth ne nie pas l’existence d’une part génétique : comme d’autres traits psychologiques, la ténacité comporte un versant héréditaire. Mais elle refuse l’idée selon laquelle tout serait joué d’avance.

« Je ne dis pas qu’il n’y a pas de gènes en jeu (…). Mais notre niveau de ténacité dépend aussi de ce que nous savons, des gens qui nous entourent et des lieux que nous fréquentons », précise-t‑elle.

Autrement dit, l’environnement compte énormément. Un entourage qui valorise l’effort, des enseignants ou des managers qui encouragent les essais et le droit à l’erreur, un cadre où l’on peut progresser par étapes : tout cela nourrit cette fameuse combinaison passion–persévérance.

La chercheuse voit dans ses résultats un message relativement optimiste : même sans « don » spectaculaire, une personne peut viser des objectifs ambitieux si elle cultive au quotidien ces deux qualités. Le talent ou l’intelligence restent des atouts, mais ils ne suffisent pas sans ce socle d’endurance et d’engagement.

Comment ces idées résonnent en France

En France, les notions d’effort et de persévérance ne sont pas nouvelles. L’école, les concours, les classes préparatoires, la formation professionnelle continue ou encore le sport de haut niveau reposent déjà largement sur le travail régulier et la durée.

Les travaux d’Angela Duckworth apportent toutefois un angle différent, en cherchant à mesurer ce trait de caractère et à le relier de manière systématique à la réussite. Ses recherches interrogent, par exemple, la manière dont on évalue un élève ou un salarié : privilégie-t-on les résultats immédiats ou la capacité à apprendre, à se corriger, à ne pas abandonner trop vite ?

En entreprise, ces idées trouvent un écho dans les politiques de gestion de carrière : programmes de mentorat, accompagnement dans la durée, reconnaissance du droit à l’essai plutôt qu’uniquement du « sans faute ». Sans utiliser forcément le mot « grit », de nombreuses organisations en France cherchent déjà à repérer des profils capables de tenir un cap sur plusieurs années, et pas seulement de briller ponctuellement.

Quelques repères concrets pour comprendre le « grit »

Aspect Sans « grit » Avec « grit »
Rapport au talent On pense que tout vient du don initial. On voit le talent comme un point de départ, à développer.
Face à l’échec On y voit la preuve qu’on n’est « pas fait pour ça ». On y voit un retour d’information pour ajuster.
Gestion du temps On change souvent d’objectif au premier obstacle. On garde un cap stable et on adapte la méthode.
Motivation Forte au début, puis en chute rapide. Moins spectaculaire, mais plus régulière dans la durée.

Pour un lecteur français, ces repères peuvent servir à relire sa propre trajectoire, qu’il s’agisse d’études, de reconversion professionnelle, de création d’entreprise ou de pratique artistique. L’idée n’est pas de nier les inégalités bien réelles d’accès aux ressources, mais de montrer que certains leviers restent entre les mains de chacun.

Ce que l’on peut concrètement en tirer au quotidien

Les travaux d’Angela Duckworth suggèrent plusieurs pistes pratiques, sans recette miracle. Clarifier un objectif de long terme, même général, aide à orienter les choix quotidiens. Fractionner cet objectif en étapes réalistes limite la tentation d’abandonner au premier revers. S’entourer de personnes qui valorisent l’effort, plutôt que la seule réussite immédiate, renforce cette attitude dans la durée.

Pour un lycéen, cela peut passer par un plan de révisions régulier plutôt que par un « coup de collier » de dernière minute. Pour une personne en reconversion, par l’acceptation d’une phase inconfortable, avec un niveau débutant dans un nouveau domaine. Pour un sportif amateur, par la mise en place de séances structurées, y compris les jours de baisse de motivation.

À travers ces exemples, le message central reste le même que dans l’article américain mis à jour récemment : selon Angela Duckworth, les « grands gagnants » ne forment pas un club réservé aux génies précoces. Ils partagent surtout une façon particulière d’aimer ce qu’ils font et de continuer, encore et encore, lorsque les choses se compliquent.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le « grit » selon Angela Duckworth ?

Le « grit » est une combinaison de passion durable pour des objectifs de long terme et de persévérance active. C'est la capacité à aimer quelque chose et à rester engagé sans dévier, même lors des jours difficiles où l'envie d'abandon est forte.

Le talent et l'intelligence ne servent-ils à rien ?

Non, selon Duckworth, le talent et l'intelligence restent des atouts, mais ils ne suffisent pas sans ce socle d'endurance et d'engagement. C'est la combinaison passion-persévérance qui fait la différence entre réussite ordinaire et réussite d'exception.

Le « grit » peut-il s'apprendre ou c'est inné ?

Bien que la ténacité comporte un versant héréditaire, elle dépend surtout de ce que nous savons, des gens qui nous entourent et des lieux que nous fréquentons. Un entourage valorisant l'effort et un cadre permettant la progression nourrissent cette qualité.

Comment reconnaître la « zone sombre du désespoir » dont parle Duckworth ?

C'est le passage où un projet enthousiasmant au départ devient lourd, incertain et parfois décourageant. Elle s'observe chez tous les ambitieux: doute, fatigue, absence de résultats visibles. C'est précisément à ce moment que la persévérance fait la différence.

Ces idées s'appliquent-elles en France ?

Oui, bien que la France valorise déjà l'effort et la persévérance via l'école et les concours, les travaux de Duckworth apportent un angle nouveau en cherchant à mesurer systématiquement ce trait et à l'associer à la réussite, interrogeant nos critères d'évaluation.
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