« Quand il pleut, de l'eau tombe sur nous » : Inès, lycéenne à Créteil, décrit son lycée, et des profs confirment

Plafond de salle de classe taché par les infiltrations, seau au sol et chaises dépareillées dans un lycée vétuste
Fuites, rats, froid, fenêtres dangereuses : des lycéens et des profs décrivent l'état de leurs lycées, alors que 564 établissements ont été perturbés le 2

Une pluie qui traverse le plafond, en classe, pendant le cours ? Au troisième étage du lycée Gutenberg de Créteil, c'est une réalité. Alors que 564 établissements ont connu des actions le 2 octobre, des élèves et des professeurs racontent des fuites, des rats, du froid et des fenêtres dangereuses.

En bref

  • Le 2 octobre, 564 lycées ont connu des actions ou des perturbations, et plus de 400 n'ont pas accueilli leurs élèves pour des raisons de sécurité.
  • Des lycéens de Créteil, de Champigny-sur-Marne et de Sevran décrivent fuites, rats, chaises cassées, portes abîmées et manque de mobilier.
  • À Rumilly, une professeure raconte 9 à 11 °C dans les ateliers l'hiver dernier et une fermeture anticipée cet été à cause de la chaleur.

Le chiffre clé : 564, établissements touchés par des actions ou des perturbations le vendredi 2 octobre.

À Créteil, la pluie traverse le plafond du troisième étage

Inès est scolarisée au lycée Gutenberg de Créteil, dans le Val-de-Marne. Elle a décidé de faire grève pour alerter sur l'état de son établissement. Sa description tient en quelques phrases.

« Des portes sont cassées. Au troisième étage, quand il pleut, il y a de l'eau qui tombe sur nous. Ce n'est pas normal. »

Inès, lycéenne à Créteil, à franceinfo

Les portes cassées et l'eau qui s'invite en cours ne sont pas son seul sujet d'inquiétude. La jeune fille dit craindre pour sa sécurité dans les locaux. Un souvenir la hante : un jour, une fenêtre a failli tomber sur l'une de ses camarades.

Ce témoignage n'est pas isolé. Le mouvement lycéen, lancé fin septembre, dure depuis plus d'une semaine partout en France. Les élèves y réclament plus de moyens pour l'Éducation nationale. Mais l'état des bâtiments revient sans cesse dans les prises de parole, parce qu'il touche tout le monde au quotidien.

À Champigny, des élèves ont vu des rats et des lézards

Devant le lycée Louise-Michel de Champigny-sur-Marne, dans le même département, une banderole est accrochée à la grille : « Liberté, égalité, précarité ». Les élèves y expliquent pourquoi ils ne se sentent pas bien dans leur établissement.

Rockia, lycéenne, le dit sans détour au micro de « C quoi l'info » : « On n'est pas dans un établissement où on se sent bien. » Elle ajoute avoir aperçu des rats et des lézards dans les locaux.

Son camarade Trystan évoque un autre problème, plus ordinaire mais usant : le manque d'équipements. Pour suivre un cours, les élèves doivent aller chercher des chaises et des tables dans d'autres salles. Avant même de prendre des notes, il faut donc installer la classe.

Ces détails paraissent petits face à une fuite de toit. Ils racontent pourtant la même chose : un lycée où le minimum n'est pas toujours assuré.

À Sevran, une vidéo virale a fait bouger les travaux

Le constat n'est pas neuf. En 2024, des élèves du lycée Blaise-Cendrars de Sevran, en Seine-Saint-Denis, avaient publié une vidéo ironique sur la vétusté de leur lycée, accompagnés de quelques professeurs. Elle est devenue virale, puis a refait surface sur les réseaux sociaux avec le mouvement actuel.

Pendant plus d'une minute trente, les lycéens listent les problèmes sur un ton volontairement sarcastique. L'une déclare : « Évidemment que quand je suis en cours, je n'ai pas de plafond au-dessus de moi. » Une autre ajoute avoir des chaises toutes cassées. On y voit aussi des seaux qui récupèrent l'eau des plafonds, des salles sans assez de tables et des toilettes sans savon.

