7,2 % d'heures de cours non remplacées en 2025, contre 5 % en 2015 : les lycéens ont-ils raison ?

Couloir de lycée vétuste vu de loin, peinture écaillée, chaises empilées et seau posé sous une tache au plafond
Heures non remplacées, classes chargées, locaux vétustes : on compare les revendications des lycéens aux chiffres. Ce qui est vrai, ce qui l'est moins.

Vous avez entendu les lycéens dénoncer des locaux en ruine, des classes pleines et des profs absents non remplacés. Les chiffres officiels confirment une partie du tableau : plus d'heures perdues, des classes plus chargées. D'autres points sont plus nuancés. Voici le détail, point par point, et ce que le gouvernement vient d'annoncer.

En bref

  • Les heures non remplacées passent de 5 % en 2015 à 7,2 % en 2025, notamment à cause du recrutement.
  • Les classes dépassent 30 élèves en moyenne, contre 27,9 en 2011, mais le ministère invoque les options.
  • Malgré la hausse des investissements depuis dix ans, 10 % des lycées restent trop vétustes, un entretien confié aux régions.

Le chiffre clé : 7,2 %, part des heures de cours non remplacées dans les lycées en 2025.

Les heures de cours non remplacées sont passées de 5 % à 7,2 % en dix ans

C'est le chiffre qui donne le plus clairement raison aux lycéens. En 2015, 5 % des heures de cours n'étaient pas remplacées lorsqu'un professeur manquait. En 2025, la part atteint 7,2 %. Le mouvement est net : en dix ans, davantage d'heures de classe passent à la trappe, et les élèves le sentent dans leur quotidien.

Les témoignages donnent un visage à cette moyenne. Une lycéenne explique ne pas avoir eu cours d'espagnol pendant presque trois mois. Une autre raconte avoir passé les deux premières semaines et demie de l'année sans professeur de sport, de sciences physiques ni d'anglais. Ces récits sont des cas individuels, pas une statistique nationale. Mais ils montrent ce que recouvre concrètement taux de 7,2 % constaté.

L'explication la plus avancée tient au recrutement. Sophie Vénétitay, secrétaire générale adjointe du Snes-FSU, la formule ainsi :

« Comme les années se sont suivies et on a accumulé des postes perdus au concours, aujourd'hui, on manque de remplaçants parce qu'on manque de professeurs. »

Sophie Vénétitay, secrétaire générale adjointe du Snes-FSU, sur franceinfo

Le ministre de l'Éducation vient d'annoncer un plan d'action pour accélérer le remplacement des professeurs. Le détail des mesures n'est pas précisé à ce stade.

Les classes dépassent 30 élèves en moyenne, un chiffre que le ministère relativise

Le nombre moyen d'élèves par classe est passé de 27,9 en 2011 à plus de 30 aujourd'hui. Les lycéens ne se trompent donc pas quand ils parlent de classes plus pleines. Une élève raconte qu'en arrivant en seconde, ils étaient à peine 29 ou 30. Cinq de plus, jusqu'à 35, « ça fait vraiment une grosse différence », dit-elle.

D'autres élèves décrivent des cours où il faut parfois rester debout, faute de chaises en état, ou un manque de tables. Ce sont des témoignages. Ils décrivent des situations vécues, sans qu'on sache à quelle échelle elles se répètent.

Le ministère de l'Éducation nationale ne conteste pas la hausse de l'effectif par classe, mais il avance un autre argument. Avec la réforme du bac, les options se sont multipliées. Résultat, selon lui, le nombre réel d'élèves par enseignant et par heure a baissé. Autrement dit, la moyenne par classe ne dirait pas tout de ce que vit un élève, heure après heure. L'argument est avancé sans chiffre à l'appui dans l'enquête.

Pour un parent, la bonne question est donc double : combien d'élèves en classe entière, et combien dans les options choisies par votre enfant.

