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Ces dernières années, la méthode Montessori a séduit de nombreux parents en quête d’une pédagogie plus douce, centrée sur l’enfant et son rythme. Mais si cette approche alternative attire, elle ne convainc pas tout le monde. Certaines familles, après avoir tenté l’expérience, choisissent finalement de revenir vers l’école traditionnelle. C’est le cas d’Agathe, une mère de famille qui raconte pourquoi elle a retiré sa fille d’un établissement Montessori.
Créée au début du XXe siècle par Maria Montessori, cette pédagogie repose sur l’autonomie, l’expérimentation et la confiance. En France, on compte plusieurs centaines d’écoles Montessori, dont une grande partie fonctionne hors contrat, ce qui signifie qu’elles ne sont pas tenues de suivre à la lettre les programmes de l’Éducation nationale.
“Au début, tout paraissait idéal”
Agathe a inscrit sa fille en Montessori dès la maternelle. Les premiers mois l’ont rassurée : l’enfant semblait s’épanouir, gagner en autonomie, apprendre à son rythme. L’ambiance lui paraissait plus apaisée que dans une classe classique, et l’accent mis sur la découverte lui semblait bénéfique.
Mais au fil des années, son regard a changé. Sa fille est restée dans cette école pendant quatre ans, jusqu’au CE2. Et c’est précisément à ce moment-là qu’Agathe dit avoir réalisé l’ampleur des difficultés.
Des apprentissages jugés insuffisants
Selon elle, certains fondamentaux n’étaient pas suffisamment travaillés. La lecture aurait été acquise tardivement, et l’orthographe ou la grammaire n’auraient pas été enseignées de façon structurée. La mère affirme notamment que sa fille n’a pas eu de dictées, ce qui l’a inquiétée lorsqu’elle a commencé à comparer avec ce qui se faisait ailleurs.
Même constat en mathématiques : Agathe dit avoir eu l’impression que les notions n’étaient pas consolidées et que les progrès restaient flous.
Lorsqu’elle a cherché des explications, elle explique s’être heurtée à une réponse qui l’a déstabilisée : on lui aurait fait comprendre que sa fille “n’était pas prête”, et que le problème viendrait davantage de l’enfant que de l’encadrement ou de la méthode. Un discours qu’elle a vécu comme culpabilisant.
Une école jugée trop opaque
Autre point de friction : le manque de visibilité sur le programme et les évaluations. Agathe dit avoir eu du mal à savoir précisément ce qui était travaillé, comment, et avec quels objectifs. Sans notes ni bilans clairs, elle a eu le sentiment de naviguer à l’aveugle, alors même qu’elle cherchait à comprendre la progression de son enfant.
Face à ces inquiétudes, elle a finalement décidé de réinscrire sa fille dans une école publique. Et le changement aurait été immédiat : l’enfant, selon elle, s’y rend désormais plus sereinement.
Des cours particuliers pour “remettre à niveau”
À leur arrivée dans le système classique, Agathe raconte avoir dû mettre en place des cours particuliers afin de combler des lacunes. Avec du travail, sa fille aurait rattrapé une bonne partie de son retard, mais cette étape a renforcé chez la mère l’idée que l’expérience Montessori n’avait pas répondu à ses attentes.
Une méthode de plus en plus discutée
Le témoignage d’Agathe rejoint une critique qui revient souvent : l’efficacité de Montessori dépend fortement de la qualité de l’établissement, du niveau d’encadrement, et de la manière dont les apprentissages sont structurés. Certains parents reprochent aussi le manque de contrôle dans certains établissements hors contrat, ainsi que des frais de scolarité élevés.
Pour Agathe, le bilan est clair : elle ne regrette pas son retour à l’école publique. Une décision que d’autres familles font également, après avoir été séduites au départ par les promesses d’une pédagogie alternative, puis confrontées à ses limites dans la pratique.
Par Claire Delacour
À propos de Claire
Professeure agrégée, passionnée de géopolitique et de pédagogie active.
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