Que s'est-il passé depuis ? Fethi Azzaoui, professeur de sciences économiques et sociales et représentant CGT Educ'action en Seine-Saint-Denis, constate du mieux. Il avait des fuites dans sa classe il y a deux ans. Il n'en a plus aujourd'hui. Selon lui, la vidéo « a fait un peu bouger les choses ».

La région Île-de-France affirme de son côté avoir investi deux millions d'euros dans des travaux pour ce lycée. Mais le professeur reste prudent : la réparation de la toiture n'est pas terminée, la peinture n'est refaite qu'à certains endroits du premier étage, et la porte du CDI est toujours dans un état pitoyable, dit-il.

À Rumilly, 9 à 11 °C dans les ateliers l'hiver dernier

Le lycée professionnel Porte des Alpes, à Rumilly en Haute-Savoie, a été construit dans les années 1970. Sa dernière rénovation remonte à vingt-six ans. Depuis, les bâtiments se dégradent. Anne-Nicole Cariot, professeure de lettres et d'histoire et déléguée syndicale CGT Educ'action, parle de « gros problèmes d'isolation ».

Les saisons extrêmes y pèsent des deux côtés. L'été dernier, le proviseur a fermé l'établissement plus tôt que prévu, car les températures étaient insoutenables. L'eau sortait des robinets à 26 °C et les fenêtres anti-défenestration empêchaient d'aérer. Ce cas n'a rien d'unique : lors de la canicule de juin, près de 9 collèges et lycées sur 10 ont relevé plus de 30 °C, d'après le syndicat Snes-FSU.

L'hiver dernier, c'est le froid qui a pris le relais, à cause de problèmes de chauffage. Il faisait entre 9 et 11 °C dans les ateliers. Le soir, 167 internes subissaient aussi ce froid. Selon la professeure, ils dormaient mal, empilaient les couvertures, étaient fatigués et certains sont tombés malades.

Elle décrit aussi des infiltrations. Des entreprises viennent régulièrement boucher des trous dans le toit. Sa formule est sans appel : « On met des pansements sur des plaies ouvertes. »

Un mouvement qui dépasse les murs des lycées

Les bâtiments ne sont qu'une partie du tableau. Vendredi 2 octobre, 564 établissements ont fait l'objet d'actions ou de perturbations. Plus de 400 ont choisi de ne pas accueillir les élèves pour des raisons de sécurité. Le mouvement a aussi été rejoint par des étudiants, comme à Mirepoix.

Les lycéens, parfois soutenus par leurs professeurs, réclament plus de moyens humains et financiers. Ils dénoncent aussi la pression de Parcoursup, des emplois du temps surchargés et des professeurs non remplacés. Le délabrement des locaux s'ajoute à cette liste.

LycéeVilleProblème décrit
GutenbergCréteil (Val-de-Marne)Eau qui tombe en classe, portes cassées, fenêtre près de tomber
Louise-MichelChampigny-sur-Marne (Val-de-Marne)Rats, lézards, manque de chaises et de tables
Blaise-CendrarsSevran (Seine-Saint-Denis)Fuites, chaises cassées, travaux en retard
Porte des AlpesRumilly (Haute-Savoie)Isolation défaillante, chaleur l'été, froid l'hiver

Pour les élèves comme pour les enseignants, la conclusion est la même : un cadre dégradé complique les études, la santé et la sécurité.

Vos questions

Combien de lycées ont été touchés par le mouvement le 2 octobre ?

Vendredi 2 octobre, 564 établissements ont fait l'objet d'actions ou de perturbations. Plus de 400 d'entre eux ont décidé de ne pas accueillir les élèves pour des raisons de sécurité.

La vidéo virale de Sevran a-t-elle changé quelque chose ?

Selon Fethi Azzaoui, professeur dans ce lycée, la situation s'est améliorée : il n'a plus de fuites dans sa classe. La région affirme avoir investi deux millions d'euros, mais la rénovation a pris du retard et la toiture n'est pas terminée.

Le problème touche-t-il aussi les températures dans les classes ?

Oui. Lors de la canicule de juin, près de 9 collèges et lycées sur 10 ont relevé plus de 30 °C, selon le Snes-FSU. À Rumilly, il faisait aussi entre 9 et 11 °C dans les ateliers l'hiver dernier.

Sources : franceinfo.

Par Adèle Brossard
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