Le nouveau bac n'ajoute pas d'heures de cours, mais il allonge les journées

Autre point de crispation : les emplois du temps. Sur dix ans, le volume hebdomadaire de cours est resté stable, entre 26 et 27 heures. Sur ce plan, la revendication ne se vérifie pas en chiffres : on ne demande pas plus d'heures de cours aux lycéens qu'avant.

Mais la réforme du bac a changé la façon dont ces heures se répartissent. Avec des parcours individualisés, il devient très compliqué de construire des emplois du temps concentrés et homogènes. Le sociologue de l'éducation François Dubet l'a constaté chez beaucoup d'élèves : la présence dans l'établissement a « explosé en raison des trous dans la journée ».

Pour le lycéen, cela donne des journées à rallonge. Le nombre d'heures de cours ne bouge pas, mais le temps passé au lycée entre deux cours augmente. Si votre enfant rentre tard sans avoir eu plus de cours, regardez son emploi du temps : les heures libres entre deux cours peuvent en être la cause.

Un lycée sur dix reste trop vétuste malgré la hausse des investissements

Ce sont les régions qui entretiennent les lycées. Depuis dix ans, leurs investissements ont augmenté. Pourtant, 10 % des établissements restent trop vétustes. Le chiffre confirme un vrai problème. Il rappelle aussi que neuf lycées sur dix ne sont pas dans ce cas.

Les élèves, eux, décrivent des bâtiments décrépits, des salles délabrées, des lycées qui prennent l'eau et des conditions d'hygiène qu'ils jugent inacceptables. L'un d'eux dénonce un manque de tables et d'entretien. Une autre parle de rats et de cafards.

Là encore, ces témoignages décrivent des situations bien réelles pour ceux qui les vivent, mais le taux de 10 % montre qu'elles ne sont pas généralisées. Pour un parent, savoir que l'entretien relève de la région aide à savoir à qui s'adressent les demandes de travaux : le lycée peut relayer, mais la compétence est régionale.

Ce que les chiffres confirment, ce qu'ils nuancent : le bilan en quatre points

Le tableau reprend les quatre revendications avec les chiffres disponibles.

RevendicationChiffresLecture
Professeurs non remplacés5 % en 2015, 7,2 % en 2025Confirmé, en hausse
Classes surchargées27,9 élèves en 2011, plus de 30 aujourd'huiConfirmé, mais le ministère invoque les options
Journées à rallonge26 à 27 heures de cours par semaine, stablePas plus d'heures, mais des trous dans la journée
Locaux délabrés10 % des établissements trop vétustesRéel mais minoritaire, investissements en hausse

Le point le plus solide est le remplacement des professeurs : la dégradation y est mesurée, et c'est là que le ministre vient de réagir. Sur les classes, les locaux et les emplois du temps, la colère repose sur du réel, mais les chiffres appellent davantage de nuances.

Reste à voir ce que contiendra le plan annoncé pour accélérer le remplacement, et s'il suffira à inverser une tendance engagée depuis dix ans.

Vos questions

La situation des lycées s'est-elle vraiment dégradée en dix ans ?

Sur certains points, oui. La part des heures non remplacées est passée de 5 % en 2015 à 7,2 % en 2025, et les classes comptent plus de 30 élèves en moyenne contre 27,9 en 2011. Mais le volume de cours est stable, entre 26 et 27 heures par semaine, et les investissements ont augmenté.

Qui doit entretenir les lycées ?

Ce sont les régions. Malgré une hausse des investissements depuis dix ans, 10 % des établissements restent trop vétustes.

Que prévoit le gouvernement pour les professeurs absents ?

Le ministre de l'Éducation vient d'annoncer un plan d'action pour accélérer le remplacement des professeurs. Le contenu précis des mesures n'est pas détaillé à ce stade. Le syndicat Snes-FSU rappelle que le manque de remplaçants vient du manque de professeurs, après des années de postes perdus au concours.

Sources : franceinfo.

Par Manon Riboulet
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